DIMANCHE 06 OCTOBRE 2019

27ième DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lecture du livre du prophète Habacuc (1, 2-3 ; 2, 2-4)

Psaume 94 (95)

Lecture de la 2ième lettre de St Paul à Timothée (1, 6-8. 13-14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (17, 510)

Trop, c’est trop. Ainsi Pourrait-on résumer le premier texte. Six cents ans avant Jésus Christ, le prophète Habacuc dénonce le comportement pervers de l’ensemble du peuple de Dieu alors que les fidèles qui restent, sont peu nombreux. Pire, on est sous la menace d’un envahisseur réputé impitoyable, les Chaldéens. Tout va mal. « Combien de temps ça va durer ? Pillage ? violence, dispute, discorde ! Pourquoi ? Mais que fais-tu ? »

Comment ne pas reconnaître notre aujourd’hui ? Qui parmi nous, au fond du cœur, n’a-t-il pas tenu de tels propos envers Dieu ? Plus secrètement encore, n’a pas douté de Dieu remettant en cause sa bonté, son amour. Nous avons prié sans être exaucés. Nous avons fait de notre mieux mais sans être payés de retour. Pourquoi moi, chez moi ? Où est-il ? Que fait-il ? Ce cri de nos souffrances est légitime. Il traverse toute la Bible !

« Écrit cette vision ! dit Dieu à Habacuc. C’est une vision pour le temps fixé ! Elle va tendre vers son accomplissement. Elle ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard. Le Juste vivra par sa fidélité ! » Dieu nous invite à croire, à espérer, à aimer dans la fidélité inlassable à sa PAROLE qui ne peut faillir.

Autrement dit, Dieu ne cesse de rappeler son dessein d’amour sur cette humanité qu’il a tant aimé, au point de lui donner la liberté. Une liberté donnée pour des choix de vie, en chacune de nos vies et dans la vie de notre humanité.

Désormais, il ne peut qu’annoncer son intervention définitive- par la venue de ce Fils- qui nous fera traverser toutes ces morts dont nous nous plaignons. Nous devrions le savoir ! Dieu ne peut se résoudre à la mort de ceux qu’il aime ! Le psalmiste crie : « Tu ne peux laisser ton ami voir la corruption ! » Nous ne pouvons pas tout comprendre de la réalité de notre vécu ! Détectons cependant la présence de Dieu à nos côtés, quoi qu’il arrive !

La liberté de l'homme peut produire la mort… mais à l'heure de la mort (comme nous le prions dans le ‘’Je vous salue Marie’’), -cette heure pour laquelle le Christ est venu dans le monde- Dieu lui-même, qui est la vie, « répand en nos cœurs à profusion, dit St Paul, non pas un esprit de peur mais un esprit de force, d’amour et de vie éternelle. » Il fallait en arriver là pour pouvoir chanter que Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des VIVANTS !

« Mort où donc est ta victoire ? » criera St Paul.

Le premier texte nous disait : « Le juste vivra par sa fidélité »

Le deuxième texte se termine ainsi : « Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous. »

L’Évangile, quant à lui, commence par la demande des apôtres à Jésus : « Augmente en nous la foi ! »

La foi, toujours la foi ! Nous en avons souvent parlé, lu et entendu bien des choses à son sujet ! Mais l’avons-nous cette foi ? non pas en nos raisonnements, en nos poches, en nos réserves, en nos banques ou je ne sais où comme un avoir… L’avons-nous comme un amour, chevillé au cœur !

Pascal, ce grand savant du XVII°, après son illumination, son entrée dans la foi écrivait : « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point. La foi est différente de la preuve. La preuve est humaine, la foi est un don de Dieu. C'est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison. Cette foi-là est dans le cœur et fait dire non pas ‘’Scio-je sais’’ mais ‘’Credo-je crois’’ »

Nous connaissons les grands témoignages bouleversants de ceux qui ont découverts Dieu, l’amour de DIEU dans une illumination évidente -Augustin, Pascal, le père de Foucault, Claudel, Didier Decoin- mais déjà tant et tant de nouveaux baptisés adultes qui ont voulu donner sens à leur vie… tant de convertis au sens le plus absolu du mot, en commençant par le bon larron !

