Homélie Bantanges - 20 décembre 2020

Chers amis, je vous propose de relire ensemble le magnifique épisode que nous avons entendu dans la première lecture : Le roi David avait un projet : construire un temple à Jérusalem pour abriter l'Arche d'Alliance. A première vue, son intention était des plus louables ! Et donc, dans un premier temps, le prophète Nathan consulté lui répond : « Tout ce que tu as l'intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi ».

Mais la nuit porte conseil, même aux prophètes. Cette nuit-là, Dieu vient dire à Nathan ce qu'il pense, lui Dieu, de ce projet ; et tout bascule. La réponse de Nathan tient en deux points : d'abord un refus, puis une promesse.

Le refus repose sur trois arguments très clairs : premièrement, je ne t'ai rien demandé. Deuxièmement, crois-tu que je suis un Dieu qu'on peut installer, fixer quelque part ? Troisièmement, ne cherche pas à renverser les rôles : entre Dieu et David, comme toujours entre Dieu et l'homme, celui qui est en position de bienfaiteur, c'est Dieu. Rappelle-toi les bienfaits de Dieu à ton égard.

Je reprends ces trois arguments du prophète, l'un après l'autre.

Premièrement, je ne t'ai rien demandé : Dieu n'attend pas le moins du monde que David lui bâtisse une maison. Simple tente ou palais princier, nos constructions n'ajoutent rien à la grandeur de Dieu. Et il faut nous en souvenir au moment où nous nous apprêtons à accueillir Jésus qui vient. Le Seigneur nattend pas que nous lui construisions un palais pour sinstaller chez nous. Une simple crèche lui suffit... Notre cœur tel quil est avec ses richesses mais aussi ses blessures, ses limites, ses faiblesses...

Deuxièmement, crois-tu que je suis un Dieu qu'on peut installer, fixer quelque part ? Depuis le Sinaï, l'arche d'Alliance a toujours été abritée sous une simple tente de nomade et elle a accompagné le peuple dans tous ses déplacements ; comme un signe visible de la présence permanente de Dieu au milieu de son peuple. Et, depuis l'installation du peuple sur sa terre, cet état de choses n'a pas été remis en question ; Dieu envoie Nathan dire à David : « Je ne me suis pas installé dans une maison depuis le jour où j'ai fait monter d'Egypte les fils d'Israël : je cheminais sous une tente... je n'ai jamais réclamé qu'on me construise une maison. » (versets 6-7).

Et il sera très important de ne pas oublier que, quoi qu'il arrive, Dieu est toujours au milieu de son peuple, même dans les périodes où le temple est détruit, et même encore lorsque le peuple est loin de Jérusalem. Nos églises aujourd’hui sont le lieu dune rencontre privilégiée avec le Seigneur, mais Dieu nhabite pas seulement nos temples de pierre. Il habite au cœur de son peuple. Souvenons de la parole de Jésus : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. »

Troisièmement, ne cherche pas à renverser les rôles : entre Dieu et David, comme toujours entre Dieu et l'homme, celui qui est en position de bienfaiteur, c'est Dieu. On pourrait traduire : mon ami David, il ne faut pas te tromper : Dieu seul construit, Dieu seul fait vivre. « Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que je m'y installe ?... C'est moi qui t'ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu deviennes le chef d'Israël mon peuple. J'ai été avec toi partout où tu es allé : j'ai détruit tous tes ennemis devant toi. » Sans Dieu et sans l’amour que nous recevons de lui, nos efforts sont vains. David lui-même le reconnaitra dans le psaume : « si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain… »

Voilà donc pour le refus. Ensuite vient la promesse : c'est moi, dit Dieu qui te bâtirai une maison. Qu’est-ce que cela veut dire ? L’hébreu comme le français permet un jeu de mots : la maison, c'est l'habitation (la maison familiale ou le palais du roi ou le temple de Dieu), mais on peut dire aussi la maison royale dans le sens de descendance (comme on dit la maison royale de Belgique ou d'Angleterre, par exemple). Dieu dit : Non, tu ne me bâtiras pas une maison (au sens d'habitation), c'est moi, Dieu, qui te bâtirai une maison (au sens de dynastie) : « Le Seigneur te fait savoir qu'il te fera lui-même une maison. Quand ta vie sera achevée et que tu reposeras auprès de tes pères, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté... Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »

Or cette promesse sest réalisée, l’évangile de l’Annonciation, ce matin, nous le rappelle.

