7 février 2021 - 5e dimanche Temps Ordinaire
Dimanche de la Santé

Livre de Job (7, 1-4.6-7)
« Je ne compte que des nuits de souffrance »

Psaume 146
« Bénissons le Seigneur qui guérit nos blessures ! »

Première lettre de St Paul aux Corinthiens (9, 16-19.22-23)
« Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! »

Alléluia: « Le Christ a pris sur lui nos souffrances.
Il a porté nos maladies »

Évangile selon St Marc 1/29-39
Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies »

            « Tout le monde te cherche. » Mais, pourquoi le cherchent-ils, ces amis de Jésus levés de bon matin, inquiets de ne plus le voir ? La veille, Jésus a bouleversé le bourg de Capharnaüm. C’était le sabbat. On se pressait à l’office. Le chef de synagogue avait demandé à Jésus de commenter l’Écriture. Rien d’étonnant : tout juif bien formé pouvait prendre la parole et s’exprimer au sujet des textes. Les pharisiens étaient tout ouïe : qu’allait dit ce charpentier de Nazareth, un village insignifiant dont la Bible n’avait jamais fait mention ? Ce fut un enchantement. Jésus parlait librement sans se perdre dans les méandres de la lecture. On l’écoutait en silence jusqu’au moment où un homme quelque peu dérangé -un possédé- a voulu l’interrompre. Jésus a calmé l’intervenant. Il a chassé le démon avec une autorité surprenante. Le soir, après le sabbat, il a opéré des guérisons : des hommes, des femmes, des enfants atteints de handicaps. Quelle joie dans le bourg ! Quelle libération ! Non seulement Jésus savait parler mais il joignait le geste à la parole. Il annonçait un monde nouveau, une venue de Dieu au milieu des siens. On se prenait à espérer. On s’interrogeait : qui est cet homme ? Or voilà qu’il échappe. On le croyait à la maison. Il est sorti. En pleine campagne. On le cherche. On le trouve : « Que fais-tu là ? On t’attend ! » Dans le calme du petit matin, Jésus priait le Père… Déterminé à poursuivre sa mission, Jésus dit aux disciples : « Allons ailleurs. D’autres que vous ont besoin d’entendre la Bonne Nouvelle. »

« Tout le monde te cherche. » Peut-on aujourd’hui formuler pareille affirmation ? Le temps a passé : deux mille ans. Depuis longtemps, l’Évangile a gagné des terres inconnues. Chez nous. Ailleurs. Mais qui donc cherche Jésus ? Notre société déchristianisée, en pleine ébullition, lui fait-elle encore une place ? Pour beaucoup Jésus n’est-il pas un inconnu ? En outre les habitants de nos villes et de nos villages ne manquent pas de préoccupations. Certes la médecine continue de faire de merveilleux progrès. Mais, actuellement, elle se bat contre un virus qui n’arrête pas de muter. Des personnes se confinent. D’autres reçoivent, dans les hôpitaux des soins de qualité. Le personnel médical se bat avec courage et compétence. Des gens meurent malgré tout… Ce virus nous fait oublier le reste. Il nous contraint à porter le masque et à nous protéger les uns des autres. Or nous ne pouvons pas oublier les cancers, les AVC, les crises cardiaques, les accidents… Sous des formes diverses la vie des hommes est en danger. Aux problèmes de santé physiques s’ajoutent nombre de détresses : psychologiques, sociales, familiales… L’existence mène son train avec son lot de violences, de ruptures, d’incompréhensions. Que fait Jésus ? Appartient-il à un passé lointain, un moment de grâce pour quelques voilages de Galilée ? Que fait Jésus sinon inviter ses disciples à lui emboîter le pas ?

