Premier dimanche de l’Avent de l’année C
Jérémie 33/14-16
Psaume 24
Première lettre aux Thessaloniciens 3/12-1/2
Saint Luc 21/25-28.34-36

« Voici venir des jours… En ces jours-là… En ces jours-là… Quand ces événements commenceront… votre rédemption approche… » on dirait des promesses électorales !
Où en sommes-nous ?

Dans la Bible, dans la liturgie, on jongle souvent avec les temps, avec l’heure, avec le passé, le présent, l’avenir. Avec le ‘’déjà là’’ et le ‘’pas encore’’. Avec ‘’il est, il était, il vient’’ ou ‘’Il est venu, il reviendra, il est là ! ‘’

Nous venons de terminer une année liturgique et aussitôt nous en attaquons une autre ! On dirait qu’on tourne en rond ! Notre vie ne serait-elle qu’un perpétuel recommencement ? Mais revenons aux textes ! et découvrons la pédagogie de notre Dieu !

Six siècles avant JC, Jérémie, annonce la naissance d’un libérateur : « je ferai naître chez David un Germe de justice »
En Luc, il est là ce libérateur, il s’appelle Jésus et il parle de sa venue… non pas de sa naissance, mais… de son retour : « On verra le Fils de l’homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire. »

… Jésus ayant rejoint la droite du Père lors de l’ascension, la prédication s’organise et Paul, 20 ans après, en parle avec sérénité mais grande passion : « Le jour où notre Seigneur Jésus viendra avec tous les saints… tenez-vous sur vos gardes ! … Restez éveillés et priez en tout temps»

Et nous voici à un mois de Noël, précisément, qu’on le veuille ou non, en marche inéluctablement vers… demain. Notre société de consommation, malgré nous, nous a déjà catapultés dans la fête, et quelle fête. Pire ! alors que tout le monde pleure misère, cette même société multiplie les calendriers d’Avent avec produits de beauté, bières, chocolats, cafés, parfums « pour patienter jusqu’au jour J en beauté », « pour prendre soin de son bien-être à l’approche de Noël. »

J’ai même vu un calendrier d’Avent pour chien et chat, ou l’emballage précisait : « Ses 24 petites fenêtres lui feront découvrir chaque jour une délicieuse friandise pour patienter avec bonheur jusqu'à Noël. »
Pour tant d’hommes, de femmes, d’enfants l’aujourd’hui est lourd, très lourd et les incertitudes de demain pèsent plus lourd encore dans la précarité !

Davantage. Ce qui caractérise notre XX siècle et déjà notre XXI°, n’est-ce pas la violence. Après les guerres, les génocides, c’est maintenant la violence sous toutes ses formes. On a l’impression que plus rien n’a de valeur, que plus rien ne compte. Que la vie elle-même peut s’acheter, se provoquer, s’achever selon son bon vouloir. On ne respecte plus rien ! Nos plus grands symboles patriotiques, hier, tagués, piétinés. On a dit que « le terrorisme islamique voulait détruire les sociétés démocratiques dans leur essence politique, morale et spirituelle, en les poussant à se renier elles-mêmes, à se dénaturer et à faire ainsi la preuve de l’insignifiance des valeurs sur lesquelles elles se prétendent fondées ».

On peut s’interroger sur la violence qui s’empare actuellement de notre pays. Que veut-elle et jusqu’où ira-t-elle. Et tout cela existe à l’échelle de notre planète. Oui de la planète : je pense à cette rencontre en Argentine du Groupe financier des 20 grandes puissances du monde qui discute de la gouvernance économique mondiale. De la Cop 24 qui s’ouvre aujourd’hui à Katowice sur les dérèglements des climats mondiaux… Qu’en sortira-t-il ? « Sur terre, les nations seront affolées et désemparées… Les hommes mourront de peur dans l’attente de ce qui doit arriver au monde… » disait l’Évangile… N’est-ce pas toujours valable ?

C’est pourtant dans cet aujourd’hui de notre monde, dans notre aujourd’hui que retentit à nouveau la promesse d’un monde à venir, d’un monde qui se fait et qui doit aller à son terme heureux de bonheur, de joie et de vie éternelle.

Des siècles d’histoire du peuple de Dieu sont là pour nous en convaincre. Dieu a toujours été fidèle à sa promesse. « Tu es le Dieu fidèle, éternellement » chantent les psaumes ! « Voici venir des jours où j'accomplirai la promesse de bonheur que j'ai adressée à la maison d'Israël et à la maison de Juda » dit Dieu lui-même avant le retour de l’exil.

Notre temps de l’Avent doit être le temps du renouveau, de la renaissance, de l’audace de la foi qui croit de tout son être à l’immense espérance incarnée en Jésus.
Celui qui est venu EST celui qui reviendra pour achever sa mission, la mener à terme : à savoir « nous juger dignes d’échapper à tout ce qui doit arriver et de paraître debout devant le Fils de l'homme. »

Je plains avec grande compassion celles et ceux qui n’ont pas cette foi et cette espérance d’une vie éternelle, parachèvement et couronnement de nos vies mortelles promises à la gloire de Dieu ! Pourtant cela n’est pas automatique et relève de notre engagement personnel, en toute liberté.

Il nous est demandé, quelles que soient nos conditions de vie, nos origines et notre situation, de vivre entre nous « d’un amour de plus intense et débordant » « de nous établir dans une sainteté sans reproche », dit Paul, « à l’image de celui qui nous crée » !

Cette sainteté, vous l’avez entendu, elle réside dans la « JUSTICE ». « Je ferai naître un germe de justice… il exercera le droit et la justice… son nom est « Le Seigneur est notre justice ! » Comment nous en étonner s’il est vrai que nous sommes tous frères, nés d’un même père, d’une même source de Vie !

Lorsque Paul encourage son disciple Timothée dans son baptême et sa mission de disciple, il lui dit : « Recherche la justice, la foi, l’amour et la paix… » 2Tm 2/22 La justice vient avant la foi comme une fondamentale naturelle entre les hommes !

Sur les 9 béatitudes en Matthieu, il y en a deux sur la justice : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !… Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux ! »

Je disais que la justice précède la foi, mais elle est aussi engagement de la foi, ce qui fait dire à Benoît XVI : « La foi engage, elle est libération et non fardeau ! »
Il faudrait que ce nouvel Avent, soit pour nous « source de nouveaux progrès » comme nous le demande St Paul ; la volonté de nous « redresser et de relever la tête, de rester éveillés et de prier » comme nous y encourage St Luc.

Dieu trace un chemin de paix en notre monde, en nos coeurs. Voici devant nous des jours précieux pour travailler, nous aussi, à cette clarté, à cette paix et à cette espérance pour tout homme. Dieu se fait homme, et notre vie, toute notre vie en doit, devrait en être transformée.

Nous sommes porteurs, dit Benoît XVI d’ « … une parole indispensable de vérité, qui libère et ouvre les coeurs à l'espérance ». Cette parole, j'en suis convaincu, est attendue. Elle dépend de Dieu, certes, et de son Esprit mais aussi de chacun, chacune d’entre nous. AMEN !