On attendait un roi descendant de David : or ici, on entend un écho de la promesse faite à David par le prophète Nathan que nous avons entendue en première lecture (2 S 7). C'est à partir de cette fameuse promesse que s'est développée toute l'attente messianique. Or ici, c'est le centre des paroles de l'ange Gabriel : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la Maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. »

Marie est le temple en qui repose la présence divine. Marie est aussi la figure de l’Église, la figure du peuple de Dieu en qui Dieu fait désormais sa demeure. En Marie cest toute lhumanité qui accueille son Seigneur pour se laisser sauver, aimer, transfigurer.

Rendons grâce pour Marie et demandons au Seigneur de venir dès aujourdhui faire sa demeure en nous, par leucharistie que nous célébrons maintenant sur ce bel autel rénové.

[Liturgie de la bénédiction de l’autel de Bantanges]

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6 DÉCEMBRE 2020 **2e dimanche de l’AVENT B

Livre du prophète Isaïe (40, 1-5. 9-11)

« Préparez le chemin du Seigneur »

Psaume 84 (85)]

« Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut ».

Deuxième lettre de St Pierre (3, 8-14)

« Ce que nous attendons, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle »

Alléluia ! Préparez le chemin du Seigneur,

rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia !

Évangile de Jésus Christ selon St Marc (1, 1-8)

« Rendez droits les sentiers du Seigneur ! »

            Vous avez entendu quand Jackie a commencé cet Évangile, il a dit : « Commencement de l’Évangile selon Saint Marc ». C’est le tout début de l’Évangile de Marc. Vous savez que l’Évangile de Marc est le premier qui a été écrit avant Luc, avant Matthieu, avant Jean. C’est le premier Évangile et ce premier évangile il commence par quelque chose, la citation du Prophète Isaïe : « J’envoie mon messager en avant de toi pour ouvrir ton chemin… pour ouvrir ton chemin ! » Voilà ce que Jésus est venu faire sur la terre. Il est venu ouvrir le chemin ! Il est venu ouvrir l’horizon des êtres humains. Si l’on ne devait avoir qu’une chose dans la tête concernant Jésus… qui est Jésus ? c’est celui qui vient ouvrir notre route, qui vient ouvrir l’horizon, qui vient abattre les murs qui nous empêchent de voir plus loin. Et si nous fêtons Noël, c’est parce que Jésus a abattu le dernier mur qui existait, qui est celui de la mort. C’est parce que Jésus est ressuscité que les apôtres se sont mis en route. C’est parce que Jésus est ressuscité que les apôtres ont trouvé l’espérance et se sont dit : « on ne peut pas rentrer chez nous pour reprendre notre travail comme avant, mais il nous faut annoncer cette bonne nouvelle ». Il n’y aurait pas la fête de Noël -qui a été instituée tardivement d’ailleurs-, il n’y aurait pas la fête de Noël s’il n’y avait pas d’abord l’évènement de la résurrection, la lumière de Pâques. Et c’est pour ça que j’insistais tout à l’heure sur le fait d’allumer ces deux bougies : un chrétien, une chrétienne c’est quelqu’un qui essaie de garder dans son cœur une lumière allumée : la lumière de la résurrection, l’espérance de la résurrection. Jésus est venu ouvrir notre chemin, ouvrir notre horizon et c’est ce que nous allons fêter, y compris à Noël, nous approcher de cet enfant, le regarder dans sa fragilité et au cœur de sa fragilité, comprendre qu’il vient ouvrir une grande force d’espérance dans le cœur de chacun de nous.

            Mais cette espérance, cette attente que nous avons dans notre cœur, tous nous espérons vaincre la mort ; tous nous espérons aussi faire ce qui est dit dans la lettre de Pierre, la deuxième lecture : « Faire une terre nouvelle, un ciel nouveau… » cette attente, cette espérance elle est dans notre cœur et dès aujourd’hui, nous pouvons travailler à réaliser cette attente. Vous comprenez l’espérance de la résurrection, le ciel nouveau, la terre nouvelle ce n’est pas pour plus tard, ce n’est pas une assurance-vie comme parfois les banquiers nous en vendent… non, non, l’espérance de la résurrection que Jésus est venu ouvrir en venant sur notre terre, c’est aujourd’hui qu’elle est dans notre cœur et c’est aujourd’hui que nous pouvons devenir -nous les disciples de Jésus-, des vecteurs, des porteurs de l’espérance, des réalisateurs d’une terre nouvelle, d’un ciel nouveau.