À nous, disciples, de prendre la parole afin de redonner sens et courage autour de nous. À nous de lutter contre tout ce qui défigure l’homme, en fraternité avec ceux qui n’acceptent pas de baisser les bras. Nous ne pouvons pas dire « tout le monde te cherche » mais malgré notre petit nombre et nos fragilités nous voulons faire partie des chercheurs de Dieu et des serviteurs de nos frères. Nous te cherchons, Seigneur, avides d’une parole qui apporte la vie. Nous te cherchons pour te donner. Ce que nous faisons, ces simples gestes de quotidien, c’est l’évangile en actes. Ce que nous disons malgré nos maladresses, c’est une annonce un peu folle qui secoue les pessimistes et les individus centrés sur eux-mêmes. Puisque nous avons trouvé Jésus en prière dans la campagne de Galilée, nous pouvons, aujourd’hui, chez nous, prier avec lui. C’est Jésus qui nous rendra capables de sortir en son nom vers ceux et celles qui attendent notre visite. La Parole n’est pas morte. L’espérance non plus.

Ce matin, l’Église se souvient qu’elle a le devoir de s’associer aux soins des malades. Elle le fait par ceux et celles dont c’est le métier, par ceux et celles qui portent le souci des personnes âgées et des malades. Elle le fait aussi à travers des rencontres, des gestes de tendresse, la prière, des démarches administratives ou de multiples engagements. Elle le fait au cœur d’un monde préoccupé de sa santé, inquiet mais actif. Elle agit au nom de Jésus, à la manière de Jésus et c’est là son originalité. Jésus a voulu, par un sacrement, apporter force, consolation, guérison aux malades. Jadis, on donnait ce sacrement quand les gens étaient à toute extrémité. Aujourd’hui on redécouvre la grâce d’un moment où, par l’imposition des mains et l’onction, des frères âgés ou fatigués se savent aimés et soulagés. « Tout le monde te cherche. » : si les malades et les bien portants se retrouvent dans une même prière, la même foi, la même espérance, cette parole de l’évangile prend tout son sens. Ne manquons pas ce rendez-vous.

Père Georges AUDUC

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3ème dimanche du temps ordinaire 24 janvier 2021

« CONVERTISSEZ-VOUS ET CROYEZ À L’ÉVANGILE. » MARC 1, 1

Lettre apostolique du pape François : « Aperuit illis » par laquelle est institué le dimanche de la parole de Dieu. Le 30 septembre 2019

« J’établis donc que le IIIe Dimanche du Temps Ordinaire soit consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu. Ce dimanche de la Parole de Dieu viendra ainsi se situer à un moment opportun de cette période de l’année, où nous sommes invités à renforcer les liens avec la communauté juive et à prier pour l’unité des chrétiens. Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence temporelle : célébrer le Dimanche de la Parole de Dieu exprime une valeur œcuménique, parce que l’Écriture Sainte indique à ceux qui se mettent à l’écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique et solide. »

Homélie à partir du dernier « Motu proprio “Spiritus Domini” » ouvrant les ministères de lecteur et acolyte aux femmes. Pape François 10 janvier 2021

            L’Église n’est pas une association comme une autre. Elle n’obéit pas aux mêmes règles que nos sociétés, politiques, économiques.

Dans l’Église, l’Esprit Saint, relation d’Amour entre le Père et le Fils, construit et donne sa vitalité à la communion de tout le peuple de Dieu, suscitant en lui des dons et des charismes multiples et divers (cf. François, exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 117). À travers les sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie, les membres du Corps du Christ reçoivent de l’Esprit du Ressuscité, à des degrés variables et avec une diversité d’expressions, les dons, les charismes qui leur permettent d’apporter leur contribution nécessaire à l’édification de l’Église et à l’annonce de l’Évangile à toutes les créatures.

On appelle « ministères » ces différentes formes de charismes reconnus, -on dira « institués » - et mis à disposition de la communauté et de sa mission sous une forme stable. Mais beaucoup d’autres services ecclésiaux ou de charges sont exercés, de fait, par un grand nombre de membres de la communauté, pour le bien de l’Église - souvent pour une longue durée et avec une grande efficacité- sans que ne soit prévu de rite particulier pour confier cette charge. Il y a aussi les ministères « ordonnés » qui se rattachent plus directement à la fonction sacerdotale du baptisé : ce sont les évêques, les prêtres et les diacres.

