Le Christ Roi de l'Univers

(34e TO C) - 24 novembre 2019

Première lecture (2 S 5, 1-3)

Psaume (Ps 121 (122), 1-2, 3-4, 5-6)

Deuxième lecture (Col 1, 12-20)

Évangile (Lc 23, 35-43)

            La fête du « Christ Roi de l’Univers » est célébrée le dernier dimanche de l’année liturgique. Elle termine ainsi l’année passée. Elle redonne le sens, l’attitude profonde du service de notre vie humaine. Nous voulons nous mettre à l’école de notre divin Roi : Roi sans palais ! Toute la terre appartient à Dieu. Jésus n’a pas de palais. Le vrai palais du Roi, c’est chacun de nous. Il vient régner dans nos cœurs. Jésus-Roi veut que son amour soit victorieux de toutes les difficultés de notre vie, qu’à chaque instant son amour soit victorieux, qu’il soit la source de toutes nos joies.

            Le programme de Jésus est merveilleux : « Roi sans armées, » Dieu est un Dieu désarmé. Il sera crucifié et là il régnera sur un trône royal après avoir fait mourir la haine et la mort. Jésus fait mourir toute violence, il détruit nos enfers. Nous voulons appartenir à ce Royaume de paix et d’amour.

« Roi sans trésor » ! Tout lui appartient, toutes les pierres précieuses, tous les océans sont à lui ; il nous les donne, car lui n’en a pas besoin, il est le créateur du monde. Nous sommes son vrai trésor, son amour est victorieux dans notre vie, il est le Roi qui détruit la violence, avec lui nous pouvons être des artisans de paix et d’amour.

            Mais c’est le Roi d’un « Royaume de pécheurs » ! Prie pour nous pauvres pécheurs, répétons-nous souvent. Nous voulons demeurer sans cesse dans le regard de compassion qu’il nous porte, ainsi nous pouvons avoir un regard de compassion pour nos frères. Ils sont comme nous, de pauvres pécheurs.

Il est donc le Roi des pauvres ! Nous savons que l’amour gracieux de Dieu est notre richesse, qu’elle ne nous manquera jamais. Jésus est le Roi d’un royaume de frères ! Être des frères qui s’aiment est notre trésor commun. Dans le regard de Jésus c’est la paix et l’amour qui se propagent. C’est ainsi que l’Évangile nous présente Jésus, le Roi de l’univers accusé, devant Pilate qui le juge.

            Jésus nous convie à son Royaume, nous et l’humanité toute entière. Ce Royaume on peut le définir à travers trois traits fondamentaux :

- il est déjà un bonheur pour l’homme : Jésus nous dit que le Royaume est une semence, un trésor, une perle.

- le Royaume est aussi un avenir : le présent ne peut le retenir prisonnier car il reste un don, une initiative de Dieu ; il est toujours à-venir jusqu’à ce qu’il soit réalisé lorsque la terre entière chantera son créateur et sauveur.

- il est enfin une réalité collective, communautaire : pensons aux paraboles du festin, du champ, ou du filet. Ce Royaume ne peut surgir que si les hommes, brisant leur carapace, leur égoïsme, acceptent la solidarité et la rencontre. C’est ce que nous faisons quand nous nous engageons à servir les autres, dans l’Eglise ou dans le monde.

            Alors, au moment de clore cette année liturgique, prenons résolument le chemin qui mène à Dieu, choisissons notre camp, mettons-nous au service de l’unique Roi, rejoignons son « étendard » selon les mots de St Ignace de Loyola. Non, la royauté du Christ n’est pas une question d’honneurs, ni d’apparence, mais une question de mort et de vie, de mort sur la croix et de vie éternelle.

            Que sa Parole de vérité retentisse en nos cœurs et que sa présence nous entraîne sur le chemin de l’action de grâces.

                                                                       AMEN !

Père André AUDUC

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10 NOVEMBRE 2019 

32ème dimanche de l'année C 2019

2ème livre des Martyrs d’Israël (7/1-2.9-14)

Psaume 16 : « Au réveil, je me rassasierai de ton amour ! »

2ème lettre de St Paul apôtre aux Thessaloniciens (2/16.3/5)

EVANGILE : Luc (20/27-38)

La première lecture et l’évangile sonnent un peu étrange à nos oreilles : ces querelles sur l’avenir d’une femme aux sept maris successifs semblent bien loin de nous aujourd’hui. Pas si sûr… voyons de plus près de quoi il s’agit.

