DIMANCHE 24 MAI 2020  *  7ème DIMANCHE DE PÂQUES

Livre des Actes des Apôtres (1, 12-14)

« Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière »

Psaume 26

« J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. »

Première lettre de saint Pierre apôtre (4, 13-16)

« Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous »

Alléluia. Alléluia. « Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur ;

je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira. » Alléluia

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (17, 1 b -11 a)

« Père, glorifie ton Fils »

Nous venons d'entendre ce que la Tradition appelle "la prière sacerdotale de Jésus". Au moment d'entrer dans le grand silence de la Passion, le Christ, à haute voix, parle à son Père. Il prie. Et cette prière est une spirale d'amour, un tourbillon de feu qui nous absorbe et nous entraîne au cœur même du cœur du Père, car nous sommes présents dans cette prière du Christ.

D'ailleurs entre ascension et Pentecôte, temps de l'absence du Christ marqué d'une promesse, temps de l'attente et de l'espérance, tout parle de prière !

La nécessité de la prière, l'urgence de la prière ! Ils étaient "assidus à la prière…" nous ne savons plus bien ce que cela veut dire avec nos arrivées parfois tardives, nos participations irrégulières, aléatoires, nos places clairsemées, éloignées ou distantes malgré le geste de paix, nos départs prématurés… Je caricature….

Assidus à la prière ! Le Christ prie son Père et au cœur de sa prière, il y a l'Homme, toute l'humanité, hommes, femmes, enfants : "Je prie pour eux, pour ceux que tu m'as donnés. Donne-leur la vie éternelle – la vie éternelle c'est qu'ils te connaissent, Toi et Celui que Tu as envoyé !»

Le monde de la prière est le monde de la relation, de la con-naissance –naître avec-, de la com-union –être en union avec. Cette relation, cette connaissance, cette communion, elle naît d'un échange, elle ouvre sur un échange, un don (et nous sommes là si près du sacrement de mariage). "J'ai fait connaître ton nom aux hommes… ils ont gardé fidèlement ta Parole… maintenant ils savent… ils ont cru…" Jn 17/8

Voilà la vie éternelle déjà commencée en nous et par nous.

Cette vie éternelle résulte d'une double démarche : celle de Jésus qui la donne et celle de l'homme qui accepte de la recevoir et en vit au quotidien par la foi. D'où cette accumulation de verbes-actifs : (vous les avez lus, entendus, je les rappelle) connaître, garder, savoir, recevoir, croire, ce qui veut dire que la vie éternelle n'est pas quelque chose qui se situerait au-delà de la mort, mais qu'elle s'épanouit déjà dans la lumière d'une vie quotidienne toute disponible à cet accueil de la grâce !

            Devant ce courant d'amour de Dieu, j’ai envie de dire -ce torrent d’amour- l'homme reste pourtant libre : souvenons-nous : "la lumière est venue dans le monde et les ténèbres ne l'ont pas accueillie."

En chacun d'entre nous il y a une part de ténèbres qui parfois n'accueille pas le Christ selon son attente. C'est pour cela qu’il prie son Père afin que la lumière existe et qu'elle vienne en chaque homme : "Pour qu'ils aient ma joie en plénitude" ajoute-t-il. "Je prie, Père, pour ceux que tu m'as donnés parce qu'ils sont à toi ; garde-les dans ton nom… et il avait déjà dit : "pour qu'ils aient la vie en abondance."

Avez-vous enregistré les mots-clefs : connaissance, communion, vérité, lumière, joie, nom, tout cela englobé dans le maître-mot 'la gloire' qui est la densité, le poids de l'amour en acte !

D’où la Parole du Christ "Père, je t'ai glorifié sur la terre, car j'ai accompli l'œuvre que tu m'avais donnée à faire."

Parole qu'il allait ratifier le lendemain au Golgotha en cet ultime expression « Tout est accompli !»

            Et voici désormais que la mission nous incombe. À nous maintenant d’accomplir cette œuvre parmi et pour les hommes, nos frères : n'a-t-il pas dit : "Comme tu m'as envoyé dans le monde, je les envoie dans le monde… je prie pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi".

Dimanche dernier, l'Apôtre Pierre nous disait : "Soyez capable de rendre compte de l'espérance qui est en vous !" C’est à nous qui portons le nom de Chrétien que Pierre nous le demande aujourd'hui : à nous d'annoncer la Parole de Vie, et il ajoute : "Pour que tout homme soit en communion avec nous, comme nous, nous sommes en communion avec le Père par le Fils."