            Au cours de l’histoire, l’Église va raccrocher 4 ministères à la préparation des futurs prêtres portier, lecteur, exorciste, acolyte. Paul VI ne gardera dans cette préparation que les deux charges de lecteur -étroitement lié au ministère de la Parole et d’acolyte lié au ministère de l’autel. D’où cette exigence de la loi de l’Église (le droit canon) : « Can. 230 - § 1. Les laïcs hommes qui ont l'âge et les qualités requisespeuvent être admis d'une manière stable... aux ministères de lecteur et d'acolyte. »

À vrai dire, le texte se poursuit ainsi, j’allais dire ‘’par défaut’’ : « § 2. Les laïcs peuvent, en vertu d'une députation temporaire, exercer, selon le droit, la fonction de lecteur dans les actions liturgiques; de même, tous les laïcs peuvent exercer selon le droit, les fonctions de commentateur, de chantre, ou encore d'autres fonctions.

Alors, on peut ou on ne peut pas ? Au fil des années, des siècles, les besoins se font jour, les questions se posent, les fidèles murmurent, certains osent et font. Les responsables entendent et peu à peu la pensée évolue. La théologie phosphore.

En ce qui nous concerne, le synode de 2008 demande : « que le ministère du lectorat soit ouvert également aux femmes ».

En 2010, Benoît XVI précise que « l’exercice et le ministère de lecteur... est un ministère laïc dans le rite latin ».

En 2019 Le synode pour l’Amazonie dans son document final (n°95) parle de la nécessité de penser à «de nouveaux chemins pour la ministérialité ecclésiale… pour toute l’Église… Il est urgent de promouvoir et de conférer des ministères à des hommes et des femmes... C’est l’Église des hommes et des femmes baptisés que nous devons consolider en encourageant la ministérialité et, surtout, la conscience de la dignité baptismale ».

J’ajouterai que le sacerdoce baptismal s’exprime, se vit en chaque baptisé par ces ministères de service de la parole et de l’autel en lien étroit avec le sacerdoce ordonné des évêques, prêtres et diacres.

Le 10 janvier 2021 François modifie l’article 230 du Droit Canon : « “Les laïcs qui ont l’âge et les qualités requises… peuvent être admis d’une manière stable par le rite liturgique prescrit aux ministères de lecteur et d’acolyte » car dira-t-il ailleurs : « Offrir aux laïcs des deux sexes la possibilité d’accéder au ministère de l’acolytat et du lectorat, en vertu de leur participation au sacerdoce baptismal, augmentera la reconnaissance, y compris à travers un acte liturgique (l’institution), de la précieuse contribution que, depuis longtemps, de très nombreux laïcs, notamment des femmes, apportent à la vie et à la mission de l’Église. »

ou encore : «Cela donne lieu aussi à ce que les femmes aient un impact réel et effectif dans l’organisation, dans les décisions les plus importantes et dans la conduite des communautés, mais sans cesser de le faire avec le style propre de leur empreinte féminine».

Nous touchons ici du doigt, comment fonctionne l’Église catholique… dans le meilleur des cas avec grande patience (n’a-t-elle pas les promesses de l’éternité devant elle…) dans la fidélité à la mission reçue du Christ, mission qu’elle ne cesse de découvrir et d’approfondir. La preuve dans ce qu’écrit François : « Une distinction plus claire entre les attributions de ce que l’on appelle aujourd’hui les « ministères non-ordonnés (ou laïcs) » et les « ministères ordonnés » permet de lever la réserve des premiers aux seuls hommes. Si, en ce qui concerne les ministères ordonnés, l’Église « n’a en aucune sorte la faculté de conférer aux femmes l’ordination sacerdotale » (cf. Jean-Paul II, lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, 22 mai 1994), pour les ministres non ordonnés, il est possible, et aujourd’hui cela paraît opportun, de dépasser une telle réserve. Cette réserve a eu un sens dans un contexte déterminé, mais elle peut être repensée dans des contextes nouveaux, en ayant toujours cependant comme critère la fidélité au mandat du Christ et la volonté de vivre et d’annoncer l’Évangile transmis par les apôtres et confié à l’Église pour qu’il soit religieusement écouté, saintement gardé et fidèlement annoncé. »