            Qu’est-ce qu’un ciel, une terre nouvelle ? C’est lorsque plus rien n’est séparé. En fait la terre nouvelle, c’est comme si l’on était déjà dans le ciel. Aujourd’hui si nous travaillons sur cette terre à rendre notre terre plus fraternelle, plus amicale, à rendre notre terre plus juste, c’est comme si déjà on vivait au ciel comme si déjà on vivait dans l’amour de Dieu.

Alors nous sommes invités à mettre toute notre force, toute notre intelligence, tout notre dynamisme, toutes les forces de vie que nous avons pour essayer de faire aujourd’hui une terre plus belle, plus fraternelle plus juste pour chacun et pour chacune.

            Regardons ce que disait le psaume dans la deuxième strophe, ça ce serait l’idéal : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent, la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. »

Ça, c’est Jésus, c’est Jésus qui réalise ce psaume. Jésus, il est pleinement amour pleinement vérité. Il est l’amour, la vérité de son père et en Jésus l’amour et la vérité s’embrassent, en Jésus la justice et la paix se rencontrent. En Jésus, la vérité germe, elle naît sur notre terre. Jésus est un germe de justice pour toute l’humanité et du ciel se penchera la justice.

Oui, comme le dit St Pierre : la paix c’est la justice. On ne parle pas beaucoup de justice dans les églises. On a du mal avec cette notion. On parle beaucoup d’amour, on parle beaucoup de pardon mais on oublie que sans justice, il ne peut pas y avoir de paix, on oublie que sans vérité, il ne peut pas y avoir de justice et on oublie que sans amour il ne peut pas y avoir de vérité. Si quelqu’un n’a pas l’amour dans son cœur, il risque d’avoir le mensonge, il risque d’avoir le refus de vivre en vérité. Donc vous le voyez, Jésus c’st un germe de justice.

            Au cours de l’avent, les différents dimanches nous montrent les facettes de Jésus. Jésus ce n’est pas seulement celui qui est venu manifester l’amour du Père au cœur de notre humanité, c’est celui qui est venu nous permettre de créer par notre intelligence, par nos actions, par notre écoute un monde de justice, un monde nouveau, un ciel nouveau sur notre terre. Prenons des exemples dans notre vie quotidienne. J’ai entendu avec bonheur que le vaccin contre le Covid est en train de surgir de pleins de laboratoires. Il va y avoir de la concurrence, ça va s’batailler. Y’a des milliards et des milliards qui sont en jeu. Bien sûr les pays riches, ils se disent : « il faut que je protège ma population. » Alors les décisions vont être d’acheter des millions de doses pour nous et que ferons-nous pour les pays pauvres ? Quelle justice voulons-nous pour notre terre ? Est-ce que nous voulons nous sauver ou est-ce que nous voulons à travers les choix et les interpellations que nous devrons faire auprès des gouvernements pour en sorte que la justice, y compris dans cette question de la maladie du Covid, s’instaure sur la terre ? Si on ne pense qu’à nous, nous serons injustes, si nous pensons à tous nous aurons participé à instaurer un peu de justice pour tous les êtres humains de la terre.

            Vous voyez la terre nouvelle, vous voyez le ciel nouveau, c’est simple, c’est pas un vœu pieux, c’est concret, ça veut dire peut-être que chacun de nous écrive à son député et dise : « qu’est-ce que vous faites pour que les pays les plus pauvres, avec les Nations Unies, puissent accéder aussi aux vaccins ? qu’il n’y ait pas encore une fois que les riches qui soient sauvés sur cette terre mais que les plus pauvres, économiquement les plus fragiles, aient aussi le droit de pouvoir avoir un vaccin. C’est un exemple ! je vous le dis simplement à partir de ce que je ressens de ce que moi-même je réfléchis.

