SAMEDI 15 AOÛT 2020  ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE
Apocalypse de St Jean (11, 19a ; 12, 1-6a. 10ab)
« Une Femme, ayant le soleil pour manteau
et la lune sous les pieds »
Psaume 44
« Debout, à la droite du Seigneur,                                                         
se tient la reine, toute parée d’or »                                                             
1ère lettre de St Paul aux Corinthiens (15, 20-27a)
« En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent »
Alléluia.
« Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis :
Marie est entrée dans la gloire de Dieu ;
exultez dans le ciel, tous les anges ! » Alléluia !
Évangile de Jésus Christ selon St Luc (1, 39‑56)
« Le Puissant fit pour moi des merveilles : il élève les humbles »

 

Nous voici en ce 15 août, devant cette grotte de Lourdes pour prier et célébrer ensemble. Vous connaissez comme moi l’histoire de ces gamines qui allaient chercher du bois mort au bord de la rivière. Du bois pour se chauffer : on était en hiver. Du bois gratuit charrié par le Gave, comme un cadeau de la nature aux plus pauvres. Bernadette avait pris du retard. En se déchaussant pour franchir un passage peu profond, elle s’immobilise. Quelqu’un est là qu’elle ne connaît pas : une femme mystérieuse qui la regarde avec tendresse sans dire un mot. La petite ne le sait pas encore : elle vient de rencontrer Marie, la mère de Jésus. Elle a un peu peur. Elle prie le chapelet. Elle l’interroge. Elle en parle aux filles qui l’accompagnent. Celles-ci n’ont rien vu mais elles partagent son émoi. Le questionnement de ces enfants deviendra vite un bruit de ville avec les sarcasmes des uns et la prudence des autres. La grotte de Massabielle fréquentée par la mère de Jésus attire désormais les foules. L’Eglise sait qu’ici une adolescente de 14 ans a été favorisée d’une rencontre ineffable, chargée d’un message toujours neuf.

Chez nous, dans le diocèse, par amour de la Vierge Marie, des chrétiens ont, un peu partout, recréé le cadre dans lequel marie a visité les siens. Voilà pourquoi, aujourd’hui, nous sommes venus à Bantanges. Nous n’attendons rien d’autre qu’un message qui nous redonne l’espérance. Nos vies ressemblent parfois à ce bois mort charrié par le torrent. Nous vivons des évènements qui nous déstabilisent. Nous n’attendions pas cette épidémie qui nous isole les uns des autres et demeure menaçante. Nous n’attendions pas les conséquences économiques et sociales d’un tel évènement. Nous avions assez de nos questions sur un réchauffement climatique qui bouleverse nos pratiques et notre style de vie. Nous traversons un siècle tourmenté, riche de ses découvertes et de ses techniques, un siècle qui a cassé les frontières et révèle l’humanité à elle-même. Nous sommes désorientés devant des formes de communication auxquelles nous n’étions pas habitués. Comment lire l’actualité ? Comment réagir avec sagesse et prendre du recul ? Comment nous accueillir les uns les autres après un confinement qui a éprouvé nos sensibilités et nous fait toucher du doigt nos fragilités ? La vie, la mort, la maladie, l’amour, le travail, les épreuves demeurent souvent pour nous des énigmes. Alors, vers qui se tourner ? A qui faire confiance ?

 

Marie, en son Assomption, ne nous fait pas de grands discours. Elle est là, tout simplement. Elle nous dit à sa manière, que Dieu nous aime, que son amour jaillit au fil des jours pour qui veut le voir. Marie nous dit aussi que Dieu est libre. Inattendu. Qu’il ne désespère jamais de nous et nous ouvre quotidiennement les portes de la vie. Marie n’attendait pas la visite de l’ange ni cette maternité qui bouleverse ses projets. Elle n’attendait pas la parole inquiétante du vieux prophète Syméon au sujet de son fils. Ce fils, elle le voit grandir avec appréhension. Avec crainte, elle le voit quitter l’atelier de Nazareth. Elle doit, à ce sujet, subir les questions de son entourage et des habitants de son village. Elle se demande quel destin aura son fils. Elle entend les critiques de ceux qui ne comprennent ni son enseignement, ni ses miracles. Elle sent monter la haine des jaloux : Jésus dérange ! Certes elle perçoit aussi la joie de celles et ceux que Jésus guérit. Elle rencontre des personnes que Jésus pardonne, telle Marie de Magdala, la pécheresse qui devient disciple. Marie se tient debout au pied de la croix. Elle offre à Dieu sa souffrance indicible. Jésus mourant lui confie le disciple bien aimé. Ainsi veut-il qu’elle devienne la mère des croyants. Aves les apôtres et les proches de Jésus, elle reçoit l’Esprit de Pentecôte. Le triomphe de Marie, son Assomption, n’est pas d’abord une récompense céleste mais une certitude dont Dieu se fait garant : avec Marie, nous partagerons pour toujours l’intimité de notre Père. On peut dire que la Vierge Marie nous veut du bien. Sa prière nous stimule et nous libère. Sa destinée est le gage de la nôtre.

Comme les compagnes de Bernadette, nous ne voyons rien. Nous n’entendons pas sa conversation avec Marie. Nous recevons son témoignage et cela nous suffit. Au cœur d’une société qui fait beaucoup de bruit, qui, bien souvent, souffre d’indigestion publicitaire, ne craignons pas de prendre du recul. Nos frères et sœurs en humanité ont besoin, sans se l’avouer, de notre bienveillance et de la foi qui fait de nous des témoins.

Père Georges AUDUC

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