À nous, non seulement de dire mais de montrer, au nom de notre foi de chrétien, que la vie humaine se construit dans la relation vraie, se nourrit de communication, est communion. Tout l'édifice repose sur la confiance. Je crois en l'autre parce que j'ai confiance en lui. J'ai confiance en lui parce que je sais qu'il n'a pas le désir de me tromper même s'il est faillible… Par la confiance donnée, la liberté de chacun et le respect de l'autre deviennent les maîtres-mots. La communication se nourrit alors de vérité. La relation devient communion, union respectueuse du parcours et de l'intime de chacun.

Faut-il préciser que ce qui vaut des relations entre les personnes, vaut tout autant pour la société entière et les relations entre nations ! N’est-ce pas ce que nous sommes en train de découvrir à travers cette pandémie provoquée par un minuscule virus ?

Le Chrétien serait infidèle à sa foi s'il n'offrait au monde ce qui le libère. Il ne faut pas garder le don de l'Évangile, don d'amour et de vérité, uniquement pour soi-même. On doit l’offrir !

L'Apôtre Jean, dès le début de l'Eglise, témoigne que si l'être humain est un être de relation, de communication, de communion, c'est parce que Dieu l'est lui-même et qu’il nous appelle à communier à sa vie. Comment alors ne pas proclamer cette Bonne Nouvelle sur les toits ? Comment ne pas partager une telle foi, une telle espérance, un tel amour avec toutes et tous ?

            Dans un monde en quête de sens, notre devoir, notre mission est de témoigner par tous les moyens que la Vérité est Jésus Christ et que cette Vérité rend libre.

Que l'Esprit Saint nous donne le courage de le faire ! AMEN !

Père Yves Bachelet

Pièce(s) jointe(s):
Télécharger ce fichier (200524-7 Paques A 2020-01.pdf)200524-7 Paques A 2020-01.pdf[ ]418 Ko

DIMANCHE 10 MAI 2020 * 5° DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE A

Actes des Apôtres (6, 1-7)

« Ils choisirent sept hommes remplis d’Esprit Saint »

Psaume 32

« Que ton amour, Seigneur, soit sur nous, comme notre espoir est en toi ! »

Première lettre de saint Pierre apôtre (2, 4-9)

« Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal »

Alléluia. Alléluia.

Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur.

Personne ne va vers le Père sans passer par moi. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (14, 1-12)

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie »

L'Évangile que nous venons d'entendre est un extrait du long discours de Jésus après la Cène qui commence après le lavement des pieds et qui s'achève par la grande prière sacerdotale du Christ (les chapitres 13 à 17 en St Jean). Ensuite ce sera le jardin de l'agonie, puis les événements que nous savons.

Ce discours, Saint Jean le fait commencer avec grande solennité et grande émotion : "Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde les aima jusqu'à la fin. Au cours d'un repas…" vous connaissez la suite.

            Ce qui nous vaut l'accroche, le résumé bien modeste de ce jour et presqu’insignifiant : "A l'heure où Jésus passait de ce monde à son père, il disait à ses disciples…" Il faut entendre : … Avant la fête de la Pâque…

           

Ce qu'il dit, nous l'avons entendu…

L’annonce de son départ avec des mots d'une infinie tristesse mais d'un si grand réconfort, déjà tout remplis d'espérance et de la promesse d'une joie infinie… parce que d'une éternelle gloire. Souvenons –nous lorsque l’un de nos proches nous a quittés-, souvenons-nous de ses dernières paroles que nous aimons à nous redire en famille et dans le secret du cœur. (Ce qui rend si douloureuse et quasi inhumaine la fin -en grande solitude- de nos défunts en ces temps de pandémie !) Il en va de même avec Jésus ! Ses proches nous ont gardé et transmis ses ultimes paroles :

  • Je n'en ai plus longtemps à être avec vous
  • Vous me chercherez
  • Aimez-vous les uns les autres
  • Ne soyez donc pas bouleversés
  • Je pars vous préparer une place
  • Je reviendrai vous prendre avec moi
  • Là où je suis, vous y serez aussi
  • Pour aller où je m'en vais vous savez le chemin."

Ce texte est souvent choisi par des familles pour les funérailles. Blessés par la mort d'un être cher, on se retrouve devant ce départ dans l'inquiétude de l'après mort, du devenir de notre disparu, et un jour, de notre propre devenir. La question de Thomas est la nôtre : "Nous ne savons pas où tu vas ! Comment en connaître le chemin ?»