Cette semaine, dans mon travail -je suis éducateur spécialisé- j’ai un monsieur qui est stagiaire de la directrice et qui rencontre les salariés pour demander comment on pourrait améliorer les réunions. Alors, j’ai essayé de lui dire ce qui me semblait juste, ce qui pourrait être source de justice et je lui ai dit : « dans les réunions, bien sûr c’est l’occasion que la direction nous passe des consignes :  voilà il faudra faire votre travail de telle façon, de telle façon… donc je dis : je comprends que les réunions servent à passer les consignes ; et après, ce que vous attendez de nous, c’est qu’on soit des salariés qui exécutent les tâches ; qui fassent qu’on soit un petit peu plus productif le mieux possible pour que votre travail, vos missions soient bien remplis… mais je lui disais : les réunions, il faut aussi que ce soit un lieu de partage entre les gens. Ça ne peut pas être simplement des consignes qui viennent de la direction… les gens ils passent 35 heures de leur vie, 35 heures par semaine au travail ! on ne peut pas être simplement des machines-outils. On ne peut pas être des mécaniques qui transmettent les ordres de la direction. On vit ensemble, on est en relation ensemble, avec vous la direction mais aussi entre collègues. Alors vous, comme futur directeur, c’est important quand vous présidez une réunion de ne pas seulement donner des consignes mais de s’inquiéter sur ce qui se passe pour les uns, pour les autres de chercher comment on peut améliorer notre vie commune, comment on peut améliorer le climat dans l’entreprise, comment on peut faire en sorte d’être heureux au travail tout en réalisant l’ensemble de notre tâche.

Chercher ce qui est juste, chercher la justice, voyez c’est très important et à ce moment là même notre lieu de travail peut devenir un lieu de joie, un lieu d’amour, un lieu de partage. On y passe quand même 35 heures par semaine.

            Jésus est venu instaurer la justice. Regardez sa vie, lisez l’Évangile ! Qu’est-ce qu’il fait ? Jésus, eh bien, il considère chaque personne comme unique et Jésus il a été vers toutes les personnes. Rappelez-vous : il a été vers l’aveugle qui criait : « pitié ! ». Alors que les apôtres disaient : « Non, non, laisse-le tranquille ! » Jésus il a été voir la Cananéenne, la samaritaine, toutes des personnes qu’on mettait de côté, qu’on ne voulait pas rencontrer. Jésus, sa justice, c’est de considérer chaque personne, de ne pas faire de différence entre les personnes, attention hein, quelle que soit leur vie quel que soit ce qu’ils font. Jésus est venu montrer l’amour de son père à toute personne. La justice de Jésus c’est celle aussi très importante de ne pas se fier à l’extérieur mais de regarder l’intérieur, ce que portent les personnes en elles. Notre extérieur, nos habits, notre richesse, ce que nous avons, ce que nous montrons n’a pas d’importance. Ce qui compte c’est notre cœur. C’est pour ça que c’est important de se connaître entre chrétiens. Faire communauté c’est permettre non pas de voir l’autre par l’extérieur mais le voir par ce qu’il porte dans son intérieur comme désir de justice comme attente d’amour, comme volonté de pardon. Vous comprenez : faire communauté chrétienne ce n’est pas seulement se rassembler, un dimanche, les uns à côté des autres. Si nous voulons être une communauté à la suite de Jésus, c’est partager les uns avec les autres notre intérieur, ce que nous portons, ce que nous désirons à la suite de Jésus. Voilà la justice que Jésus vient mettre au sein de nos communautés. La justice de Jésus -et c’est important parce que notre Église est un peu touchée par ce mal actuellement et même le pape François en parle- la justice de Jésus c’est refuser le pharisaïsme, refuser un certain radicalisme. On parle du radicalisme au niveau du gouvernement par rapport à des mosquées, mais dans nos églises catholiques, il y a aussi du radicalisme et il nous faut faire attention, très attention que la religion, que la foi ne soient pas mises au service d’une idéologie mais que la foi reste un dialogue, un cœur à cœur avec l’Esprit Saint pour que chacun cherche ce qui est juste dans sa vie et non pas ce qui serait juste pour la vie de l’autre. Et c’est très important aussi cela : Jésus, la justice qu’il est venu introduire, c’est une justice ou chacun est dans une relation personnelle, dans un cœur à cœur avec Dieu.

