Homélie Toussaint 2020 - Brienne

La première lecture, tirée du livre de l’Apocalypse, décrit la vision du Ciel où les saints partagent éternellement la joie de Dieu. Ceux qui bénéficient de cette joie du ciel, comme nous le dit Saint Jean, ne sont pas quelques-uns. Ce ne sont pas deux ou trois élus qui au terme d’un parcours du combattant extrêmement pénible et difficile auraient réussis enfin à gagner le ciel. Pas du tout, ils sont une multitude ! Si nombreux qu’on ne peut pas les dénombrer.

Et cette multitude signifie une variété infinie. Souvent, lorsque nous évoquons les saints nous évoquons ceux qui sont ici représentés sur ces belles icônes ou bien ceux qui sont statufiés comme Jeanne d’Arc ici ou Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus là encore. Ce sont des modèles magnifiques mais inatteignables… Je ne suis pas Jeanne d’Arc qui a conduit le roi de France à Reims en pleine guerre avec les Anglais pour qu’il y soit sacré. Je ne suis pas Thérèse de Lisieux qui a vécu quelques années au Carmel, explorant la voie de l’enfance dans l’humilité et la simplicité de cœur… Bien sûr nous ne sommes pas comme eux et tant mieux parce que Dieu ne veut pas que nous soyons exactement comme eux. Dieu veut que nous soyons saints chacun selon sa route, chacun selon les charismes, les talents dont il est doté dans les circonstances de la vie présente et non pas d’une vie rêvée ! Voilà ce qui est merveilleux, au Ciel, aucun saints ne se ressemblent, ils sont tous différents, parce qu’ils ont tous portés à l’accomplissement la beauté dont Dieu les avait revêtus. Si le péché nous uniformise et nous rend tous parfaitement ternes, la grâce nous distingue et nous fait briller d’un éclat particulier. Etre saint ce n’est pas adopter une posture hiératique, être saint ce n’est pas être bien sage... être saint c’est réaliser le projet que Dieu a déposé en nous au jour de notre baptême : un projet d’amour. Si tu es parent tu deviendras saint en aimant tes enfants, en leur permettant de grandir, de s’accomplir dans les talents que Dieu a disposés en eux. Si tu es enfant, tu deviendras saint en étant plein d’audace et d’énergie pour déployer là aussi et faire grandir toutes les qualités que tu as en toi. Si tu es un travailleur, tu deviendras saint en accomplissant ton travail de la meilleure manière qui soit avec honnêteté et compétence. Si tu es diacre, tu deviendras saint en étant un serviteur dévoué et attentif aux plus faibles. Si tu es responsable de la catéchèse, tu deviendras sainte en transmettant le meilleur de ce que tu as reçu aux petits qui te sont confiés et si tu es époux tu deviendras saint en favorisant toujours la joie et la croissance de ton épouse etc... etc... etc...

Chacun selon sa route, nous devenons saints et certainement pas devenant la photocopie de figures de sainteté considérées de manière trop superficielle. C’est en imitant l’amour de Dieu, en nous laissant transformer par cet amour que la sainteté… et la joie grandissent !

Dans l’évangile des Béatitudes, Le mot « heureux ! » rythme chacune des invocation du Christ et on pourrait le remplacer par de le mot « saint ! ». Tu es saint toi qui est pauvre de cœur, tu es saint toi qui es doux, tu es saint toi qui continue de témoigner de l’amour du Christ malgré les offenses, les blessures et les injures de la vie. La sainteté est notre bonheur.

Qu’est-ce que Jésus veut nous dire à travers les Béatitudes ?
Un chose d’abord, c’est que Jésus voit la situation dans laquelle se trouvent ses disciples ou vont se trouver : une situation de menace, une situation difficile et cette situation de menace dans laquelle Jésus voit concrètement les siens il la change en promesse, en promesse de bonheur. Comme s’il disait à ses disciples : n’arrêtez pas votre regard à la situation telle que vous la voyez maintenant, discernez la promesse que je vous ai faite, la promesse d’un bonheur et d’une vie éternels. Les béatitudes sonnent précisément comme la promesse d’un monde nouveau que Jésus est venu inauguré. Un monde dans lequel nous sommes déjà plongés, mais un monde que nous ne discernons pas parce que nous voyons encore toutes sortes d’empêchements à l’éclosion définitive de la vie. Jésus nous invite donc à une forme de renversement des valeurs. La tristesse est un chemin de joie. La tribulation est un chemin de paix. Les injures et les blessures sont un chemin de réconciliation. Tel est notre bonheur.