La tentation est grande de se rassurer à bon compte et en définitive de nier la difficulté, voire l'angoisse, la révolte, le refus de croire.

On nous propose, parfois, un texte aussi lénifiant qu'il est faux, attribué à Péguy, Augustin, St Exupéry, mais qui est d'un Irlandais écrit en 1910.

Il commence ainsi : "La mort n'est rien, je suis seulement passé dans la pièce à côté. Ce que j'étais pour vous je le suis toujours. Je ne suis pas loin. Juste de l'autre côté du chemin."

Je n’aime pas ce texte ! Le Christ nous entraîne ailleurs et nous promet un changement radical, j'allais dire révolutionnaire parce qu'impensable, inimaginable : tout simplement entrer dans l'intimité du Père et du Fils grâce à l'action de l'Esprit de Vie.

"Je pars vous préparer une place dans la maison de mon Père !" Rien à voir avec la pièce d'à côté ! "Là où je suis, vous y serez aussi" il s'agit bien d'un ailleurs inespéré tant il est d'une autre nature. Je le soulignerai dans l'oraison de l’Offertoire : « Dans l'admirable échange du sacrifice eucharistique, tu nous fais participer à ta propre divinité. » (Cohérence, logique interne de la liturgie…)

Jésus propose à chacun d'entre nous et à tous les hommes de bonne volonté, d'entrer dans la communion divine de la Trinité. N’est-ce pas ce que vient de nous dire St Pierre : « Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. »

Jésus n'est pas là pour indiquer seulement le chemin comme le souhaite et l'attend Thomas avec son GPS. Il n'est pas une simple signalisation, une simple référence, une simple morale. (Ce à quoi, on réduit souvent le Christ et son message)

JESUS est celui qui nous introduit, qui nous fait entrer avec lui, par lui, et en lui. Il est, il EST LE CHEMIN, mais aussi LA PORTE, tant sa mission est de donner accès au Père. Apprécions aussi la force et la précision de la réponse du Christ :

"Moi, je SUIS le chemin, la Vérité et la Vie"

Je suis le chemin, il existe en tant que tel, différent du Père.

Je suis la Vie, il est aussi l'identique au Père qui est le Vivant, le Dieu des Vivants, Celui qui engendre éternellement…. Père et Mère.

Je suis la Vérité : il possède l'Esprit de vérité qu'il nous envoie, CELUI qui nous rendra libres en nous faisant accéder à la Vérité.

Tout cela se résume dans ce "Vous me connaissez" du Christ en réponse au « Montre-nous ! » de Philippe qui cherche une direction, un lieu, un ailleurs !

Et Jésus qui nous ramène au présent, à l’aujourd’hui, au "Qui me voit, Philippe, voit le Père !» « Vivre l’aujourd’hui de Dieu » ce fut le premier livre de frère Roger de Taizé en 1959 !

Vivre aujourd’hui pleinement dans le monde et dans l’Eglise sur ce chemin quotidien de la Vérité qui EST Vie ! Est-il nécessaire de dire l’urgence de vivre avec ardeur chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde de notre vie, si brève ou si longue soit-elle ! Quel gâchis dans nos vies ! « Soyez saints comme moi je suis saint !» nous disait Dieu en début de carême. Où en est notre sainteté !

 

Un mot encore pour souligner le projet de Dieu qui est de libérer toute l’humanité, celle d'hier, d'aujourd'hui et de demain, de tout esclavage physique ou moral et donc terrestre.

Ce projet, il est contenu dans le mystère de notre "solidarité en Jésus Christ’’ qui nous dit : "Nul ne va au Père sans passer par moi". "C'est le Christ total" dira St Augustin, "nous avec lui, par lui." "C'est, dira Paul, la création toute entière qui gémit dans les douleurs d'un enfantement qui dure encore." "C'est, dira Teilhard de Chardin, la lente montée de l'humanité jusqu'au point Oméga."…

Mais… ô merveille, par cet évangile, je suis aussi autorisé à dire " le Christ ne va pas vers le Père SANS nous ! "

N'est-ce pas le sens de ce "Là où je suis vous y serez aussi" et "je reviendrai vous prendre avec moi !" ?

            Alors, frères et sœurs, pourquoi avoir peur ? Pourquoi douter ? Pourquoi être bouleversés ?

Je termine avec Paul : "Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ".