Croire, c’est découvrir l’amour de Dieu parce qu’il est -comme le dit l’acte de charité : « bon et infiniment aimable ». Il ne peut être que cela, puisqu’il est l’Amour, il n’est qu’Amour ! Et c’est ce cœur là que le Christ nous montre ouvert, à Paray le Monial, c’est ce cœur-là qui se donne à notre liberté. « Si tu veux ! » J’ai parlé de l’acte de charité, le Pape Benoit XVI parle de l’acte de foi « par lequel nous décidons de nous en remettre totalement à Dieu, en pleine liberté. C’est la foi du cœur. La foi, c’est décider d’être avec le Seigneur pour vivre avec lui. » Porta Fidei n°10

Vivre avec le Seigneur ! Être tellement intime avec lui que désormais nous serons serviteurs les uns des autres.

Je sais bien que l’Évangile nous remet à notre place : « Dites-vous : ‘’ nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir’’. » Lc 17

Mais je sais aussi que le Christ « s’est levé de table, a déposé ses vêtements, pris un linge, et lavé les pieds à ses disciples, leur disant ‘’le serviteur n'est pas plus grand que son maître’’. » Jn 13

Je sais enfin qu’il a dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père. » Jn 15

Frères et sœurs, prions pour qu’au soir de notre vie, nous entendions le Christ nous dire : « C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. » Mt 25

Père Yves Bachelet

Voir ci-dessous en version PDF, le même texte, autrement disposé, mais aussi un extrait de la conversion du grand écrivain français contemporain : Eric-Emmanuel SCHMITT.

DIMANCHE 22 SEPTEMBRE 2019

25ième DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lecture du livre du prophète Amos (8, 4-7)

Psaume 112 (113)

Lecture de la première lettre de St Paul apôtre à Timothée (2, 1‑8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (16, 1‑13)

Aujourd’hui nous avons lu un Évangile déconcertant. Qu’est-ce que Jésus veut bien nous dire ? Nous avons l’impression qu’il fait l’éloge des gens malhonnêtes. Ce n’est pas dans ses habitudes. Jésus aurait-il changé ?

Nous avons parfois une image faussée de Jésus. Un peu mièvre. Un peu douceâtre… N’oublions pas que Jésus est le charpentier de Nazareth. Il a travaillé de ses mains dans un métier qui exige des muscles et de la précision. C’est un costaud. Un tempérament capable de se mettre en colère. Capable d’affronter ses adversaires sans leur faire de concessions. Capable aussi de manier l’ironie. Une ironie cinglante. C’est le cas aujourd’hui.

L’histoire de l’intendant malhonnête, Jésus ne l’a pas inventée. Elle faisait partie de l’actualité. Cette histoire l’a scandalisé. L’homme en question était un malin. Il a su tirer parti de la situation d’abord pour s’enrichir, ensuite pour se sortir d’un mauvais pas. Tellement malin que le maître du domaine n’a pas pu retenir un sifflement d’admiration : quel gredin !

En reprenant l’affaire, Jésus réagit à haute voix. Il se dit : « si mes disciples mettaient autant d’énergie, autant d’astuce pour le service de la Parole de Dieu que ce bonhomme pour tromper les autres, cela changerait la face des choses ! » Il se dit aussi : « l’argent a un pouvoir de séduction considérable. Comment combattre une telle dérive ? » De l’évènement en question, Jésus a tiré une parabole et, de la parabole, un enseignement.

De nos jours, l’esprit d’initiative se manifeste en de nombreux domaines. Pour le meilleur et pour le pire. Regardons les réseaux sociaux : en quelques clics, on se mobilise : pour le climat, la justice sociale, l’aide aux démunis, l’accueil des réfugiés, le soutien d’une famille affrontée à la maladie d’un enfant… De nobles causes… On se mobilise aussi pour critiquer à tout va, ruiner des réputations… et pour casser ! De près ou de loin, nos contemporains ressemblent à l’intendant de la parabole. Et les disciples de Jésus ? Sont-ils aussi entreprenants ? Capables d’interpeller et surtout d’agir ? L’annonce de la Parole est-elle une cause à promouvoir ? A-t-elle quelque rapport avec l’économie, le lien social, l’écologie, les migrants ? Sommes-nous devenus une Église usée, désormais muette ? Une Eglise démodée, rangée au mieux dans la catégorie du patrimoine en péril ? C’est la première question que Jésus nous pose.