            Alors je conclus ! Si nous savons voir l’intérieur de chacun de nous et de ceux que nous rencontrons à l’extérieur, si nous savons rester dans une vraie relation avec Jésus en essayant le plus possible de demander l’Esprit de Dieu et non pas de réfléchir à partir de notre petit esprit personnel, si nous savons refuser toutes les frontières que notre éducation, que nos mentalités, que notre société nous imposent et si nous savons accueillir la différence alors la justice fleurira sur la terre, alors une terre nouvelle, un ciel nouveau se rencontreront, s’embrasseront et nous serons UN avec Dieu dès aujourd’hui.

Alors, savons-nous contempler tout cela, tout ce qui se réalise déjà dans ce sens au cœur de notre humanité aujourd’hui ? Savons-nous en rendre grâce ? Saurons-nous venir devant la crèche pour dire merci à Jésus d’avoir ouvert ce nouveau chemin de vie humaine mais aussi de vie divine.

Qu’il en soit, si possible ainsi, dans chacune de nos vies.

Stéphane Boyer

(Copie de l’enregistrement)

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22 novembre 2020 *34ième du Temps Ordinaire année A

* Ézékiel (34, 11-12. 15-17) *Ps 22 *1ière Corinthiens (15, 20-26. 28) * Matthieu (25, 31-46)

« Quand le Fils de l’Homme viendra dans sa Gloire, il siégera sur son trône de Gloire. Alors le Roi dira… »

Beaucoup d’artistes , peintres, sculpteurs ont représenté cette scène qu’on appelle « le Jugement dernier ». Vous connaissez sans doute les deux plus célèbres : celle de Michel Ange, œuvre gigantesque de 16/13m éclatante et tourbillonnante à la Chapelle Sixtine au Vatican, et le non moins impressionnant tympan de Gislebertus à Autun entièrement restauré -comme toute la cathédrale d’ailleurs.

            Le Christ-Roi, le Christ-Seigneur. Nos démocraties n’aiment pas ces mots ! Mais au-delà du mot, au-delà de l’image que veut nous révéler l’Évangile de ce jour ?

Rappelons-nous ce que dit le Prêtre à chaque baptême : « Toi qui fais maintenant partie du peuple de Dieu, il te marque de l’huile sainte pour que tu demeures éternellement prêtre, prophète et roi. »

            Au royaume de Dieu, il n’y a que des prêtres, que des prophètes et que des rois !

La fonction sacerdotale (celle du prêtre) est celle de la prière. C’est louer Dieu pour ce qu’il est et pour la vie qu’il donne. C’est discerner, respecter et célébrer toute vie, surtout celle des plus fragilisés.

C’est relier Dieu à l’Homme et relier les hommes entre eux. Parmi eux tous, certains sont ordonnés spécialement pour le faire en actes à travers les sacrements, cela au nom de Jésus Christ, « grand prêtre par excellence » Hb 4/14.

La fonction prophétique, c’est annoncer les merveilles du Seigneur dans l’histoire des hommes. C’est oser aller à contre-courant quand les droits de Dieu et les droits de l’homme sont mis à mal.

C’est prêter sa voix à la colère de Dieu pour dénoncer toute injustice, tout mépris de l’homme.

Enfin la fonction royale, c’est être au service du bonheur des autres pour qu’ils aient nourriture, santé, éducation, sécurité, respect et estime d’eux-mêmes !

C’est ce que le Christ et singulièrement l’Évangile de ce jour nous révèlent et nous enseignent.

Si Jésus est ROI, c’est parce qu’il sert ! « Il se dépouille de sa divinité, dit Paul, pour prendre la condition de Serviteur. » Et au soir du Jeudi Saint, au lavement des pieds, Jésus dira : « Je vous ai donné un exemple pour que vous fassiez ce que j’ai fait ! »

FAIRE !

Ces derniers dimanches, il nous a été demandé de VEILLER dans l’attente du retour du SEIGNEUR et surtout de rendre cette attente active (c’était la parabole des talents).

            Rendre l’attente active, c’est FAIRE ce que le Christ a fait, Dieu à notre service pour nous sauver, aimer comme il a aimé.

Autour de nous, en nous, il y a tant et tant de manques : la faim, la soif matérielles et spirituelles, le dénuement à tout niveau… il y a aussi les exclusions de tous ordres, les étrangers, les malades, les prisonniers, les faibles, les pas d’chance…

            Face à ces carences, à ces faiblesses, à ces blessures indignes de l’homme, on voit ou on ne voit pas, on sait ou on ne sait pas, on fait ou on ne fait pas, on aime ou on n’aime pas.