 Les sadducéens et les pharisiens sont les uns et les autres, à la base, de bons juifs. Très rigoureux sur la doctrine, même s’ils ne sont pas d’accord entre eux.

            Les sadducéens sont très conservateurs, doctrinaires. Au temps de Jésus, ils sont les gardiens du Temple de Jérusalem, un peu alliés à l’occupant romain qui les soutient. Ils n’acceptent que les cinq premiers livres de la Parole de Dieu, de la Thora ... et refusent cette idée nouvelle, depuis un peu plus d’un siècle, de la résurrection des morts. Entre parenthèse, nous touchons ici du doigt comment, c’est peu à peu que la foi juive, puis chrétienne, a compris le mystère de Dieu et de l’homme !...

Ils refusent cette idée nouvelle de la résurrection des morts…

            Ce n’est pas si vieux jeu que çà puisque qu’aujourd’hui encore, une bonne partie de pratiquants catholiques -disent les sondages- … ne croient pas à la résurrection… même de celle du Christ …. Ce récit ancien est donc très moderne.

            Un autre parti juif est constitué des pharisiens. Ils lisent les prophètes, les livres historiques et croient eux, à la résurrection des morts. La première lecture d’aujourd’hui qui raconte les martyrs d’Israël sous Antiochus Épiphane, au IIème siècle avant Jésus, témoigne de cette espérance : « Mieux vaut mourir de la main des hommes quand on attend la résurrection promise par Dieu ».

            Je rappelle que ces deux partis, -sadducéens et pharisiens- avec les prêtres, constituent le Sanhédrin qui va juger et condamner Jésus. Il ne s’agit pas d’une petite querelle mais d’un véritable enjeu.

            Les sadducéens, se fondant sur la Loi de Moise, veulent, avec leur question, piéger Jésus pour démontrer qu’ils ont raison de ne pas croire à la résurrection.

 En réalité, leur argument repose sur une idée fausse : ils pensent la vie future sur le modèle de celle que nous connaissons : la vie actuelle. Cette femme qui a épousé successivement les 6 frères de son premier mari pour avoir une descendance, de qui sera-t-elle la femme s’il y a une résurrection ? C’est ridicule !

            Autrement dit : « comment imaginer la vie ressuscitée ? » Vous voyez bien que c’est aussi notre question.       Alors autant le dire tout de suite : cette vie est in-imaginable... Un enfant encore à naître peut-il imaginer ce que sera sa vie hors du sein maternel ? Nous sommes dans cette même situation ! Le futur bébé ne sait rien et ne peut imaginer. Nous ne savons rien ni ne pouvons rien imaginer. À sa manière habituelle, Jésus répond par une image qui déplace totalement la question : « les habitants de ce monde se marient… Mais ceux qui sont jugés dignes d’avoir part au monde à venir ne se marient pas... »

            Autrement dit : Il s’agit d’un univers AUTRE.

            Et, se fondant lui aussi sur Moïse, Jésus nous dit « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants»

  Cela ne vaut pas seulement pour le jour de notre mort charnelle mais pour chacune de nos morts quotidiennes ! Quand nous pensons qu’il n’y a plus d’espoir, plus d’avenir… quand tout semble fermé, Jésus nous redit « Dieu est le Dieu des vivants », tout est encore possible. Autrement peut-être ; autrement, de manière certaine. Mais une vie est possible.     

            C’est aujourd’hui, pour vous, pour moi, que Dieu est le Dieu des vivants. Le dernier mot n’est pas à la mort, mais à la vie… Ce qui interdit de baisser les bras devant ce qui nous semble - et qui est réellement - le poids des jours.

 Il s’agit, comme disait le psaume que nous avons chanté, de nous réveiller au matin d’un jour nouveau pour nous rassasier du visage de Dieu, maintenant deviné dans la foi et l’espérance et contemplé quand nous serons entrés dans le jour nouveau dont nous ne savons rien, sinon qu’il est notre avenir.

 St Paul nous le disait : « laissons-nous réconforter par Notre Seigneur lui-même ; lui qui nous a aimés, réconfortés et nourris de la joyeuse espérance ».

 Je voudrais reprendre l’image employée tout à l’heure : l’enfant à naître. Pour lui, la vie n’est pas un choix abstrait : depuis neuf mois il a accepté tout naturellement que sa mère lui tisse un corps, un cœur, un cerveau. Il a deviné le soleil et la musique. Il a fait l’expérience de l’amour de son père et de sa mère. Il a vibré au son de leur voix.