Autrement dit, il ne faut jamais désespérer. Un jour peut-être, peu à peu, « il apparaîtra opportun », en des « contextes nouveaux » de « faire tomber les dernières réserves » pour que « tous les laïcs -hommes et femmes- » si telle est leur vocation, au nom de leur sacerdoce baptismal, puissent avoir accès au sacerdoce ministériel. Cette réflexion profonde aboutit aujourd’hui à une décision apparemment bénigne, voire sans intérêt. Pourtant c’est un grand pas « pour élargir les horizons de la mission ecclésiale, l’empêchant de se renfermer dans des logiques stériles destinées surtout à revendiquer des espaces de pouvoir », le fameux cléricalisme qui paralyse et envenime tout. Cette réflexion jamais terminée construit cette communauté de salut qui « fait route avec toute l’humanité et partage avec le sort terrestre du monde » (GS, n. 40). N’est-ce pas dans cette dynamique que l’on peut vraiment comprendre la signification de l’expression si chère au pape François « Église en sortie ». «’’ Église en sortie” n’est pas une expression à la mode de mon invention. Elle est un commandement du Christ, qui, dans l’Évangile de Marc, demande aux siens d’aller à travers le monde et de prêcher la bonne parole (…). Soit l’Église est en sortie, soit elle n’est pas l’Église. Soit elle est annonce, soit elle n’est pas l’Église. Si l’Église ne sort pas, elle se corrompt, se dénature… L’Esprit saint agit comme il le veut, quand il le veut et où il le veut… La mystérieuse fécondité de la mission ne tient pas à nos intentions, à nos méthodes, à nos élans et à nos initiatives, mais elle est liée à ce vertige : le vertige que l’on éprouve en présence des paroles de Jésus. »

« Le vertige que l’on éprouve en présence des paroles de Jésus. » Frères et sœurs, en cette journée consacrée à la Parole, souvenons-nous des paroles du Père : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en lui je trouve ma joie : écoutez-le ! » (Mc 1-11 - Mc 9,7) Si tel est le cas, nul doute que nous dirons comme les disciples d’Emmaüs :« Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » Lc 24-32 Alors, nous trouverons la même joie que celle du Père !     AMEN !

Cf les textes suivants du pape François dont s’inspire l’homélie.

  • « Motu proprio “Spiritus Domini” ouvrant les ministères de lecteur et acolyte aux femmes. Pape François 10 janvier 2021
  • « Lettre du pape François au préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi sur l’accès des femmes aux ministères du lectorat et de l'acolytat » du 10 janvier 2021
  • «Sans Jésus, nous ne pouvons rien faire» Pape François (éditions Bayard)

Père Yves Bachelet

 

Livre de la Genèse (15, 1-6 ; 21, 1-3)

« Ton héritier sera quelqu’un de ton sang »

Psaume 104

« Le Seigneur, c’est lui notre Dieu ; il s’est toujours souvenu de son alliance ! »

Lettre aux Hébreux (11, 8. 11-12. 17 -19)

« La foi d’Abraham, de Sara et d’Isaac ! »

Alléluia ! « À bien des reprises, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils ! »

Évangile de Jésus Christ selon St Luc (2, 22-40)

« L’enfant grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse »

            À peine avons-nous passé Noël, que nous nous trouvons transportés au temps de Jérusalem. Il est vrai qu’entre Bethléem et la capitale, la distance est courte. Mais quel dépaysement ! Nous quittons la crèche et les bergers pour un ensemble de bâtiments très imposant.