Rien ? Rien sinon NOUS ! Sinon notre liberté mal utilisée !

Sinon notre péché !

AMEN !

Père Yves Bachelet

Pièce(s) jointe(s):
Télécharger ce fichier (200510-5 Pâques A 2020-01.pdf)200510-5 Pâques A 2020-01.pdf[ ]427 Ko

2e dimanche de Pâques A + Dimanche de la Miséricorde divine

Lecture du livre des Actes des Apôtres (2, 42-47

Psaume 117 Rendez grâce au Seigneur il est bon

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre (1, 3-9)

Alléluia. Alléluia. « Thomas, parce que tu m’as vu, tu crois, dit le Seigneur.

Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » Alléluia !

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (20, 19-31)

« Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » Jn 20/30-31

Croire que Jésus est fils de Dieu et qu’il est notre vie !

Le cri de naissance de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Le signe de l’apparition de Jésus aux disciples puis à Thomas a été écrit par Jean pour nous aujourd’hui. Pour nous conduire à la foi : croire que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et ainsi qu’en croyant, nous ayons la vie de Dieu !

Tout tourne autour de ce dilemme déjà présent dans le deutéronome : la mort ou la vie : « Je te propose dit Yahvé de choisir entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction. » Tout tourne autour de la vie, de la mort et lâchons le mot, de la résurrection.

Je me suis souvent demandé le pourquoi de l’incarnation ! Vous savez : christ est venu, christ est né, a souffert, est mort, est ressuscité, christ reviendra… C’est vite chanté ! Ça veut dire quoi, pourquoi ? C’était la question des apôtres ! Rappelez-vous le soir de Pâques sur le chemin d’Emmaüs, cette conversation surréaliste : « Tu es le seul qui ignore les événements de ces jours-ci. » « Quels événements ? » « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth. Les femmes n’ont pas trouvé son corps. Des anges disent qu’il est vivant, mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »

Au sanctus, reprenant la vision du Prophète Isaïe nous chantons : « Ciel et terre sont remplis de ta gloire : Hosanna au plus haut des cieux ! » Non, avant l’incarnation -dans le temps des hommes- un seul endroit n’est pas rempli de la gloire de Dieu ! C’est la mort, c’est l’enfer !

Ce qui a souvent fait dire aux hommes dans la nuit et la solitude de la mort, de toutes les morts, l’horreur des camps de la mort, de la trahison et de la torture… mais où est Dieu ? Dieu se tait, Dieu est mort !

En réalité, de toute éternité, dans son amour de toute éternité, en même temps qu’il créait l’homme, l’amour trinitaire du père, du fils et de l’Esprit s’incarnait, par le fils, en notre humanité pour connaître la mort, l’habiter, la vivre, la vaincre et nous entraîner par cette brèche dans la gloire divine. St Paul de s’écrier : « Ô Mort, où est ta victoire ? » « Victoire de l’amour, victoire de la vie ! » chante l’Exultet dans la nuit de Pâques.

« Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » 

Réalisons-nous que c'est ce même Jésus qui va connaître l'expérience la plus crucifiante de l'absence de Dieu : sur la croix, il va mourir en maudit, comme un exclu de l'alliance divine. Il va s’écrier : "Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?"

C'est le même cri que poussent encore aujourd'hui des milliers d'hommes et de femmes de par le monde, qui meurent seuls et abandonnés.


Jésus, le fils de Dieu, abandonné... par Dieu !

Mais, en Jésus, c'est Dieu lui-même qui est cloué à la croix ! C'est comme si ce jour-là Dieu offrait sa présence -paradoxale!- dans le seul lieu où on pensait qu'il n'était pas : au cœur même du désespoir, dans le pire lieu de perdition, et… nous dira le Credo, jusque dans les enfers !

Voilà le sens de la croix du Christ : elle révèle que Dieu se donne à nous justement quand nous croyons qu'il n'est pas là, quand nous nous croyons abandonnés, quand nous nous sentons maudits, quand tout… crie son absence.

La tendresse du Père, révélée durant toute la vie de Jésus, se révèle encore et toujours dans sa mort.


« Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » 

Cette révélation, le Christ la fait sur le chemin d’Emmaüs. « Puis, dira st Paul, après cela, à plus de 500 frères et sœurs à la fois, puis à Jacques, puis à tous les apôtres. » L’évangile d’aujourd’hui attire notre attention sur le jour où se manifeste le Ressuscité à son Eglise naissante : « Le soir venu, en ce premier jour de la semaine… et plus loin, « Huit jours plus tard »

Ces apparitions du Christ le même jour, dimanche de sa résurrection, manifeste en réalité la volonté du Christ de se donner à voir, toucher : « Il leur dit : ‘’La paix soit avec vous !’’ Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. »

Il fera de même avec Thomas malgré un léger reproche : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

Pensez-vous qu’il y ait d’autres raisons pour motiver le rassemblement eucharistique dominical ? Pensez-vous qu’il ne soit pas nécessaire, pour vivre du Ressuscité, d’être ensemble rassemblés afin qu’il « se donne à voir » ? Le dimanche n’est pas seulement le jour, où toutes affaires cessantes, on se repose et se détend. Il est le moment par excellence où le Ressuscité, rassemblant ses disciples, refait les liens de la communauté, reconstitue leur fraternité en leur donnant, non plus son corps de ressuscité à voir, à toucher, mais sa Parole, son corps et son sang à manger dans le pain et le vin et l’envoi aux frères dans sa paix. Allez dans la paix du Christ ! Allez pour témoigner, pour en vivre, pour évangéliser ! Le témoignage des uns doit éveiller celui des autres et la parole de foi doit circuler, être annoncée ! N’est ce pas ce que nous réalisons douloureusement en ces jours de confinement.

Puis-je enfin rappeler que notre témoignage, notre crédibilité, notre responsabilité demeurent en ce que notre vie, toute notre vie corresponde à la Parole du Christ et au souffle de l’Esprit (dans ses choix, ses actes, ses engagements, sa participation à la vie commune, sociale et politique que nous sommes en train de redécouvrir en ces temps d’infortune). « Voyez comme ils s’aiment » disait-on des premiers chrétiens. Si cela est vrai, d’autres Thomas, d’autres absents, d‘autres incroyants à ce jour nous rejoindrons huit jours plus tard et encore plus tard. AMEN !

Père Yves Bachelet

Les illustrations sont du Père jésuite Rupnik qui a décoré la basilique du Rosaire de Lourdes

Pièce(s) jointe(s):
Télécharger ce fichier (200419 - 2 Pâques A 2020-02.pdf)200419 - 2 Pâques A 2020-02.pdf[ ]365 Ko

LES DISCIPLES D’EMMAÜS

Qu’allaient-ils faire à Emmaüs ? Nous n’en savons rien. Ce que nous savons, c’est que ces deux voyageurs n’avaient pas le moral. Deux jours auparavant, Jésus de Nazareth avait été crucifié. Cléophas et son compagnon étaient disciples, proches des apôtres et des femmes qui avaient accompagné le Maître. Crucifié : un supplice épouvantable et dégradant. Ce supplice, les Romains ne l’avaient pas inventé. Mais ils le pratiquaient sans état d’âme. Et en public. Nous gardons des Romains une image positive à cause de la civilisation qu’ils nous ont léguée : le pont du Gard, la maison carrée de Nîmes, les monuments d’Autun… Nous avons oublié que les Romains exerçaient un pouvoir sans partage et qu’ils réduisaient à néant toute tentative d’indépendance. Cela, Caïphe et son entourage le savaient. Pour se débarrasser de Jésus ils ont bâti un plan scandaleux : s’assurer de sa personne et le livrer au Pouvoir sous prétexte qu’il voulait se proclamer roi. Pilate n’était pas pire que les autres gouverneurs. Pas meilleur non plus. Il n’a pas été dupe. Mais, pour avoir la paix, il a envoyé Jésus au supplice.

Les deux voyageurs ont-ils vu Jésus crucifié ? Peut-être. En tout cas, ils sont bouleversés et surtout déçus. Comme les apôtres, ils avaient projeté sur Jésus de folles espérances. « Ce prophète puissant », ils en auraient fait volontiers un messie, fameux envoyé de Dieu chargé de restaurer Israël en éliminant les païens et les pécheurs. Jésus les avait avertis. Peine perdue ! Maintenant, sur la route d’Emmaüs, ils ressassent leurs désillusions. C’est là que Jésus les rejoint. Prisonniers de leurs phantasmes, ils ne le reconnaissent pas. Mais ils prêtent une oreille attentive aux paroles de l’inconnu. Patiemment, Jésus relit les Ecritures. Il fait le lien entre les propos des prophètes, des sages et auteurs des psaumes avec sa personne et sa mission. C’est au partage du pain, dans l’auberge d’Emmaüs qu’ils le reconnaissent. A l’amère déception fait place une énergie nouvelle. Malgré la fatigue et la nuit, ils rebroussent chemin afin d’avertir leurs amis de Jérusalem. A peine ont-ils ouvert la porte que ceux-ci les interpellent : « C’est vrai. Le Seigneur est ressuscité. Il vient d’apparaître à Simon-Pierre. »