Jésus nous pose aussi une deuxième question : notre rapport à l’argent. Jésus n’est pas idiot. Il sait que nous avons tous besoin d’argent pour vivre et vivre décemment. Lui-même, comme les gens de son village, appartient à la catégorie des besogneux. Jésus connait le sort des artisans, des paysans et autres « gagne-petit ». Jésus voit, dans la société qui l’entoure, beaucoup de miséreux, de malades et de handicapés que l’on ne sait pas soigner…. Son engagement au service des pauvres ne laisse pas place au doute.

Jésus voit aussi des gens affolés par l’argent et le pouvoir. Il ne manque jamais de les épingler. Il invite inlassablement ses contemporains à un discernement. Que fais-tu de ton argent ? Une idole ? Un outil au service de ta famille et de la société ? Crois-tu que, dans la mort, tu l’emporteras avec toi ?

Ces interpellations valent pour aujourd’hui, dans une société occidentale trop inégalitaire, trop peu soucieuse des continents en voie de développement, où se côtoient des drames et des scandales, où on tue pour de la drogue, où se multiplient les arnaques en tous genres. Allons-nous rester les bras croisés ?

A la lumière de l’Évangile, un discernement s’impose. Qui le fera sinon les disciples de jésus ? Nous avons un Pape qui ne manque pas de secouer l’opinion publique. Suffit-il de l’admirer en l’applaudissant du bout des doigts ou le critiquer parce qu’il dérange ?

Hier, figurez-vous, nous fêtions St Matthieu. Un publicain. À son époque un homme à fric. Un collaborateur de l’occupant. Un jour, Jésus est allé le voir. Dans son bureau. En train de compter ses sous. Il l’a regardé dans les yeux. Il lui a dit : « suis-moi ! » Et l’autre a tout envoyé promener… Avant de partir, il a convoqué ses copains. Ils ont fait la fête avec Jésus. Matthieu est un apôtre. Et nous ?

Père Georges Auduc

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ND de La Chaux - rentrée paroissiale 2019

L’évangile de ce dimanche peut sembler dur à entendre et nous pourrions céder à la tentation de l’adoucir… Certes la parole de Jésus est parfois provocatrice mais elle n’est jamais contradictoire et cette invitation à préférer le Seigneur n’annule pas le devoir d’honorer son père et sa mère ou, pour les époux, à ne pas séparer ce que Dieu a uni. Jésus ne nous demande pas de rejeter père, mère, époux ou épouse, il n’est pas un rival en amour, il n’est jaloux de personne. Dans l’œuvre de Paul Claudel, le Soulier de satin, le personnage principal, Dona Prouhèze, fervente chrétienne, mais également follement amoureuse de Rodrigue, s’exclame, comme si elle n’osait pas y croire : « cet amour des créatures les unes pour les autres est donc permis ? Vraiment, Dieu n’est pas jaloux ? ET son ange gardien lui répond : Comment pourrait-il être jaloux de ce qu’il a fait lui-même ? »

L’amour du Christ n’exclut pas les autres amours, bien au contraire (cf. le plus grand des commandements aimer Dieu et son prochain) mais les ordonne. C’est même l’amour dans lequel tout amour authentique trouve son fondement et son appui ainsi que la grâce nécessaire pour aller jusqu’au bout de tout amour.

Jésus est exigeant, mais par ailleurs il ne déçoit jamais. Il nous demande tout, parce que lui-même a tout donné et continue de nous combler. Pour le recevoir, pour recevoir les flots de vie dont il veut nous inonder, il nous faut renoncer à nous-mêmes, c’est-à-dire renoncer à trouver en nous les fondations de notre bonheur, de notre perfection. Renoncer à cela, c’est accepter de porter notre croix et marcher à la suite du Christ.