À l’époque, le temps est en chantier car Hérode, pour se faire bien voir des Juifs, a décidé de la reconstruire. On imagine assez bien Marie et Joseph perdus sur cette immense esplanade. Ils viennent là pour une cérémonie toute simple. Après son accouchement, la jeune femme célèbre ses « relevailles », comme on disait autrefois. Ils vont apporter l’offrande des pauvres : deux petites colombes. Ils se livrent d’abord à la prière en action de grâces pour la naissance de Jésus. C’est là qu’ils font une rencontre inattendue : un vieil homme, un prophète, visiblement habité par le Saint Esprit. C’est lui, qui, dans la foule, a distingué ce couple et plus particulièrement cet enfant. Syméon ne joue pas au devin. Il lit en profondeur la destinée de Jésus. Pour lui, pas de doute : cet enfant est bien le Christ. Il est donc là pour le salut d’Israël. Par-delà le peuple juif, Jésus est bien davantage : la lumière des nations. Nous pouvons penser que ses propos et la louange qu’il adresse à Dieu touchent profondément Marie et Joseph. Mais la suite n’a rien de réjouissant. En effet, Syméon s’adresse à la mère de l’enfant. Il lui révèle en substance que son fils sera signe de contradiction, bien reçu par les uns, rejeté par les autres. La suite des évènements viendra illustrer la justesse de ce propos. Joseph se tait. Marie aussi. Un jour, après avoir suivi Jésus de loin pendant sa vie publique, elle sera au pied de la croix. La jeune femme joyeuse qui arpentait l’esplanade du temps avec son enfant dans les bras devient désormais une mère inquiète. En voyant grandir Jésus, elle va s’interroger et, au fil du temps qui passe, trembler en le voyant un jour quitter l’atelier de Nazareth.

            Au moment où Jésus exerce sa mission, l’évangile ne nous parle pas de Joseph. Sans doute est-il déjà au paradis. En outre, nous ne savons rien des conversations entre Marie et Joseph. Une telle rencontre les aura marqués. Ouverts à la parole de Dieu, l’un et l’autre auront prié ensemble. Ils auront évoqué, sans trop savoir, un avenir difficile à définir. En bons Juifs, ils connaissaient la Bible. Ils n’ignoraient pas qu’en leur temps les prophètes avaient été incompris, certains même persécutés. Ils se sont faits du souci pour Jésus et se sont efforcés de l’éduquer en lui livrant le meilleur d’eux-mêmes.

            Toute naissance est un événement. Toute vie nouvelle est un mystère. Malheureusement, les humains sont souvent loin de respecter la vie. C’était vrai autrefois. C’est vrai aujourd’hui. Que de violences gratuites ! Que d’existences brutalement interrompues à cause de la folie, l’ambition, la jalousie, les idéologies, la course au profit. Que dire aussi de ces vies coupées à la racine dans le sein maternel ! Respecter la vie appelle beaucoup d’amour. Quel couple ne s’interroge pas sur l’avenir ? Comment ne pas désirer le meilleur pour ses enfants, l’espérance nous apprend que les êtres nés de nous sont, comme nous, doués de liberté et non copie conforme. Parfois, à cause de leurs qualités de cœur et leur intelligence, ils nous émerveillent. Parfois aussi, ils nous déconcertent. Parfois encore, ils nous font souffrir. En donnant la vie, l’homme et la femme acceptent de se laisser surprendre. Ils savent qu’ils ne sont pas propriétaires des existences qui se développent au sein de leur foyer. En voulant le bien de leurs enfants, ils ignorent fréquemment quel aspect ce bien prendra. La famille est une école d’humanité et d’abnégation. En outre, si la famille est une cellule privilégiée de la société, elle n’est pas la seule. Aujourd’hui dans un monde qui bouge, connait de nombreux changements et devient de plus en plus complexe, les parents ont du mal à accompagner leurs enfants car l’enseignement, la rue, les médias, la vitesse des communications créent des conditions de vie difficiles à cerner.