Pour prendre le vocabulaire à la mode, disons que les disciples d’Emmaüs étaient confinés. Confinés en eux-mêmes avec leurs schémas tout faits et leurs illusions. Tellement confinés qu’ils n’ont pas entendu les avertissements de Jésus. Jésus refusait obstinément qu’on l’appelle messie. Le soir de la multiplication des pains il avait fui dans la montagne pour échapper à ses admirateurs. A mainte reprise, Jésus s’était présenté comme le serviteur souffrant et cette évocation demeurait insupportable à ses proches. Au matin de Pâques, tous sont dépassés par les événements. Des femmes sont allées au tombeau : il était vide. Pierre et Jean y sont allés aussi. Des bruits circulaient dans la communauté : des anges auraient dit que Jésus est vivant. Mais, comment y croire ? Confinés.

C’est le Ressuscité qui se charge du dé-confinement. Avec une pédagogie pleine de douceur. Il ne conteste pas les paroles des deux amis. Il leur donne sens. Il les éclaire au moyen de la Sainte Ecriture. Nous avons là une catéchèse magistrale : la première catéchèse de l’histoire de l’Eglise. Après la Pentecôte, habités par le Saint Esprit, les apôtres en reprendront les termes : c’est le cas de la première lecture de ce dimanche. Pierre, qui était un timide et ne passait pas pour un lettré, s’exprime avec assurance. Il se lance dans une prédication apte à nous livrer la foi des premiers chrétiens : « Il est ressuscité. Nous en sommes témoins. »

Dans notre société éloignée de l’évangile, marquée par la pluralité des messages et la volonté de tout homme à s’affirmer comme unique et libre, le confinement donne lieu au meilleur et au pire. N’insistons pas sur le pire et ses sombres combines. Regardons le meilleur : conscience professionnelle, dévouement sans faille, respect des personnes, compassion, capacité d’inventer de nouveaux procédés pour faciliter l’existence de tous… Quelle que soit l’origine des gens en cause, quelle que soit la source de leurs croyances ou incroyances, nous voyons s’épanouir les fruits de la solidarité. Comme chrétiens, nous y prenons notre part. Cela suffit-il ? Ce confinement nous conduit-il à la prière ? Nous redonne-t-il le goût de la Parole de Dieu ? Nous incite-t-il à des gestes fraternels dont nous aurions oublié la saveur ? Allons-nous vivre le dé-confinement en reprenant purement et simplement nos vieilles habitudes ? Allons-nous accepter de nous laisser dé-confiner par le Seigneur Ressuscité ? En un mot reprendre le chemin d’une foi proclamée et vécue en actes ? Les enjeux sont trop graves pour que nous les passions à la trappe.

Emmaüs. Ce nom me fait penser à l’abbé Pierre. Je me souviens du formidable élan de solidarité suscité par son appel : des hommes et des femmes de toutes conditions se sont levés. La foi se disait en charité. La charité appelait la foi. Un vrai dé-confinement ! Une bombe pacifique ! Si ce virus pouvait se réveiller…

                                                                                  3ème dimanche de Pâques

                                                                                  26 Avril 2020

                                                                                  Père Georges AUDUC

Pièce(s) jointe(s):
Télécharger ce fichier (200426-Homélie 3 Pâques A  2020 -01[2185].pdf)200426-Homélie 3 Pâques A 2020 -01[2185].pdf[ ]379 Ko

 

Message de Pâques 2020 du pape François

Pâques : à l’intérieur de la basilique Saint-Pierre quasi vide, le message et la bénédiction du pape pour Rome et pour le monde, spécialement pour "tous ceux qui ont été frappés par le coronavirus"

Chers frères et sœurs, bonne fête de Pâques !

Aujourd’hui retentit dans le monde entier l’annonce de l’Eglise :

“Jésus Christ est ressuscité !” – “Il est vraiment ressuscité !”.

Comme une nouvelle flamme, cette Bonne Nouvelle s’est allumée dans la nuit : la nuit d’un monde déjà aux prises avec des défis du moment et maintenant opprimé par la pandémie, qui met à dure épreuve notre grande famille humaine. En cette nuit la voix de l’Eglise a résonné : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité !» (Séquence pascale).

