21° dimanche ordinaire année C 25 AOÛT 2019

Lecture du livre du prophète Isaïe (66, 18-21)

Psaume 116 (117)

Lecture de la lettre aux Hébreux (12, 5-7 ; 11-13)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (13, 22-30)

            « Des derniers premiers, des premiers derniers » voilà qui n’arrangerait pas les JO si c’était pris à la lettre ! Un sacré chamboulement ! Bah ! Le même que celui du Magnificat où tout est à l’envers ! « Il disperse les superbes ! Renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles ! Comble de biens l’affamé et renvoie les riches les mains vides ! »

Oui, dans le royaume de Dieu, les critères mis en œuvre ne sont pas nos critères. Ils sont ceux de Dieu !

Cette phrase, des premiers/derniers, nous la retrouvons dans deux autres situations : les apôtres qui ont tout quitté pour suivre Jésus et les ouvriers de la onzième heure.

            Comme aujourd’hui, dans chacun de ces cas, il s’agit de questions qui tournent autour du salut, c’est-à-dire de notre devenir ! Le mien, le vôtre. Comment nous en étonner puisque les juifs de cette époque sont persuadés de la fin des temps imminente et les disciples de Jésus eux-mêmes redoutent cette échéance. Faut-il rappeler que Luc nous a prévenus ! « Sitôt la Transfiguration, ayant révélé qu’il lui fallait beaucoup souffrir avant d’entrer dans sa gloire, comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem. » Et c’est au cours de ce périple, cet ultime périple qu’il délivre son enseignement pour que le moment venu, le troupeau ne bronche pas. Alors on la comprend cette question. « Seigneur, si tout ce que tu dis est vrai, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »

Sous-entendu, bien sûr on sera dedans ! Mais avec nous, combien d’autres ? La réponse de Jésus est immédiate, cinglante et une fois de plus, il retourne la requête. Combien ? Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite !

            Le questionneur parle comme si nous étions totalement passifs, comme si quelque décision divine destinait certains au salut et d'autres à leur perte. La question est au passif : « être sauvés », ce qui suppose l'existence d'une prédestination. Comprenons bien que rien ne se passe pour l'homme sans qu'il soit partie prenante, sans son désir, son choix ou tout au moins son assentiment. C'est pourquoi Jésus répond à cet homme « Vous, efforcez-vous d'entrer » (dans ce salut). Dieu propose mais l'homme dispose. Dieu donne, l'homme prend ou ne prend pas. Nous ne serions pas vraiment images de Dieu si nous n'étions pas libres de choisir notre « destin », notre avenir, notre devenir, d'accueillir ou de refuser la priorité absolue de l'amour. Ne nous y trompons pas : croire n'est pas un sentiment mais une décision. La réponse à un Amour. Souvenez-vous ! À Thomas qui doute, Jésus dit, avec une pointe de reproche : « Désormais, ne sois plus incrédule ! Mais croyant ! » Autrement dit, c’est ta liberté, ta volonté de croire !

            Nous sommes là en pleine confrontation entre le désir de Dieu de sauver sa créature et l’étonnante liberté de l’homme, celle qu’il nous accorde jusqu’à pouvoir le refuser, le rejeter, le renier… le tuer.

Le désir de Dieu, mais il est présent à chaque page de la Bible, c’est-à-dire de l’histoire de notre humanité : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » Jn 3/16

Quiconque… quiconque croit en lui !

Paul : « Car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. » 1 Tm 2/4 Tous les hommes soient sauvés…

            Mais je ne fais que répéter le premier texte d’Isaïe : « Moi, dit Dieu, je viens rassembler toutes les nations, de toute langue. Elles viendront et verront ma gloire ! Et, du milieu d’elles, j’enverrai des rescapés vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont rien entendu de ma renommée, qui n’ont pas vu ma gloire ; ma gloire, ces rescapés l’annonceront parmi les nations. » Il n’est pas question qu’un seul en réchappe… à cette Gloire !

Et la finale de l’Évangile de Luc en rajoute : « Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. »

Et c’est la conclusion fatale mais qui fait honneur à notre liberté et à la gloire de dieu : « Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »

Et nous voilà dans cette curieuse situation : nous sommes sauvés, l’amour de Dieu nous a réconciliés avec lui. C’est fait. « Venez, les bénis de mon Père ! Heureux les invités au repas du Seigneur ! » Et pourtant Matthieu nous avertit : 7/13-14 « Entrez par la porte étroite. Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent. Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent. »

            Est-ce que je veux mettre mes pas dans ceux du Christ avec tous les choix, les engagements, les dépouillements que cela suppose. Le Christ fait route vers Jérusalem, vers le don total, vers l’amour crucifié, la porte étroite du corps offert, du sang versé. Rien n’est acquis d’avance.

Le salut est une marche perpétuelle ! Une conversion permanente ! Une transfiguration incessante ! 

Dieu appelle tout homme, à toute heure du jour et de la nuit. Mais n’oublions pas qu’un jour, si nous tardons trop, ou si nous allons voir ailleurs, comme on dit, la porte étroite sera fermée !