Oui, c’est là-dessus que nous serons jaugés, estimés, pesés comme au tympan d’Autun, disons le mot : jugés ! pas sur nos bonnes intentions, mais sur nos actes. Avez-vous accueilli, nourri, désaltéré, habillé, visité, aimé l’autre pour qu’à son tour il puisse faire de même aux autres ???

            Nous avons vu, dimanche dernier, comment le Secours Catholique-SOS- est l’une des voies essentielles de cette action, de ce service, de cette diaconie, de cet amour, de cette royauté, tous mots synonymes.

C’est Paul qui nous le dit : « Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité… L’amour ne passera jamais ! ».

Le voici « le pouvoir royal » : celui du serviteur aux pieds des siens.

Ce pouvoir, le christ l’exerce encore maintenant à travers et par les siens ! Viendra le jour où tout sera achevé et où, comme nous le redit Paul aujourd’hui, « Christ pourra remettre ce pouvoir royal à Dieu son Père ».

En attendant, chacun, chacune d’entre nous est appelé.e à mettre ses pas dans ceux du bon pasteur pour agir de même : le Bon Pasteur-vient de nous rappeler le prophète Ézéchiel, dans le premier texte- est celui qui veille, délivre, nourrit, apaise, cherche et ramène, panse, guérit, garde… « Suis-je le gardien de mon frère ? » fausse question de Caïn-le-fratricide en réponse à la question de Dieu : « Où est ton frère ? », fausse question qui amènera l’interpellation du Créateur : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Gn 4/8-10

Remarquons que dans cette scène impressionnante du jugement dernier, le Christ ne demande pas : « Crois-tu ? » mais, en quelque sorte : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Ce qui veut dire que celles et ceux qui, du fond de leur cœur, ont répondu à l’appel des autres sans forcément faire profession de foi en Dieu, qui ont aimé, simplement aimé … ceux-là auront un jour, eux aussi, la joie de s’entendre dire : « Venez, les bénis de mon père ! Recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. »

Dans la Bible, la fraternité court de la genèse au jugement dernier. Comme l’amour, elle est si forte, si identitaire qu’elle ne mourra jamais ! Ce qui nous autorise à dire, lorsque nous prions, des mots qui nous engagent à vie : les mots même du Fils unique, premier-né d’entre les morts : « Notre Père… »     Amen !

                                                                 Père Yves Bachelet

Voici venue l'heure du Jugement dernier. En haut la main de Dieu tient la balance : c'est la pesée des âmes. Saint Michel Archange « accompagne » -discrètement- le plateau des élus dont l’âme pèse plus lourd que celle des damnés. Satan triche honteusement en tirant à lui le fléau. En vain !

« L’ange du jugement de Gislebertus, au tympan de la cathédrale, pose délicatement la main sur le couffin de l’âme humaine naissant à sa destinée ; il est montré avec infiniment plus de poids, de « gloires » disons-nous en langage biblique, que l’agrippement désespérant de l’adversaire de l’homme, crispé sur lui-même, essayant vainement d’entraîner l’homme, la femme, le visiteur, le touriste, le liturge, le passant, dans l’abîme éternel. En silence, en communion, le peuple sait bien qu’il ne se sauvera pas seul. Il sait que l’on ne va jamais inaugurer un bon royaume isolément des autres. »

Extrait de la préface par Mgr Rivière in « Autun, la grâce d‘une cathédrale ». Merveilleux livre d’art qui vient d’être édité. Place des victoires.

Vous pouvez consulter la pièce jointe à ce texte sur le site de la paroisse.

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Le père François Boëdec, Provincial des jésuites, nous propose une méditation sur le thème “Entrer en Avent”.

Par ses mots, il nous invite à “entrer dans le vrai mouvement de la vie spirituelle : celui d’être là, pour accueillir la vie qui vient, Dieu lui-même.”

Entrer en Avent

Entrer en Avent, c’est accepter de n’être plus ce petit soldat qui court sur son rempart intérieur pour colmater chaque brèche des murailles.

Entrer en Avent, c’est consentir à entrer dans le vrai mouvement de la vie spirituelle : celui d’être là, pour accueillir la vie qui vient, Dieu lui-même. Et ne pas vouloir être le maître de ce mouvement-là.