            Le moment de naître au monde, il criera de douleur quand ses poumons apprendront à respirer. Mais il vivra !

            Ainsi de nous : puissions-nous nous confier au sein maternel de Dieu qui nous fait naître, dès maintenant, à sa vie.

Et sa vie est éternelle : « Il est le Dieu des vivants », pour toujours avec Lui et en Lui. AMEN !

Père Yves Bachelet

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Homélie solennité de la Toussaint - Jouvençon 1er novembre 2019
Ap 7,2-4.9-14 - Ps 23 - 1Jn 3,1-3 - Mt 5,1-12


Notre célébration eucharistique s'est ouverte dans la joie : « Réjouissons-nous ». La liturgie, en cette fête de tous les saints particulièrement, nous invite à partager la joie des saints, la joie de tous ceux qui célèbrent sans Fin Celui qui donne vie ! Et ceux-là ne sont pas quelques-uns… Il ne s’agit pas d’un club privé, réservé à quelques privilégiés… Non, ils sont « une foule immense, que nul ne peut dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (cf. Apocalypse). Parmi eux il y a tous les saints et les saintes que l’Eglise a déclaré tels (voyez les statues au mur de cette Eglise, les icônes et photos de saints disposées devant l’autel…) mais aussi les baptisés qui se sont efforcés de correspondre, dans leur vie, à la volonté de Dieu et sans doute les hommes et les femmes de bonne volonté, qui sans connaître le Christ, ont cherché à vivre dans l’amour.
Nous sommes invités en ce jour à regarder l'exemple lumineux des saints pour réveiller en nous le désir d’être saint : Voulez-vous être saint ?


Si nous considérons que la sainteté s’obtient à force d’intelligence ou de volonté, nous
risquons de faire fausse route. Dans une encyclique récente sur la sainteté, le Pape François nous met en garde contre deux erreurs : le gnosticisme qui confine la sainteté dans une connaissance subjective de Dieu, le pélagianisme qui arrime la sainteté à la puissance de sa volonté personnelle… en dépit de la grâce ! La sainteté n’est ni la perfection de l’intelligence, ni la perfection d’un comportement mais la perfection d’un amour qui cherche à s’ajuster à Dieu et aux autres.


Etre saint c’est être heureux, dès aujourd’hui, de vivre en présence Dieu, d’être les membres de la famille divine, c’est accueillir la force, le courage, l’élan que nous donne l’Esprit pour accomplir les tâches de la vie quotidienne… Telle est notre vocation !
Comment en vivre ? Accueillir et persévérer…


Accueillir
Il n’y a pas grand-chose à faire pour commencer que d’accepter de recevoir de Dieu lui-même cette sainteté dont lui-même déborde.
Dans la seconde Lecture, l'Apôtre Jean observe:
"Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté.
Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est.


Un jour, nous l’espérons, nous verrons Dieu, et nous retrouverons le visage aimé de tous les saints qui nous précèdent, mais dès maintenant nous sommes enfants de Dieu. Nous avons reçu cette grâce au jour de notre baptême, comme un germe, ou plutôt comme un nouveau programme génétique qui nous destine à, la sainteté. Un peu à la manière de la chenille et du papillon. Je voudrais prendre un exemple pour illustrer cela. Je l’emprunte d’un saint assez peu connu mais certainement très valeureux : saint Jean Carpathios… (qui vécut au 7ème siècle sur une petite île de la mer Egée, entre la Grèce et la Crète). Voilà ce qu’écrit saint Jean Carpathios : « Comment convaincre l’homme de peu de foi, ou l’incroyant, que la fourmi peut avoir de ailes, qu’une chenille peut se mettre à voler, et que nombre d’autres choses paradoxales se font dans la création, afin que se dégageant ainsi de la maladie de l’incrédulité et du désespoir, lui aussi devienne ailé, et comme un arbre, se couvre des Fleurs » de la sainteté !


Je résume d’un mot, que l’incrédule contemple, pour ne pas désespérer de Dieu, les chenilles : ce qui rampe peut un jour se mettre à voler ! Si nous ne croyons pas que nous pouvons devenir d’authentiques saints, observons les chenilles.
La chenille est disposée par nature à devenir papillon…
Nous sommes disposés par grâce à devenir des saints !
Alors confiance… et courage !