La contagion de l’espérance

C’est une autre “contagion”, qui se transmet de cœur à cœur – parce que tout cœur humain attend cette Bonne Nouvelle. C’est la contagion de l’espérance : « Le Christ, mon espérance, est ressuscité !» Il ne s’agit pas d’une formule magique, qui fait s’évanouir les problèmes. Non, la résurrection du Christ n’est pas cela. Elle est au contraire la victoire de l’amour sur la racine du mal, une victoire qui “ n’enjambe pas” la souffrance et la mort, mais les traverse en ouvrant une route dans l’abime, transformant le mal en bien : marque exclusive de la puissance de Dieu.

Le Ressuscité est le Crucifié, pas un autre. Dans son corps glorieux il porte, indélébiles, les plaies : blessures devenues fissures d’espérance. Nous tournons notre regard vers lui pour qu’il guérisse les blessures de l’humanité accablée.

Aujourd’hui ma pensée va surtout à tous ceux qui ont été directement touchés par le coronavirus : aux malades, à ceux qui sont morts et aux familles qui pleurent la disparition de leurs proches, auxquels parfois elles n’ont même pas pu dire un dernier au revoir. Que le Seigneur de la vie accueille avec lui dans son royaume les défunts et qu’il donne réconfort et espérance à ceux qui sont encore dans l’épreuve, spécialement aux personnes âgées et aux personnes seules. Que sa consolation ne manque pas, ni les aides nécessaires à ceux qui se trouvent dans des conditions de vulnérabilité particulière, comme ceux qui travaillent dans les maisons de santé, ou qui vivent dans les casernes et dans les prisons. Pour beaucoup, c’est une Pâques de solitude, vécue dans les deuils et les nombreuses difficultés que la pandémie provoque, des souffrances physiques aux problèmes économiques.

 

Je suis toujours avec toi

Cette maladie ne nous a pas privé seulement des affections, mais aussi de la possibilité d’avoir recours en personne à la consolation qui jaillit des Sacrements, spécialement de l’Eucharistie et de la Réconciliation. Dans de nombreux pays il n’a pas été possible de s’en approcher, mais le Seigneur ne nous a pas laissés seuls ! Restant unis dans la prière, nous sommes certains qu’il a mis sa main sur nous (cf. Ps 138, 5), nous répétant avec force : ne crains pas, «je suis ressuscité et je suis toujours avec toi » (cf. Missel romain) !

Que Jésus, notre Pâque, donne force et espérance aux médecins et aux infirmiers, qui partout offrent au prochain un témoignage d’attention et d’amour jusqu’à l’extrême de leurs forces et souvent au sacrifice de leur propre santé. A eux, comme aussi à ceux qui travaillent assidument pour garantir les services essentiels nécessaires à la cohabitation civile, aux forces de l’ordre et aux militaires qui en de nombreux pays ont contribué à alléger les difficultés et les souffrances de la population, va notre pensée affectueuse, avec notre gratitude.

Préoccupation pour l’avenir : indifférence ou souci de tous

Au cours de ces semaines, la vie de millions de personnes a changé à l’improviste. Pour beaucoup, rester à la maison a été une occasion pour réfléchir, pour arrêter les rythmes frénétiques de la vie, pour être avec ses proches et jouir de leur compagnie. Pour beaucoup cependant c’est aussi un temps de préoccupation pour l’avenir qui se présente incertain, pour le travail que l’on risque de perdre et pour les autres conséquences que la crise actuelle porte avec elle. J’encourage tous ceux qui ont des responsabilités politiques à s’employer activement en faveur du bien commun des citoyens, fournissant les moyens et les instruments nécessaires pour permettre à tous de mener une vie digne et pour favoriser, quand les circonstances le permettront, la reprise des activités quotidiennes habituelles.

Ce temps n’est pas le temps de l’indifférence, parce que tout le monde souffre et tous doivent se retrouver unis pour affronter la pandémie. Jésus ressuscité donne espérance à tous les pauvres, à tous ceux qui vivent dans les périphéries, aux réfugiés et aux sans-abris. Que ces frères et sœurs plus faibles, qui peuplent les villes et les périphéries de toutes les parties du monde, ne soient pas laissés seuls. Ne les laissons pas manquer des biens de première nécessité, plus difficiles à trouver maintenant alors que beaucoup d’activités sont arrêtées, ainsi que les médicaments et, surtout, la possibilité d’une assistance sanitaire convenable. Vu les circonstances, que soient relâchées aussi les sanctions internationales qui empêchent aux pays qui en sont l’objet de fournir un soutien convenable à leurs citoyens, et que tous les Etats se mettent en condition d’affronter les besoins majeurs du moment, en réduisant, si non carrément en remettant, la dette qui pèse sur les budgets des États les plus pauvres.