Cet évangile résonne sans doute d’une manière toute particulière en ces jours que nous traversons. A cause de la pandémie, à cause aussi des atrocités qui ont été commises à Nice et ailleurs… Ne nous laissons pas voler notre espérance. Nous savons en qui nous avons mis notre confiance…

Permettez-moi cette réflexion, en aparté… Je me demandais ces derniers jours : quelle est la valeur la plus importante que nous devons défendre. Est-ce que c’est la vie ? Je n’en suis pas si sûr. Je ne veux pas que vous vous mépreniez sur mon intention : la vie est à respecter infiniment mais je ne suis pas sûr que la vie biologique soit la valeur ultime. Je repense à une très belle parole de Frère Roger qui disait ceci : dans la vie rien n’est grave, sinon de perdre l’amour. Si bien que je pense que perdre l’amour est encore plus terrifiant que de perdre la vie. Encore une fois, je ne dis pas que la vie n’a pas une immense valeur et que de la perdre ne signifie rien… Je voudrais simplement replacer l’amour au cœur de mon existence, au cœur de nos existences… un amour concret, qui s’exprime dans la générosité, la gratuité, la bonté, une affection renouvelée. Un amour semblable à celui du Christ pour tout homme. « Lui qui était de condition divine s’est anéanti, il s’est abaissé jusqu’à la mort et la mort de la croix… » (Cf. Ph2)

Lorsque nous contemplons les Béatitudes, c’est Jésus que nous discernons. Qui est le pauvre de cœur ? Qui est absolument doux ? Qui est artisan de paix ? Qui sait qu’au travers de tous les obstacles de la mort la vie peut resplendir : Jésus.

Vivre les Béatitudes c’est donc avant tout contempler Jésus et sa victoire sur la croix. Ne pas chercher à faire de grandes choses, des choses extraordinaires, non, contempler le Seigneur. Le contempler, le connaitre, méditer les écritures pour le connaitre mieux. Et puis s’efforcer de vivre et d’aimer comme lui, avec la grâce et le force qu’il nous donne, chaque matin.

Amen.

Transcription de l’enregistrement audio de l’homélie donnée par le p. Grégoire Drouot le 1er novembre 2020 à Brienne.

DIMANCHE 27 SEPTEMBRE 2020
26° DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE A

Livre du prophète Ézékiel (18, 25-28)
« Si le méchant se détourne de sa méchanceté, il sauvera sa vie »
Psaume 24 « Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse »
Lettre de St Paul aux Philippiens (2, 1-11)
« Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus »
Alléluia. « Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ;moi, je les connais,
et elles me suivent. » Alléluia

Évangile de Jésus Christ selon St Matthieu(21, 28-32)
« S’étant repenti, il y alla »