Avant de se décider à suivre Jésus, et pour être sûrs d’arriver au bout, il faut repérer nos véritables ressources et nos véritables forces. Les deux petites paraboles que propose Jésus nous aide à comprendre que notre seule ressource, notre seule force, c’est finalement la présence du Seigneur en nous. Calculer ses ressources et ses forces revient en fin de compte à réaliser que bien des choses nous encombrent et à s’en débarrasser pour nous appuyer uniquement sur notre véritable richesse : l’amour du Christ. S’engager à la suite du Christ passe donc bien par un renoncement qui nous conduit à ne compter que sur le Christ, ne rien lui préférer c’est-à-dire ne rien mettre avant lui et tout orienter vers lui.

Jésus ne parle pas ainsi dans l’évangile pour nous effrayer ou nous décourager ; mais après avoir insisté sur l’urgence d’un choix résolu pour le Royaume, qui donne sens à notre vie, il nous invite instamment à prendre les moyens pour arriver au but en devenant ses disciples.

A suivre le Christ, on ne perd rien, on gagne tout, comme le soulignait Benoît XVI dans l’homélie de la messe d’inauguration de son pontificat : « Celui qui fait entrer le Christ dans sa vie ne perd rien, rien - absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Dans cette amitié seulement s’ouvrent tout grand les portes de la vie (...) Dans cette amitié seulement, nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère. N’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien et il donne tout.»

Pour le dire autrement et pour terminer par une image, le Christ nous invite à ne pas succomber au syndrome de la chèvre de monsieur Seguin... Nous connaissons tous l’histoire. Nous croyons toujours que la liberté consiste à s’échapper, à aller courir dans la montagne, quitte à se faire manger par le loup, comme s’il n’y avait pas d’autre alternative que la liberté des grandes espaces au risque du loup, ou la sécurité de l’étable avec ses barrières et sa chaîne. Il y a une autre possibilité, celle de l’évangile précisément : que la chèvre, ou la brebis que nous sommes acceptent de s’attacher au Bon Berger. Jésus est le garant de notre liberté, il est la «porte», le chemin et la vie de son peuple. Nous n’avons pas à avoir peur de lui, ni même de ses exigences. Plus nous lui serons unis, attachés, plus notre personnalité s’épanouira, plus notre liberté s’affermira.

Demandons cette grâce dans l’eucharistie que nous allons célébrer. Le Seigneur s’est donné tout entier pour nous, il continue de se donner chaque fois que nous partageons le pain qui est son corps pour qu’à notre tour nous nous offrions à lui et à nos frères.

Amen.

24° dimanche ordinaire année C 15 septembre 2019

Lecture du livre de l’Exode (32, 7-11. 13-14)

Psaume 50 (51)

Lecture de la première lettre de saint Paul à Timothée (1, 12‑17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (15, 1‑32)

            Pour mieux appréhender le sens profond de l’Évangile de ce jour, il nous faut en préciser le contexte. Jésus est en marche vers Jérusalem où il va verser son sang pour la multitude. Nombreux sont les publicains et les pécheurs qui accourent vers lui pour entendre sa parole. Au grand scandale des pharisiens et des scribes qui, se croyant justes, et pensant n’avoir pas besoin de repentir, refusent quant à eux, de frayer avec ces publicains et ces pécheurs de craindre de se souiller à leur contact. Car non seulement Jésus fait bon accueil aux pécheurs, mais il « mange avec eux », manifestant ainsi, à travers la communauté de table, sa communauté de vie avec eux 

             C’est en direction de ces pharisiens et de ces scribes qu’il raconte ces trois merveilleuses paraboles de la miséricorde (les 100 brebis-la pièce perdue-et le fils prodigue). Pour justifier sa propre attitude, Jésus en appelle à la miséricorde de Dieu à l’égard des pécheurs.

À travers ses paroles et ses actes qui manifestent les récriminations de ses adversaires, c’est cet amour miséricordieux de Dieu qui se réalise et qui s’actualise. Aussi, scribes et pharisiens se voient-ils invités, à l’exemple du fils aîné de la dernière de ces paraboles, à passer du murmure à la joie partagée. La joie partagée, dans la communauté de table, c’est en effet le point culminant de chacune de ces paraboles, rythmées toutes par le même refrain, la même invitation : joie, que convie ses amis et voisins à partager, du berger ramenant sur ses épaules « la brebis perdue et retrouvée » : « réjouissez-vous avec moi » ; joie, qu’elle convie ses amies et voisines à partager, de la femme, pour la pièce d’argent perdue et retrouvée : « réjouissez-vous avec moi », joie qu’il convie son fils aîné, récalcitrant, à partager, du Père pour le retour de son fils « mort et revenu à la vie, perdu et retrouvé » : « mangeons et festoyons » !