“Seigneur, ouvre-nous !”, Dieu nous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes !”

On aura l’air malin ! Amen !

Père Yves Bachelet

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20° dimanche ordinaire année C 18 AOÛT 2019
Lecture du livre du prophète Jérémie (38, 4-6. 8-10)
Psaume 39 (40)
Lecture de la lettre aux Hébreux (12, 1‑4)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (12, 49‑53)

On entend dire parfois, et on nous a peut-être dit : « Comme vous avez de la chance d’avoir la foi ! » sous-entendu : moi je ne l’ai pas, c’est comme ça. Sous-entendu encore : « pas de problème avec la foi, elle arrange tout, surtout lorsque frappe la mort. »
Il est vrai que dans l’épreuve, le doute, la désespérance, l’échec, la mort… brille et brillera toujours la lumière du Ressuscité, présence parfois bien obscure en nos ténèbres ! « Je suis avec vous, pour toujours jusqu’à la fin du monde ».
Mais où a-t-on vu que croire était quelque chose de facile, de lénifiant, d’arrangeant.
Ce n’est pas ce que nous dit la Parole aujourd’hui !
« Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !
Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !
Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division… »
Paroles ô combien paradoxales. Une foi, une religion qui prêchent l’amour, la paix, la réconciliation et qui n’engendrent à travers les siècles que troubles, guerres, intolérances, persécutions. Combien ont payé de leur sang la fidélité à leur maître et Seigneur. Je ne parle pas ici de tous les dévoiements, les égarements, les crimes que l’on a perpétrés scandaleusement sous couvert de la foi en Christ. Je parle de celles et ceux qui ont vécu et crié les Béatitudes envers et contre tout, qui ont osé affirmer et défendre la dignité et la vérité des êtres et des choses quoi qu’il en coûte.
Le prophète Jérémie est de cette trempe-là. Personnage douloureux s’il en est, toujours entre le marteau et l’enclume, il lui faut annoncer de terribles évènements à venir, conséquences de l’inconduite et du manque de foi du peuple de Dieu : l’arrivée de Nabuchodonosor à la tête des Chaldéens, la prise et la destruction de Jérusalem, l’exil à Babylone. Plusieurs fois, Jérémie sauvera sa tête, comme le raconte le texte de ce jour. Mais toujours il restera fidèle à Dieu, porte-parole poignant de la souffrance même de son Seigneur qui ne supporte pas de voir son peuple meurtri : « Oui, mon peuple est fou : ils ne me connaissent pas. Ce sont des enfants stupides : ils n’ont pas de discernement. Ils sont habiles pour faire le mal, mais ne savent pas faire le bien. Je regarde la terre, et voici : c’est un chaos ; le ciel : il a perdu sa lumière. » Jr 4/22-23 mais encore : « Tu leur diras cette parole : Que mes yeux ruissellent de larmes nuit et jour, sans s’arrêter ! Elle est blessée d’une grande blessure, la vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d’une plaie profonde. » Jr 14/17
Tous les prophètes nous ont préparé à entendre et à expérimenter la tendresse, l’amour de Dieu qui nous veut près de lui, comme le redit le prêtre à l’offertoire : « Puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. »
« Je suis venu apporter le feu, pas la paix mais la division… » murmure Jésus…
Les disciples sont prévenus avec clarté et précision. L’Évangile ne s’épanouit pas dans un climat douceâtre et lénifiant, où tous les conflits sont évacués, tous les angles arrondis. La charité elle-même est un combat contre toutes les formes de ténèbres qui subsistent au cœur de l’homme et dans la société. L’Évangile ne permet pas de compromis. Il nous faut alors savoir trancher et retrancher. L’heure n’est plus à l’hésitation, il faut choisir !
Le Christ veut l’unité de nos vies, de son Royaume mais pas à n’importe quel prix !

Aujourd’hui ce que dit Jésus trouve un écho dans bien des situations. La foi chrétienne comporte le témoignage et l’engagement dans les débats parfois tragiques qui concernent la paix, la santé, le partage des richesses et du travail, et toutes les questions d’éthique concernant la vie de son apparition à sa fin terrestre. La division existe plus que jamais dans bien des domaines, et de manières diverses suivant les pays. Jésus en parle en évoquant les relations familiales. C’est un domaine où elle apparaît de manière très forte aujourd’hui. Pas toujours, heureusement, sous la forme de divisions conduisant à des ruptures, mais en tout cas de divergences en ce qui concerne la foi et la manière de la vivre, qui peuvent conduire à des déchirements. Parents ou grands-parents désemparés devant l’impossibilité de transmettre la foi à leurs enfants, ou choqués de les voir fonder ailleurs que sur l’Évangile leurs choix religieux. Familles déchirées par les échecs conjugaux, etc.
L’auteur de l’épître aux Hébreux nous invite ce dimanche, à nous souvenir de ce qu’a coûté au Christ son « baptême », et à tant d’autres après lui : « nous sommes entourés d’une immense nuée de témoins... » Il nous rappelle que la foi est un appel au témoignage, à la résistance contre le mal. « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. »
Tout est dit ! Sur qui avons-nous les yeux fixés ici-bas ? Cela vaut la peine d’y réfléchir et d’y répondre une fois pour toutes !
À la fin de cette eucharistie, notre dernière prière sera celle-ci : « Par cette eucharistie, Seigneur, tu nous as unis davantage au Christ. Et nous te supplions encore. Accorde-nous de lui ressembler sur la terre et de partager sa gloire dans le ciel.”
Cette prière est lourde de conséquence si Dieu nous prend au mot car elle rejoint ce que le Christ disait à ses disciples et que la liturgie nous rappelle aujourd’hui : “Je suis venu apporter un feu sur la terre. Comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême. Comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !”
Ainsi soit-il !
Père Yves Bachelet
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18° Temps Ordinaire C Ecclésiaste 1/2; 2/21, 23 Psaume 89 Colossiens 3/1-5; 9/11 Luc 12/13-21