            L’Évangile nous montre qu’en épousant la condition humaine, Jésus s’est inséré non seulement dans sa famille et son village mais dans une société juive en désarroi, tiraillée par des violences et des conservatismes, loin d’attendre la Parole de vie qu’il lui apportait. En naissant parmi les hommes, chacun de nous doit faire sa place. Grandir, c’est lutter : contre soi d’abord car nul n’est parfait. Lutter contre les tentations multiples d’un monde en construction. Créer des relations qui aident à s’affirmer. Lever les yeux vers plus grand que soi. Comme croyants, nous rejoignons Joseph et Marie dans leur combat pour la transmission des valeurs qui les ont façonnés. Nous les rejoignons dans leurs soucis et leurs questions. En les priant, demandons-leur la grâce d’accueillir chaque jour la nouveauté du Christ. En les imitant, cherchons comme eux la volonté de Dieu. Avec eux, luttons pour que s’épanouisse dans notre société un authentique souci de justice et de vérité.

Père Georges AUDUC

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DIMANCHE 3 JANVIER 2021 ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR

Livre du prophète Isaïe (60, 1-6)

« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi »

Psaume71 « Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi »

Lettre de St Paul aux Éphésiens (3, 2-3a. 5-6)

« Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage,

au partage de la même promesse »

Alléluia. « Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur ! » Alléluia !

Évangile de Jésus Christ selon St Matthieu (2, 1-12)

« Nous sommes venus d’Orient adorer le roi ! »

         Tous ces jours je me disais : Comme nous avons de la chance, nous chrétiens, de vivre ces temps liturgiques qui nous permettent de découvrir, d’avancer, de grandir dans la foi. Souvenons-nous de la parole du Christ à ses apôtres : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu ! » Luc 8/10 et cela dans un monde en perte de sens, de raisons de vivre ! Serions-nous des privilégiés ?

Qu’avons-nous découvert ? Partons de la question des mages : « Où est le  roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

Voilà des chercheurs, des quêteurs de signes qui donneraient sens à leur  vie, à leur être. « Nous avons vu, nous sommes venus, où est-il ? » Ces scrutateurs de l’invisible, venus d’on ne sait d’où, peut-être d’Orient… ne sont-ils pas les prototypes, les archétypes de tout homme ?

Qu’est-ce que l’homme ? Socrate, six siècles avant Jésus, disait : « L’homme est le seul des animaux à croire à des dieux. » L’humoriste Marx Twain disait « l‘homme est un animal religieux. »

Entre les deux, Pascal écrivait dans ses Pensés : « Qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant,  un milieu entre rien et tout. »

Jean Paul II après avoir dit que : « l’homme est un être qui cherche », et que « toute son histoire le confirme » … dit : « L’homme est l’être qui cherche Dieu ».

Un être qui cherche… Un être qui cherche Dieu. « Cette recherche, poursuit-il, atteint même des domaines, des sphères de la vie des hommes où toute référence à Dieu a été comme effacée, semble être absente, comme si elle avait été brûlée et complètement éteinte. » Noël 1978

Il devait certainement penser aux camps de la mort d’où jaillissait ce cri de désespoir : « Où est Dieu ? Dieu est mort ! » Permettez-moi d’ajouter : il y a même, parfois, chez certains de nos contemporains, une volonté de faire disparaître toute trace religieuse au nom d’une laïcité laïcarde ! Dans ce cas, où est le respect de l’homme, de sa dignité et de sa liberté ? Aux prisonniers du Stalag XII à Trêves, hétéroclites en origine, race, religion, foi et non-foi, Sartre, athée, disait dans la nuit de Noël 1940 : « Comme c’est aujourd’hui Noël, vous avez le droit d’exiger qu’on vous montre la crèche. La voici ! »

Mais revenons aux mages ! Depuis toujours, ils guettent, scrutent, observent, parce qu’ils aspirent à autre chose, parce qu’ils attendent quelqu’un. « Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? » interroge la fiancée dans le Cantique des Cantiques. Les mages se sont mis en route en écoutant leur cœur ! En route, pour l’inconnu. Et c’est à Jérusalem, au cœur du palais d’Hérode que Dieu les attend à travers les Écritures. Eux qui se croyaient arrivés, se remettent en route… sur la foi qu’ils accordent aux dires de ceux qui détenaient le savoir « Les Saintes Écritures » mais qui ne les avaient pas comprises.