Ces temps-ci, le dimanche, nous lisons une série de paraboles prononcées par Jésus à la fin de sa mission. Nous savons qu’après les Rameaux, pendant les quatre jours qui ont précédé la passion, Jésus s’est rendu sur le parvis du temple de Jérusalem. A cette époque de l’année, proche de la Pâque, les Juifs affluaient. Ils venaient non seulement de Palestine mais aussi de pays étrangers où ils résidaient. Il y avait donc une foule considérable. Nous savons aussi que les autorités juives avaient décidé de se débarrasser de Jésus. Elles voulaient à tout prix le faire mourir avant la fête. Mais elles n’arrivaient pas à se saisir de lui car Jésus était très populaire. L’arrêter aurait suscité une émeute. Jésus a profité de ce répit pour épingler ses adversaires et leur dire ce qu’il pensait de leur manque de foi.
L’Evangile d’aujourd’hui est donc un texte polémique. L’atmosphère est très tendue. Les adversaires de Jésus se succèdent pour le mettre en difficulté. Ils saisissent tous les prétextes : ici Jean baptiste. Jésus portait estime et vénération au Baptiste. Il admirait son courage. Il avait été ulcéré par sa mort tragique. La mission de Jean n’a pas duré longtemps : quelques mois. Mais elle a fait beaucoup de bruit. Les foules sont venues en masse l’écouter et recevoir son baptême. Cependant, les autorités juives et les scribes pharisiens n’ont pas demandé le baptême. Ils ne se sont pas convertis. Ils n’ont pas non plus suivi Jésus. Au contraire ! Jésus a donc une grande liberté de langage d’autant plus qu’il n’a rien à perdre. Il sait pertinemment que ses jours sont comptés.
C’est dans cette ambiance que nous lisons la parabole des deux fils, une parabole qui met en scène le peuple juif dans sa diversité. Les gens simples, y compris nombre d’exclus de la société tels les publicains et les prostituées ont accueilli le message de Jean. Par contre, les docteurs de la Loi et les prêtres s’en sont bien gardés. Ils étaient orgueilleux, sûrs d’eux-mêmes et cela les rendaient imperméables à la parole du prophète. Ils ont eu la même attitude vis-à-vis de Jésus, profondément hostiles, d’autant plus hostiles que l’enseignement et le comportement de Jésus les fascinaient. Beaucoup d’entre eux, en fait, se sont interrogés au sujet de la véritable identité de Jésus. Dans la parabole, le premier fils, celui qui dit non mais qui va à la vigne, ce sont les publicains et les pécheurs. Le second fils, celui qui dit oui mais ne fait rien, ce sont les pharisiens et les autorités.
N’allons pas croire que cette parabole ne nous concerne pas. Certes, les circonstances ne sont pas identiques. Les mentalités non plus. Nous vivons en Europe dans une société mélangée où toutes les opinions arrivent sur la place publique : témoin les réseaux sociaux qui réagissent au moindre évènement et révèlent une grande diversité de pensées. Mais l’homme est toujours l’homme avec ses qualités, ses défauts, ses grandeurs et ses faiblesses. Aujourd’hui, dans ce contexte, le message de Jésus est mal compris, victime de clichés anciens, victime aussi, hélas, du péché de certains responsables. Message mal compris et même ignoré : depuis longtemps la foi ne se transmet plus dans le cadre familial et l’ambiance de nos villages. Nombre de nos contemporains mènent une existence hachée entre le travail, la maison, les loisirs ou les engagements divers. Des clivages apparaissent entre origines sociales ou ethniques, les références religieuses, scientifiques, écologiques ou politiques… Un grand sociologue français compare notre pays à un archipel composé d’iles ou d’ilots qui ont du mal à communiquer entre eux.
Cela dit, nous pouvons quand même nous retrouver dans les deux fils de la parabole, celui qui dit oui, celui qui dit non. Que se passe-t-il ? Devant les appels de l’Evangile qui nous invitent à la prière, au service des autres et à l’humilité, nous avons tenance à renâcler. Nous sommes tentés d’en prendre et d’en laisser. Il nous arrive de dire non. Mais ce non n’est pas définitif. La réflexion l’emporte sur la mauvaise humeur et, au fond de nos cœurs, il y a de l’amour pour Jésus. Plus problématiques sont les gens qui semblent d’accord avec les valeurs de l’Evangile mais vivent en dehors de ses appels. Nous ne sommes pas là pour les juger. Cependant nous souffrons de leur attitude car nos sociétés vont à hue et à dia avec une préférence marquée pour des idoles telles que l’argent et une prétendue liberté qui tue toute exigence. Dans ce contexte, des personnes s’interrogent et se demandent à qui se fier.
L’avertissement sans frais que Jésus donne à ses compatriotes peu de temps avant sa mort vaut aussi pour nous. La pandémie actuelle nous empêche de faire des projets. Le masque qui nous protège, crée une distance entre nous et contribue à rendre suspecte toute personne rencontrée. Ainsi contraints, nous voici invités à nous recentrer sur l’essentiel. C’est là que Jésus nous fait signe et nous appelle à aimer.
Dans quelques jours, nous allons fêter Saint François d’Assise. Aux yeux des bourgeois de son époque, il passait pour un farfelu. Il a ouvert un chemin de lumière et de liberté. Il a conduit ses contemporains à prendre des distances vis-à-vis des biens de consommation. Il les a réconciliés avec la création. Homme de paix, il les a ouverts à l’autre différent ainsi qu’à l’adversaire. Figure de Jésus, il nous parle aujourd’hui avec la même verdeur et le même enthousiasme. Il nous encourage à sortir de nos peurs et à cultiver l’espérance. Merci François !