             Les pharisiens et les scribes prennent l’attitude de Jésus comme une trahison envers eux : puisqu’il accueille les pécheurs, c’est qu’il les abandonne, eux, les justes, qu’il les laisse tout seul dans le désert ! Alors que ce sont eux qui se tiennent à l’écart, qui restent en dehors de la joie de Jésus et des pécheurs retrouvés ; la joie des autres les peine, alors qu’ils sont invités à entrer pour les retrouvailles générales. Ils n’ont pas compris que la joie du retour est non seulement celles des retrouvailles entre la brebis perdue et son maître, mais celle des retrouvailles de toutes les brebis, de la brebis perdue et des 99 autres, dans le même bercail, sous la houlette de l’unique berger. La joie doit même s’étendre aux voisins et amis, sinon elle n’est pas totale. Il ne saurait y avoir de véritables retrouvailles si quelqu’un était exclu. Tous sont invités et le cercle va s’élargissant jusqu’au ciel et aux anges de Dieu.

             Cela doit rester vrai aujourd’hui, c’est la mission confiée à notre Eglise. Des brebis perdues, il y en a dans tous les milieux sociaux et dans tous les scénarios de la vie économique ; il y en a même dans nos familles. Alors… Seigneur, Toi qui rencontres sans jamais te lasser les pécheurs, les publicains, les prostituées, les malades et les petites gens, élargis notre regard si limité, nous qui avons déjà du mal à reconnaitre les gens de notre quartier ou de notre village !

           Seigneur, Toi qui par ton regard, tes gestes, ta vie tout entière, révèles à chacun que le règne de l’amour s’est approché de lui, ouvre notre cœur si étroit, afin que, même perdu dans l’anonymat des foules, aucun visage ne nous soit jamais insignifiant.

Seigneur, accorde-nous cette intime et divine conviction que tout homme est unique. Alors nous aurons le courage de sortir de l’ombre de nos clochers pour oser rencontrer tant d’hommes et de femmes exclus, déçus, sceptique ou hostiles, qui vivent en marge de toute religion.

Accorde-nous assez de respect et de délicatesse pour être signes, humbles et discrets que, pour eux aussi, le Règne de ton Amour est arrivé.

Amen

Père André Auduc

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22° dimanche ordinaire année C 01 septembre 2019

Lecture du livre de Ben Sira le Sage (3, 1718. 20. 2829)

Psaume 67 (68)

Lecture de la lettre aux Hébreux (12, 1819. 2224a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (14, 1. 714)

« Ils choisissaient les premières places… » 

-« Ne va pas t’installer à la première place… »

« Cède-lui ta place ! »

Plein de honte tu iras, prendre la dernière place.

 

« Va te mettre à la dernière place ! »

Il te dira : « Mon ami, avance plus haut »

 

Quiconque s’élève sera abaissé ;

et qui s’abaisse sera élevé. »

Occuper sa juste place ?

Comment savoir quelle est, et où est ma juste place ?

Ne dit-on pas « Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place » ou encore « À chacun sa place et chacun à sa place » à quoi réplique malicieusement la Sagesse lyonnaise : « Si tout un chacun prenait sa vraie place, ça en ferait un beau remue-ménage ! »

Plaisanterie à part, la question est là ! Notre monde n’est-il pas un gigantesque classement, étalonnage, triage… où civilisations, sociétés, religions, éducations, racismes de tout poil, ont catalogué, ordonnancé, classé, opposé les êtres et les choses selon sexes, origines, tailles, couleurs, situations sociales… et j’en passe. Nous savons, nous voyons ce que cela produit !

La liturgie de la parole de ce matin nous réoriente vers notre référence absolue : Dieu qui nous a créés à son image et ressemblance dans un monde qu’il fit bel et bon pour notre épanouissement. Là aussi nous connaissons la suite !