Et voici qu’ils revoient l’étoile !  Ce signe lumineux venu d’en haut, du ciel les conduit… au fond d’une grotte, au cœur même de la terre, au cœur même de l’homme. C’est un enfant qui dort dans les bras de sa mère. Du plus haut une étoile révèle tout en bas, l’impensable aboutissement de la recherche de l’homme : « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu ! » Jérusalem peut bien tomber, être rasée ! Jérusalem est désormais au cœur de chaque homme, là où s’inscrit la foi. « L’homme cherche Dieu parce que Dieu est déjà mystérieusement en lui ! » disent les Pères de l’Église.

L’étoile de Bethléem nous révèle une fois pour toutes que c’est dans l’ordinaire de la vie humaine et un ordinaire marqué par la pauvreté et le dénuement… que le Fils de l’homme vient au monde, dans notre monde, que la promesse de Dieu se réalise ainsi dans notre histoire, dans nos histoires. À l’étonnement de Jacob : « Dieu est là ! Et moi, je ne le savais pas. » Gen 28/16 répond l’émerveillement de Pascal à l’écoute du Seigneur : « Console‑toi. Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé. »

Frères et sœurs, une fois de plus, à ce niveau de découverte dans la foi, nous ne pouvons en rester là.

La crèche n’est pas le lieu où l’on s’attarde.

 « Vous trouverez !» avait dit l’ange aux bergers « Ils y allèrent en hâte et trouvèrent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils repartirent et racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. »

Les mages ne traînent pas davantage.

L’or, l’encens, la myrrhe, tout est là, tout est dit, tout est donné.

Allégés, illuminés, transformés, ils se hâtent de repartir par une autre voie. Eux aussi sauront témoigner de leur rencontre avec le Christ à ceux qui le vénèrent peut-être sans encore le connaître, comme dira St Paul aux Athéniens : Ac 17/23 « Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer. »

Frères et sœurs, en ce début d’année, soyons attentifs à la voix de l’Esprit Saint qui saura nous conduire, jusqu’au Père, jusqu’au frère… par des chemins nouveaux, inconnus, déroutant à condition que nous l’écoutions.

« Quitte, pars, viens, avance, suis-moi, si tu veux … ! » Ce sont les maîtres mots de notre histoire à venir ! Si nous le voulons. N’est-ce pas la démarche de tout chrétien -et de notre communauté ? Amen !

Père Yves BACHELET

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Homélie Bantanges - 20 décembre 2020

Chers amis, je vous propose de relire ensemble le magnifique épisode que nous avons entendu dans la première lecture : Le roi David avait un projet : construire un temple à Jérusalem pour abriter l'Arche d'Alliance. A première vue, son intention était des plus louables ! Et donc, dans un premier temps, le prophète Nathan consulté lui répond : « Tout ce que tu as l'intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi ».

Mais la nuit porte conseil, même aux prophètes. Cette nuit-là, Dieu vient dire à Nathan ce qu'il pense, lui Dieu, de ce projet ; et tout bascule. La réponse de Nathan tient en deux points : d'abord un refus, puis une promesse.

Le refus repose sur trois arguments très clairs : premièrement, je ne t'ai rien demandé. Deuxièmement, crois-tu que je suis un Dieu qu'on peut installer, fixer quelque part ? Troisièmement, ne cherche pas à renverser les rôles : entre Dieu et David, comme toujours entre Dieu et l'homme, celui qui est en position de bienfaiteur, c'est Dieu. Rappelle-toi les bienfaits de Dieu à ton égard.

Je reprends ces trois arguments du prophète, l'un après l'autre.