Persévérer
Il ne s’agit pas d’accomplir des œuvres extraordinaires ou de posséder des charismes
exceptionnels (ex. saint François parlant aux oiseaux). Il faut avant se mettre à l’écoute du Seigneur et lui faire confiance (si souvent la parole de Dieu est au point de départ d’une conversion : saint Antoine du désert par ex.), se mettre en route à sa suite et ne pas attendre pour cela d’être impeccable ou guérit de toute imperfection cf. Evangile : la béatitude n’est pas un simple état mais un dynamisme, un mouvement qui me conduit de la pauvreté à la richesse, des pleurs aux rires, de la mort à la vie…Suivons Jésus dans la confiance pour traverser avec lui les épreuves de la vie et faire jaillir de la mort la vie ! L’expérience de l'Eglise montre que tous les saints, en suivant des parcours différents, sont passés par le chemin de la croix, le chemin du renoncement à soi-même (ex. Maximilien Kolbe ou Mère Térésa). Ils ont persévéré dans leur engagement, "ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve - lit-on dans l'Apocalypse - ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau" (v. 14). Ex. de Madeleine Delbrêl (une femme au grand courage qui témoigna de la foi au milieu des gens, dans un contexte marxiste parfois très dur à son égard) le dit à sa manière : « Ce qui fait la
sainteté, ce n’est pas notre vocation, mais la ténacité avec laquelle nous l’avons saisie » : la persévérance, la Fidélité… Nous ne connaîtrons pas tous le martyr du sang mais tous nous sommes invités à demeurer Fidèle à cet amour qui nous précède et s’exprimera dans toutes nos relations humaines, aussi belles ou douloureuses soient-elles. Dieu nous donne son Esprit Saint pour nous permettre d’être Fidèles, libres et heureux !
Accueillons-le et soyons de saints témoins de sa joie dans le monde.
Amen !

Homélie 3 novembre 2019 - Montpont en Bresse
Sg 11,22-12,2 - Ps 144 - 2Th 1,11-2,2 - Lc 19,1-10

Zachée est de petite taille. Même si l’évangile ne nous le dit pas ouvertement, on peut imaginer
aisément que pour lui ce n’est pas un détail. Mais bien davantage une souffrance ! Certainement
qu’au fil des années, il s’est senti exclu, raillé et que cette exclusion a nourri en lui un désir ambigu
de se venger et de se protéger des autres. Il est prêt à tout pour cela : même à devenir collecteur
d’impôts. Cette place était tenue tenue par des gens peu recommandables, exclus de la vie sociale
et religieuse à cause de leur sympathie pour l’occupant romain. Mais peu lui importe à Zachée. Il
se sent déjà exclu. En devenant collecteur d’impôts il devient riche et puissant, capable d’acquérir
du pouvoir sur ceux qui se sont toujours moqués de lui. Ainsi il demeure loin d’eux, à l’abri de leurs
attaques, et au-dessus d’eux, en mesure de leur faire sentir sa force.

Mais il n’est pas possible de réduire le cœur de Zachée à cette noirceur. Il connaît sans doute sa
malice, mais au fond de lui, il y a davantage, il y a un grand désir de Dieu. Or, voici que Jésus
traverse les villes, enseigne sur les places, prêche dans les synagogues... Zachée a sans doute
perçu des bribes de son enseignement, des bribes qui sont comme des étincelles tombant sur le
bois sec de son cœur. Jésus allume en Zachée l’espoir de ne plus être isolé de Dieu. Le collecteur
d’impôts a entendu dire que Jésus ne repousse jamais les pécheurs, il est convaincu qu’il a sa
chance.

Mais l’aventure n’est pas aisée. Sur le passage de Jésus, la foule est dense. Malgré la foule
compacte et certainement méprisante à l’égard de Zachée, ce dernier ne veut pas abandonner !
Zachée monte donc à un arbre. Il se hisse et se cache dans la frondaison pour voir sans être vu,
pour s’approcher sans être moqué.