Tout est vanité! Ainsi commence la première lecture tirée du Livre de l’Ecclésiaste: vanité du travail, vanité de la réussite humaine, vanité du temps qui passe... « Tout est vanité » !
En hébreu, parait-il, le mot vanité signifie « buée » ! Vous savez la buée qui apparaîtsur la vitre et que chasse le dégivrage de la voiture. Cette buée est fragile, en effet, comme nos entreprises humaines!
Beaucoup, avec l’arrivée des beaux jours du printemps avaient préparé leurs jardins avec soin: plantation de légumes, de fleurs décoratives, et tout cela coûte cher! Et voilà que la canicule et la sécheresse, avec l’interdiction d’arroser, menacent sérieusement la récolte... coup de buée! Et bien des paysans et des professionnels s’inquiètent à juste titre des conséquences de la sécheresse pour leur entreprise... coup de buée! Comme tout est fragile!

Que reste-t-il de tous les efforts entrepris avec peine et de tous les calculs pour lesquels l’homme s’est fatigué sous le soleil? Tout est vanité.
Or, voilà que l’évangile d’aujourd’hui nous dit: «Pourquoi amasser des richesses, accumuler des biens matériels, alors que, la nuit suivante, on va te redemander ta vie? » Et l’évangile ajoute: « Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même au lieu d’être riche en vue de Dieu. » Être riche en vue de Dieu: voilà bien la question fondamentale à laquelle les textes de ce jour nous invitent à réfléchir. L’évangile nous dit en effet: ne faites pas comme ce cultivateur de la parabole qui amasse et meurt sur un matelas de billets. Car les risques sont nombreux: -se laisser prendre par les jeux d’argent -avoir la tentation d’en vouloir toujours plus et se laisser corrompre -briser les amitiés anciennes et se trouver uniquement des amis « intéressés ».

Emporte-t-on son argent avec soi? « Le linceul n’a pas de poche », dit un proverbe allemand. Et l’on n’a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard...
Oui, soyez riche en vue de Dieu! Pensez à long terme; prévoyez plutôt une assurance de vie éternelle: « celui qui veut sauver sa vie la perdra, celui qui la perdra, à cause de moi et de l’évangile, la gardera en vie éternelle ».
Quand on prend l’avion et que celui-ci s’élève dans les cieux, arrive un moment où bien souvent il traverse une épaisse nuée, en ayant l’impression de naviguer dans du coton... et puis, subitement, il dépasse la zone enténébrée, et le soleil vient de nouveau nous envelopper de sa lumière... « Recherchez donc les réalités d’en- haut », nous dit la deuxième lecture, c’est là qu’est le Christ: « Tendez vers les réalités d’en haut et non vers celles de la terre ». Il ne s’agit pas de faire de l’angélisme, comme si nous étions désincarnés, mais de nous tourner résolument vers le Christ lumière, ressuscité, dont la Parole est chemin de vie.

Les moyens?
Saint Paul les rappelle clairement: -« Faites donc mourir en vous ce qui appartient encore à la terre: débauche, impureté, désirs mauvais, appétits de jouissance qui est comme un culte rendu aux idoles » -« Débarrassez-vous des agissements de l’homme ancien qui est en vous, revêtez l’homme nouveau, celui que le créateur refait toujours neuf à son image pour le conduire à la vrai connaissance » -et Paul aurait pu ajouter encore: « attachez-vous donc à la personne de Jésus, mettez-vous à l’écoute de sa Parole et vivez surtout de l’esprit des béatitudes ». Vous n’y arriverez pas tout seul, vous aurez besoin de l’Eglise, aussi imparfaite soit-elle. Elle est chargée de nous livrer le trésor véritable, Jésus ressuscité qui nous fait signe et se donne à nous à travers les sacrements et les évènements de la vie.
Alors, Seigneur donne-nous ton Esprit; qu’il vienne réchauffer en nous ce qui est froid, assouplir ce qui connait des raideurs et rectifier ce qui est tordu.

Amen

Père André Auduc
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