Premièrement, je ne t'ai rien demandé : Dieu n'attend pas le moins du monde que David lui bâtisse une maison. Simple tente ou palais princier, nos constructions n'ajoutent rien à la grandeur de Dieu. Et il faut nous en souvenir au moment où nous nous apprêtons à accueillir Jésus qui vient. Le Seigneur nattend pas que nous lui construisions un palais pour sinstaller chez nous. Une simple crèche lui suffit... Notre cœur tel quil est avec ses richesses mais aussi ses blessures, ses limites, ses faiblesses...

Deuxièmement, crois-tu que je suis un Dieu qu'on peut installer, fixer quelque part ? Depuis le Sinaï, l'arche d'Alliance a toujours été abritée sous une simple tente de nomade et elle a accompagné le peuple dans tous ses déplacements ; comme un signe visible de la présence permanente de Dieu au milieu de son peuple. Et, depuis l'installation du peuple sur sa terre, cet état de choses n'a pas été remis en question ; Dieu envoie Nathan dire à David : « Je ne me suis pas installé dans une maison depuis le jour où j'ai fait monter d'Egypte les fils d'Israël : je cheminais sous une tente... je n'ai jamais réclamé qu'on me construise une maison. » (versets 6-7).

Et il sera très important de ne pas oublier que, quoi qu'il arrive, Dieu est toujours au milieu de son peuple, même dans les périodes où le temple est détruit, et même encore lorsque le peuple est loin de Jérusalem. Nos églises aujourd’hui sont le lieu dune rencontre privilégiée avec le Seigneur, mais Dieu nhabite pas seulement nos temples de pierre. Il habite au cœur de son peuple. Souvenons de la parole de Jésus : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. »

Troisièmement, ne cherche pas à renverser les rôles : entre Dieu et David, comme toujours entre Dieu et l'homme, celui qui est en position de bienfaiteur, c'est Dieu. On pourrait traduire : mon ami David, il ne faut pas te tromper : Dieu seul construit, Dieu seul fait vivre. « Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que je m'y installe ?... C'est moi qui t'ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu deviennes le chef d'Israël mon peuple. J'ai été avec toi partout où tu es allé : j'ai détruit tous tes ennemis devant toi. » Sans Dieu et sans l’amour que nous recevons de lui, nos efforts sont vains. David lui-même le reconnaitra dans le psaume : « si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain… »

Voilà donc pour le refus. Ensuite vient la promesse : c'est moi, dit Dieu qui te bâtirai une maison. Qu’est-ce que cela veut dire ? L’hébreu comme le français permet un jeu de mots : la maison, c'est l'habitation (la maison familiale ou le palais du roi ou le temple de Dieu), mais on peut dire aussi la maison royale dans le sens de descendance (comme on dit la maison royale de Belgique ou d'Angleterre, par exemple). Dieu dit : Non, tu ne me bâtiras pas une maison (au sens d'habitation), c'est moi, Dieu, qui te bâtirai une maison (au sens de dynastie) : « Le Seigneur te fait savoir qu'il te fera lui-même une maison. Quand ta vie sera achevée et que tu reposeras auprès de tes pères, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté... Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »

Or cette promesse sest réalisée, l’évangile de l’Annonciation, ce matin, nous le rappelle.

On attendait un roi descendant de David : or ici, on entend un écho de la promesse faite à David par le prophète Nathan que nous avons entendue en première lecture (2 S 7). C'est à partir de cette fameuse promesse que s'est développée toute l'attente messianique. Or ici, c'est le centre des paroles de l'ange Gabriel : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la Maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. »

Marie est le temple en qui repose la présence divine. Marie est aussi la figure de l’Église, la figure du peuple de Dieu en qui Dieu fait désormais sa demeure. En Marie cest toute lhumanité qui accueille son Seigneur pour se laisser sauver, aimer, transfigurer.

Rendons grâce pour Marie et demandons au Seigneur de venir dès aujourdhui faire sa demeure en nous, par leucharistie que nous célébrons maintenant sur ce bel autel rénové.

[Liturgie de la bénédiction de l’autel de Bantanges]

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