Voilà que Jésus passe, approchant, il lève les yeux vers lui. « Zachée, descends vite » (Zachée =
Dieu se souvient)

Ce mouvement que demande Jésus nous révèle nos quêtes inutiles. L’homme veut toujours se
hisser vers Dieu de toutes ses forces, croyant le rejoindre au Ciel : « vous serez comme dieux »
avait dit le serpent pour faire tomber Adam. Une fois en haut, Zachée découvre que pour obtenir
ce qu’il cherche il doit
descendre. Nous devons apprendre à recevoir plutôt qu’a vouloir prendre
par nous-même ce que Dieu veut nous donner. Pour cela Dieu s’est fait proche. Il s’est abaissé
jusqu’à nous. Dieu s’est fait tellement bas et petit, qu’il est maintenant plus bas que Zachée, il est
tout petit au pied de l’arbre. Pour la première fois, Zachée est dans la joie.

Il découvre Dieu tel que le livre de la Sagesse nous le décrit : un Dieu plein d’amour, qui ferme les
yeux sur le péché des hommes pour qu’ils se convertissent. Toute la délicatesse et la bonté de
Dieu émergent de ce court extrait. Depuis le péché originel, l’homme a peur de Dieu. Dans le
jardin, Adam et Eve qui ont découvert leur nudité se cachent et c’est Dieu qui part à leur
recherche. Zachée dont les sentiments de peur se mêlent au désir de voir le Seigneur découvre
que c’est Jésus qui cherche à le rencontrer.

Jésus réconcilie Zachée avec Dieu, mais il le réunit également à ses frères et lui permet de nouer
des relations justes avec ceux dont il se protégeait ou qu’il méprisait. «Seigneur si j’ai fait du
tort...»

« Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu », dit Jésus en conclusion de
l’évangile. « Ce qui était perdu » et non pas « celui qui était perdu ». Ce n’est pas Zachée qui était
perdu, selon ce qu’enseigne la Sagesse : « Et comment aurait-il subsisté, si tu ne l'avais pas voulu
? », « Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout ». Mais Zachée avait perdu
l’espérance. En s’isolant de ses frères, il avait perdu espoir de trouver Dieu. Jésus lui rend
l’espérance en un instant : « Zachée, descends vite ! ».

Ce dernier détail est d’une importance capitale : Dieu ne s’intéresse pas tant à ce que nous faisons
qu’à ce que nous sommes (cf. publicain et pharisien) ! La vie morale a une importance, aux yeux
de Dieu c’est notre vie spirituelle qui a une grande valeur.

Frères et sœurs, cet évangile résonne pour nous comme un appel : descendons vers Dieu !
Aujourd’hui notre salut vient à nous ; avec l’humilité et la délicatesse qui ne peuvent blesser
aucune sensibilité, il se présente sous les espèces d’une fraction de pain et d’une coupe de vin.
«Aujourd'hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison». Viens Seigneur Jésus, sois l’hôte de nos
cœurs, le maître de nos vies, chaque jour.


DIMANCHE 20 OCTOBRE 2019

29ième DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lecture du livre de l’Exode (17, 8-13)

Psaume 120 (121)

Lecture de la 2ième lettre de St Paul à Timothée (3, 14 – 4, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (18, 1‑8)

« Le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? »

Notre liturgie de la Parole se termine par cette phrase inquiète et interrogative de Jésus. Elle remet en cause non seulement la qualité de notre foi mais son existence même ! Elle nous interpelle sur notre lassitude à prier et peut-être sur notre découragement devant, apparemment, le silence de Dieu… voire notre désertion de la prière… et un jour de la foi… et donc de la pratique des sacrements !

Une question : est-ce que je prie ? Vraiment ? Comment ? Quand ? Combien de temps ? Est-ce que je rabâche des formules ? Est-ce que je m’ennuie dans la prière ? Ma prière est-elle aussi vitale que l’air que je respire… la nourriture que je prends… l’amour qui me fait vivre ?

Cela a tellement inquiété le Christ, qu’il a cette phrase terrible : « le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » Ce qui veut dire que si la prière des croyants n’est pas aussi tenace que celle de la veuve dans l’Évangile, que restera-t-il de leur confiance en Dieu… au retour du Fils de l’homme ?

La question n’est pas nouvelle. Nous sortons à peine du XX° siècle et de ses génocides programmés –qui malheureusement se poursuivent aujourd’hui, sous une forme ou sous une autre-, avec le terrible cri jaillissant des camps de la mort : « Mais où est Dieu ? » à quoi répondront les maîtres du soupçon, Freud, Marx, Nietzsche et autres : « Dieu est mort ! »

Toute l’histoire du Peuple de Dieu est parsemée de ces doutes, de ces errances, de ces infidélités, de ces trahisons… au milieu, au milieu de la fidélité, de la recherche passionnée, de l’espérance -contre toute espérance- des patriarches, des prophètes, mais aussi de ces petits, de ces Anawims dont faisaient partie Marie.