Père Georges AUDUC

DIMANCHE 20 SEPTEMBRE 2020
25° DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Livre du prophète Isaïe (55, 6-9)
« Mes pensées ne sont pas vos pensées »
Psaume 144
« Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent. »
Lettre de St Paul aux Philippiens (1, 20c-24. 27a)
« Pour moi, vivre c’est le Christ »
Alléluia. La bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres :
tous acclameront sa justice. Alléluia.
Évangile de Jésus Christ en St Matthieu (20, 1-16)
« Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? »

Commentaire de l’Evangile en Matthieu 20,1-16

Avec les parents des enfants venus se préparer à la 1ère des communions, nous avons préparé la messe et donc regardé les textes.

Après la lecture de l’évangile, il y a eu un blanc ! un silence, un peu long. Et puis des commentaires : « oh là là, c’est raide ! que les derniers arrivés touchent autant que ceux qui ont travaillé toute la journée, …, pfff ! quelle justice sociale !! »

Quelqu’un a fait remarquer néanmoins « mais le maître a tenu parole, il a fait ce qu’il avait dit, il n’a lésé personne ». Oui, mais…

Et à la lecture de ce même texte avec les enfants, c’est aussi le sentiment d’injustice qui est ressorti.

Pour comprendre ce que Jésus veut nous dire, nous sommes donc retournés au début du texte. De quoi Jésus veut-il nous parler ? Du Royaume des cieux.

Pour cela, Jésus prend, comme souvent, une comparaison : il préfère nous faire cogiter plutôt que nous donner du prémâché :

« Le royaume des cieux est comparable … au maître d’un domaine (…) » Curieux qu’un royaume soit comparable à un homme, non ?

Mais regardons donc cet homme puisque c’est lui qui est désigné par Jésus. Que sait-on de lui ?

Il a un domaine où pousse une vigne. Il a un intendant, ce qui laisse à penser qu’il a une grande propriété et une certaine richesse.

C’est un homme actif : il ne laisse pas à son intendant le soin d’embaucher. C’est lui qui va à la rencontre des ouvriers. Il va les chercher, souvent, jusqu’à cinq fois dans la journée.

Avec les lève-tôt, il discute pour se mettre d’accord sur le salaire, un denier, c’est-à-dire le salaire journalier de cette époque.

Manque-t-il de main d’œuvre ? ne veut-il laisser personne sur le carreau ? Il ressort toutes les 3 heures pour embaucher !

A la 2e, 3e et 4e fois, il se contente d’une promesse : « je vous donnerai ce qui est juste »

Les ouvriers le connaissent-ils ? A-t-il bonne réputation ? Ou ont-ils tout simplement besoin de boulot ? Toujours est-il qu’ils ne discutent pas et vont travailler.

Aux derniers, ceux de 5h - qu’il s’étonne de trouver encore là - pas même une promesse.

Allez à ma vigne, vous aussi.’ Eux non plus, ne discutent pas !

Remarquons que rien n’est dit sur les raisons du retard des uns et des autres. Peut-être sont-ils fainéants ? Peut-être, ont-ils eu une « panne de paupières » ce matin-là ? peut-être étaient-ils partis chercher du travail ailleurs ? On n’en sait rien. Sinon, qu’ils acceptent tous l’embauche.

Vient le paiement du salaire. Le maître ne fait pas de cachoterie : en payant en 1er les travailleurs de l’aube, il aurait évité les reproches ! Mais il choisit la clarté.

Et aux reproches, il répond par 2 arguments :

1 : Nous avions un accord, je l’ai respecté !

2 : C’est de la liberté du maître que de surpayer des ouvriers. Il ne sous-paye personne, il surpaye.

Et encore une fois, la somme donnée à chacun, un denier, c’est le salaire journalier. Chacun reçoit donc de quoi vivre.

Un papa a fait remarquer que ce maître se comportait comme un parent : allant à la rencontre de ses enfants et ne faisant pas de différence dans la façon de les traiter, sinon en s’adaptant à leurs besoins ou capacités.

Alors, le Royaume des cieux serait-ce Dieu qui nous cherche sans cesse, vient à notre rencontre et nous embauche quel que soit le moment où nous répondons ?

Et peu importe notre temps de réaction, il s’engage à nous donner de quoi vivre, au quotidien.

Depuis quelques années les enfants, vous venez au kt.

N’est-ce pas une façon de répondre à l’appel de Dieu qui veut vous embaucher à bâtir un royaume d’amour ?

Et en recevant de nouveaux copains des villages environnants, en faisant la fête comme hier, en recevant la parole de Dieu et en communiant à son fils Jésus aujourd’hui, Dieu ne vous donne-t-il pas de quoi vivre ?

Anne Bissardon

Pièce(s) jointe(s):
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