Entrer en Avent, c’est se savoir profondément travaillé à l’intime de soi, mystérieusement attiré par un appel à naître et à renaître.

Entrer en Avent, c’est n’être ni rassasié ni repus, mais se mettre à l’écoute de ce qui murmure – ou crie – au fond de soi et appelle à se dire.

Entrer en Avent, c’est Le regarder venir et s’approcher, avoir le visage, le cœur et l’être tournés vers cette rencontre, la découvrant comme la rencontre la plus importante de son existence.

Entrer en Avent, c’est demeurer à cette place-là, et ne pas s’y dérober au nom de fausses urgences et de gratifiantes sollicitations.

Entrer en Avent, c’est rassembler ce qu’il faut au seuil de l’hiver, pour les grandes traversées intérieures qui de Noël à Pâques, conduisent aux vrais passages.

Entrer en Avent, c’est accepter de tâtonner parfois dans l’obscurité, et de marcher vers l’étoile sans se tromper de lumière dans la nuit froide et clinquante de décembre.

Entrer en Avent, c’est refuser d’avoir une « âme habituée », ne se décourager ni de soi, ni des autres, ni de Dieu, se réjouir d’être en route et découvrir qu’on n’y est pas seul.

Entrer en Avent, c’est laisser ce qui encombre et alourdit la vie et le cœur, pour ne garder que l’essentiel, les vrais trésors, demain, à offrir au Roi.

Entrer en Avent, c’est ne pas se désoler de savoir si peu et si mal aimer, mais se réjouir profondément d’être sans cesse rattrapé par un amour étonnamment capable de faire battre de manière plus juste et vraie le cœur de sa vie.

Entrer en Avent, c’est faire aujourd’hui ce que l’on peut, savoir que le reste ne nous appartient pas, et que l’essentiel nous sera donné.

P. François Boëdec, sj

15 novembre 2020-33° TO A /
journée mondiale des pauvres
et journée mondiale du Secours Catholique

Nous terminons l’Évangile de Matthieu qui nous a accompagné toute cette année A. Avec la parabole des talents, nous nous situons entre la parabole des vierges prévoyantes et insensées -dimanche dernier- et celle du jugement dernier -dimanche prochain. Nous pourrions alors entrer dans les évènements de la Passion, de la mort, de la résurrection, enfin de l’ascension, promesse de la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte, et entendre le Christ nous dire : « Tout pouvoir m’a été donné : Allez ! Faites des disciples ! Baptisez ! Enseignez ! Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde ! »

Je ne peux m’empêcher d’entendre en contre point la voix de Yahvé au livre des origines, de la Genèse : « je vous donne la terre, les herbes, les arbres, les oiseaux, poissons, animaux, soyez féconds, emplissez la terre et soumettez-la ! »

Entre le livre des origines et le livre de la fin des temps, s’insère l’histoire de l’humanité, notre histoire ! Alpha et Oméga du cierge pascal ! Christ Principe et Fin de tout.

Aujourd’hui, Matthieu nous révèle que ce temps correspond à l’établissement et à la construction du Royaume des cieux déjà sur terre, ici et maintenant.

C’est le sens de cette phrase qu’il utilise plusieurs fois : « Jésus parlait aux disciples de sa venue… »

C’est à la lumière de son retour en gloire (nous attendons ton retour dans la gloire) que Jésus lui-même accepte, comprend et vit sa PROPRE mort. C’est à cette même lumière que notre vie prend sens et s’oriente !

Dimanche dernier, nous avons entendu la parabole des vierges prévoyantes et des vierges insensées. Parabole qui nous rappelait notre propre vocation : « Vous êtes devenus lumière dans le Christ ; marchez toujours comme des enfants de lumière… Demeurez fidèle à la foi de votre baptême. Alors quand le Seigneur viendra, vous pourrez aller à sa rencontre dans son Royaume avec tous les saints du ciel ! »

VEILLEZ ! Toute la vie du baptisé est une veille, ce qui suppose de tenir sa lampe allumée, même si l’on dort, et surtout d’avoir en permanence de l’huile disponible. La lampe symbolise cette activité de veiller et d’aller à la rencontre, mais c’est l’huile qui symbolise cette capacité personnelle d’attendre. Les prudentes ne peuvent pas donner de leur huile qui représente, qui est leur responsabilité personnelle dans l’attente active. Les autres ont laissé s’éteindre leur attente, leur activité, leur responsabilité d’attendre.