C’est elle qui fit jaillir de la foule ce cri : « Bienheureuse celle qui t’a mis au monde et t’a allaité ! » le Christ répondra : « Dis plutôt : ‘Bienheureux celui qui écoute la parole de Dieu et qui la met en pratique’. » Lc 11/28

« Où est Dieu ! Dieu se tait ! Dieu est mort !… » En 1950, est sorti un film intitulé : « Dieu a besoin des hommes ! » j’ajouterais, comme les hommes ont besoin de Dieu. C’est exactement ce que nous montre le premier texte de l’Exode : Le combat entre Israël et les Amalécites est sans issue, si Dieu ne combat pas, présent symboliquement par CE bâton qui a œuvré à la cour de Pharaon, à la Mer Rouge, au rocher de Mériba…. Dieu ne peut rien auprès de Josué si Moïse ne lève les bras… encore et toujours dans l’attitude de l’orant, du priant, soutenu jusqu’au soir par Aaron son frère et Hour simple fidèle, au point que tous trois ne font qu’un dans cette prière ininterrompue.

Nous avons cette même vérité dans le psaume : « D’où le secours me viendra-t-il ?  Le secours me viendra du Seigneur ! Non il ne dort pas, il ne sommeille pas le gardien d’Israël ! » Le Dieu en qui je crois, est le même qui combat aux côtés de Josué, le même qui a délivré son peuple, le même qui sauvera son Fils des ténèbres de la mort, le même qui nous conduira dans sa gloire.

Bien sûr, nous connaissons à notre tour bien des épreuves, des doutes, des incertitudes, dans un monde de plus en plus complexe, de plus en plus paganisé, de plus en plus permissif, amoral voire immoral ! Notre foi est mise à rude épreuve !

Souvenons-nous du début de l’Évangile : « Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager » La ténacité de la veuve auprès de son juge, comme les mains levées de Moïse sont le symbole de toute la prière humaine. Elles disent la confiance, la certitude du croyant que son Dieu ne l’abandonne jamais. Récemment -nous l’avons lu dans la lettre à Timothée-Paul disait : « Je recommande que partout les hommes prient les mains levées vers le ciel… » C’est Dieu qui agit : ces mains levées le disent bien puisqu’elles restent immobiles et qu’elles semblent renvoyer la responsabilité vers le ciel ; mais en même temps, elles sont levées : le croyant ne baisse pas les bras ; les mains du combattant, les mains levées du priant sont notre petite participation à l’œuvre de Dieu.
Les Chrétiens, ceux du temps du Christ, comme ceux d’aujourd’hui, sont donc invités à « ne pas baisser les bras ». Jésus sait bien que la foi sera toujours un combat, une épreuve d’endurance.

N’a-t-il pas prié ainsi lui-même, longuement, douloureusement la nuit de l’agonie ? Cette attente du Royaume paraît tellement interminable… Dieu… est-il vraiment au milieu de nous ? L’exemple de cette pauvre veuve vient à point nommé : nous sommes aussi démunis qu’elle ; sommes-nous aussi obstinés.

Mais il arrive que le priant, exténué, physiquement ou moralement, n’ait plus la force de « lever les mains » vers le ciel : alors il est bon de trouver des frères, des sœurs pour soutenir nos mains défaillantes ; normalement, c’est le rôle de nos communautés, ordinaires et contemplatives. Croire, c’est refusé de baisser les bras, et c’est implorer le soutien de nos frères et sœurs croyants.

C’est notre communauté toute entière qui alors, peut entendre cet appel du Seigneur, par la bouche des ministres de l’Eglise, reprenant la parole de Paul : « Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui doit juger les vivants et les morts, je te le demande solennellement, au nom de sa manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d’instruire. »

Vous l’avez compris, c’est le sens profond de ce dimanche qui ouvre à la semaine mondiale de la prière pour la mission.

Que chacun, chacune s’interroge : « Suis-je croyant ? Et en qui ? Suis-je missionnaire dans ma vie de tous les jours ? » Autrement dit, « Baptisé en la Sainte Trinité, est-ce que j’exerce ma vocation de prophète reçue lors de mon baptême ? »

AMEN !

Père Yves Bachelet

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