Il nous faut relire l’encyclique capitale du Pape François « Laudato si » -sous-titrée « sur la sauvegarde de la maison commune » qui analyse tout cela et nous conduit –sous peine de perdition totale et définitive, qui nous conduit au Christ, l’alpha et l’oméga, qui seul peut unifier la création et la porter à son terme ! comme nous le dit la lettre aux Hébreux : « Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle. »

Juste un extrait de cette encyclique : « Si tout est lié, l’état des institutions d’une so­ciété a aussi des conséquences sur l’environnement et sur la qualité de vie humaine : « Toute atteinte à la solidarité et à l’amitié civique provoque des dom­mages à l’environnement ». Dans ce sens, l’éco­logie sociale est nécessairement institutionnelle et atteint progressivement les différentes dimensions qui vont du groupe social primaire, la famille, en passant par la communauté locale et la Nation, jusqu’à la vie internationale. À l’intérieur de chacun des niveaux sociaux et entre eux, se développent les institutions qui régulent les relations humaines. Tout ce qui leur porte préjudice a des effets nocifs, comme la perte de la liberté, l’injustice et la violence. » n° 142

Frères et sœurs, c’est dans ce cadre-là qu’il nous faut entendre le premier texte de Ben Sira le Sage : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras…plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. La condition de l’orgueilleux –de l’égoïste- est sans remède, car la racine du mal est en lui. Qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute. »

Ce que résume le Christ par : « quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé. »

Quiconque s’élève ? « sa condition est sans remède, la racine du mal est en lui ! » nous dit la Parole de Dieu.

En somme, l’orgueilleux est un malade incurable : parce qu’il est « plein de lui-même», comme on dit, il a le cœur fermé. Comment Dieu pourrait-il y entrer ?

Le Christ a stigmatisé cette attitude dans la parabole du pharisien et du publicain qui montent tous deux au temple pour prier. (Lc 18) Rappelez-vous : Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.”

Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !”

Je vous le déclare dit Jésus : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

Qu’a fait le publicain ? Il s’est contenté d’être vrai. Dans le mot « humilité », il y a « humus » : l’humble a les pieds sur terre ; il se reconnaît fondamentalement petit, pauvre par lui-même ; il sait que tout ce qu’il a, tout ce qu’il est vient de Dieu. Et donc il compte sur Dieu, et sur lui seul. Il est prêt à accueillir les dons et les pardons de Dieu... et il est comblé. Le pharisien qui n’avait besoin de rien, qui se suffisait à lui-même, est reparti comme il était venu ; le publicain, lui, est rentré chez lui, transformé.

Allons-plus loin. La lucidité de l’humble le rend sage et cette sagesse lui libère tous les sens, désormais non plus centrés sur-lui-même mais ouverts sur l’autre, les autres comme autant de radars capables de capter les manques, les désirs, les besoins de ses frères et sœurs ! « L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute. » L’intelligence du cœur qui écoute, entend, voit et agit. Ainsi, en suivant son Maître et Seigneur « doux et humble de cœur », le Sage, l’Humble de Dieu y trouve sa joie au centuple et entre dans la prière de Jésus : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre d’avoir caché cela aux rusés et aux intelligents et de l’avoir révélé aux humbles et aux tout-petits. » (Mt 11/25 // Lc 10,21) Il rejoint aussi le chant d’action de grâce de Marie : « Il élève les humbles, il comble de biens les affamés. »

Cette réflexion que je mène avec vous, m’a renvoyé au thème d’année de Lourdes : « Bienheureux les pauvres ! » thème si bien vécu par la petite Bernadette -en religion sœur Marie-Bernard- dont nous fêtons le 175ième anniversaire de la naissance et le 140ième de la mort. Pour terminer, je vous offre cette prière écrite de sa main, intitulée : « Prière d’une pauvre mendiante à Jésus »

« Ô Jésus, donnez-moi, je vous prie, le pain de l'humilité, le pain d'obéissance, le pain de charité, le pain de force pour rompre ma volonté et la fondre à la vôtre, le pain de la mortification intérieure, le pain de détachement des créatures, le pain de patience pour supporter les peines que mon cœur souffre. Ô Jésus, Vous me voulez crucifiée -fiat- le pain de ne voir que Vous seul en tout et toujours. Jésus, Marie, la Croix, je ne veux d'autres amis que ceux-là ! Ainsi soit-il. »

Père Yves Bachelet

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