D’où cette parole terrible de l’époux. « Je ne vous connais pas ! »

La parabole des Talents prolonge cette parabole de la veille.

Remarquons que pour parler de sa venue, Jésus parle de son départ pour un voyage…. temps d’absence du Seigneur mais rempli de l’énergie vitale de son Esprit ! Nous l’avons souvent expérimenté !

Chose étrange : le maître confie ses biens, tous ses biens !... à des spécialistes, des gestionnaires ? non… à ses serviteurs… ! Tous ses biens, sa fortune : 1 talent= 6000 journées de travail…

Il confie, il joue la confiance, il fait confiance (mot utilisé 5 fois dans le texte !). A-t-il raison ? Voilà quelqu’un qui symboliquement se livre, se donne tout entier. Il nous revient de dire s’il a eu raison, c’est à nous de lui donner raison ou non !

Que font les serviteurs, que faisons-nous ? Dès le départ, les jeux sont faits. « Il partit. Aussitôt… ! » dit le texte. L’absence, (une absence qui dure… ‘’longtemps après’’), et la responsabilité confiée stimulent les deux premiers serviteurs et les sauvent… tandis qu’elles enferment l’autre et le condamne.

Les deux premiers ont doublé la mise. Le texte ne dit pas comment ils ont fait. Ne cherchons pas si tout a été dans les clous… Ce que le maître loue, c’est leur audace, leur dynamisme, leur efficacité et leur fidélité. En fait, ils ont agi d’après le ressenti qu’ils avaient de leur maître : un maître généreux, qui fait confiance, qui respecte la liberté de chacun, les capacités de chacun et qui donne envie de vivre comme lui, en Alliance.

Le troisième met sa fidélité et toute son énergie à préserver cet héritage encombrant qu’il a reçu, et à s’en débarrasser dès le retour du maître. Dépossédé de son avenir et enfermé dans la stérilité du passé il s’est privé des chances offertes. Son talent, il l’enterre. Il est le fossoyeur de son propre avenir, de son propre devenir. Ainsi, il est déjà mort : « Jetez-le dehors dans les ténèbres ! » dira le maître.

            Et nous ? Nous sommes appelés (chacun, chacune, avec nos propres talents) à être les artisans de ce Royaume de Dieu. En sommes-nous conscients ? Nous avons à mettre en cohérence notre attente du Seigneur et notre vie quotidienne.

Chaque jour, être pris dans cette joyeuse dynamique : qu’est-ce que le Seigneur attend de moi ? Quel bien m’a-t-il confié ? Ai-je réalisé que je devrai rendre des comptes. Mon attente est-elle active ou passive ? Autrement dit, ma vie est-elle remplie et de quoi ?

Cette parabole des talents, aujourd’hui revêt une résonnance toute spéciale : journée mondiale des pauvres, journée nationale du secours catholique !

Vous sentez bien qu’on ne peut se contenter de belles paroles, de comptes rendus d’actions ou de projets, de quêtes récoltées, mais qu’il s’agit d’une conversion du cœur qui va jusqu’à la rencontre du frère concret dans toute son originalité, sa spécificité, sa pauvreté avec qui on met en action tous les talents que l’on a reçus ! Il n’en manque pas autour de nous, à nos portes, dans le secret même des cœurs ! Dans son message pour aujourd’hui, le pape François nous dit : « ‘’ Tends ta main au pauvre’’ (Si 7, 32) … La référence constante à Dieu n’empêche pas de regarder l’homme concret, bien au contraire, les deux choses sont étroitement liées…

La prière à Dieu et la solidarité avec les pauvres et les souffrants sont inséparables… Tendre la main est un signe : un signe qui rappelle immédiatement la proximité, la solidarité, l’amour… »

Il dit encore : « Il nous faut toucher de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couverts de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. »

Heureux les pauvres… les affamés de justice, les compatissants, les artisans de paix !...

Frères et sœurs trois questions pour terminer :

Nos lampes sont-elles garnies ?

Nos talents sont-ils bien placés ?

Les pauvres brillent-ils de notre lumière, vivent-ils de nos talents ? AMEN !

Père Yves Bachelet

Voir sur internet : ‘’Journée mondiale des pauvres 2020’’ le Message du pape François. 4ème journée mondiale des pauvres.

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