 

Ni égoïsmes, ni divisions, ni oubli

Ce temps n’est pas le temps des égoïsmes, parce que le défi que nous affrontons nous unit tous et ne fait pas de différence entre les personnes. Parmi les nombreuses régions du monde frappées par le coronavirus, j’adresse une pensée spéciale à l’Europe. Après la deuxième guerre mondiale, ce continent a pu renaître grâce à un esprit concret de solidarité qui lui a permis de dépasser les rivalités du passé. Il est plus que jamais urgent, surtout dans les circonstances actuelles, que ces rivalités ne reprennent pas vigueur, mais que tous se reconnaissent membres d’une unique famille et se soutiennent réciproquement. Aujourd’hui, l’Union Européenne fait face au défi du moment dont dépendra, non seulement son avenir, mais celui du monde entier. Que ne se soit pas perdue l’occasion de donner une nouvelle preuve de solidarité, même en recourant à des solutions innovatrices. L’alternative est seulement l’égoïsme des intérêts particuliers et la tentation d’un retour au passé, avec le risque de mettre à dure épreuve la cohabitation pacifique et le développement des prochaines générations.

Ce temps n’est pas le temps des divisions. Que le Christ notre paix éclaire tous ceux qui ont des responsabilités dans les conflits, pour qu’ils aient le courage d’adhérer à l’appel pour un cessez le feu mondial et immédiat dans toutes les régions du monde. Ce n’est pas le temps de continuer à fabriquer et à trafiquer des armes, dépensant des capitaux énormes qui devraient être utilisés pour soigner les personnes et sauver des vies. Que ce soit au contraire le temps de mettre finalement un terme à la longue guerre qui a ensanglanté la Syrie bien-aimée, au conflit au Yémen et aux tensions en Irak, comme aussi au Liban. Que ce temps soit le temps où Israéliens et Palestiniens reprennent le dialogue, pour trouver une solution stable et durable qui permette à tous deux de vivre en paix. Que cessent les souffrances de la population qui vit dans les régions orientales de l’Ukraine. Que soit mis fin aux attaques terroristes perpétrées contre tant de personnes innocentes en divers pays de l’Afrique.

Ce temps n’est pas le temps de l’oubli. Que la crise que nous affrontons ne nous fasse pas oublier tant d’autres urgences qui portent avec elles les souffrances de nombreuses personnes. Que le Seigneur de la vie se montre proche des populations en Asie et en Afrique qui traversent de graves crises humanitaires, comme dans la région de Cabo Delgado, au nord du Mozambique. Qu’il réchauffe le cœur des nombreuses personnes réfugiées et déplacées, à cause de guerres, de sécheresse et de famine. Qu’il donne protection aux nombreux migrants et réfugiés, beaucoup d’entre eux sont des enfants, qui vivent dans des conditions insupportables, spécialement en Libye et aux frontières entre la Grèce et la Turquie. Et je ne veux pas oublier l’île de Lesbos. Qu’il permette au Venezuela d’arriver à des solutions concrètes et immédiates pour accorder l’aide internationale à la population qui souffre à cause de la grave conjoncture politique, socio-économique et sanitaire.

Chers frères et sœurs,

Indifférence, égoïsme, division, oubli ne sont pas vraiment les paroles que nous voulons entendre en ce temps. Nous voulons les bannir en tout temps ! Elles semblent prévaloir quand la peur et la mort sont victorieuses en nous, c’est-à-dire lorsque nous ne laissons pas le Seigneur Jésus vaincre dans notre cœur et dans notre vie. Lui, qui a déjà détruit la mort nous ouvrant le chemin du salut éternel, qu’il disperse les ténèbres de notre pauvre humanité et nous introduise dans son jour glorieux qui ne connaît pas de déclin.

Par ces réflexions, je voudrais souhaiter à vous tous une bonne fête de Pâques et que la bénédiction du Dieu tout-puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit descende sur vous et y demeure à jamais.

R./ Amen.

12 avril 2020 Pape François