5e Dimanche après Pâques Année B

Portez du fruit : grand refrain de la bible, depuis le premier moment où Dieu regarda Adam et Eve
comme ses propres fruits d'amour : « fructifiez ! » Gn 1/22). ll fut souvent déçu : « ma vigne ! je
comptais sur ses raisins, elle ne m'a donné que du verjus ». Mais, jusqu'au bout, il attendra nos
fruits.

Il attend des raisins d'amour. Dieu doit être
assez fier de voir les inventions de ses fils (notamment
dans le domaine de
la santé), mais il n'est pas fier de leurs guerres I ll nous a créés pour être tout de
suite et éternellement un peuple de gens qui s'aiment, voilà le fruit. Et voilà aussi nos difficultés.
Quand j'étais jeune, on chantait
« c'est si simple d'aimer ». Mais deux guerres, le Golfe, la torture
et l'inexorable montée de l'égoïsme nous apprennent que c'est très compliqué. Surtout si nous nous
lançons dans cette aventure en nous fiant
à nos propres forces, à notre sève. Il faut la sève de Dieu,
c'est la grande leçon que saint Jean nous inculque aujourd'hui : « le sarment ne peut rien produire s'il
ne tient pas à la vigne. Demeurez en moi, en dehors de moi vous ne produirez rien de bon ». Mais,
même branchés sur Jésus,
la vraie vigne, nous avons encore besoin du Père. Bon vigneron, il nous
travaille. Bien reçus, bien vécus,
les évènements sont ses mains. Que de fois nous devrions dire, au
lieu de nous plaindre ou de nous esquiver : « béni sois-tu » !

Nourris de bonne sève et émondés, encore faut-il faire fructifier notre vie, et arrive bien à sa place
notre effort. ll
sera fécond s'il est réaliste et décidé. Réaliste, cela veut dire que nous secouerons les
<< si ». Les vies au conditionnel ne portent pas de fruits. « Si j'étais autrement, si les autres, si la vie... »
Tout cela est parfaitement inutile, parce qu'il n'y a qu'une question utile : en ce moment, là où je
suis, comme je suis, et comme sont les autres avec qui je vis, quels fruits d'amour puis-je produire ?
Et tout de suite ! Après « si » le deuxième grand ennemi de notre fécondité c'est « demain ». Un mot
complètement étranger à I ‘Evangile où ne résonnent que les « aussitôt et les hâtes ». Dont la toute
première est celle de Marie, et cela me touche toujours : « Marie se mit en route et se rendit en
hâte au pays des montagnes » (Lc 1/39) ça y est, l'Evangile est lancé, la vigne va donner. Une autre
hâte, c'est celle de l'apôtre Paul. Après sa conversion, il parle avec assurance, au risque de se faire
arrêter par ses ennemis. « Malheur à moi si je n'annonce pas l'Evangile ». ll travaille hardiment à
l'édification de la communauté des chrétiens.

Et l'apôtre Jean, dans la deuxième lecture, nous rappelle ce devoir de nous aimer, non par des
paroles ou des discours, » mais en actes et en vérité ».

Frères, et notre vigne à nous ? Va-t-elle donner ? La nôtre donnera quand la hâte de produire
bousculera nos atermoiements : indécision, mollesse, supputations à I'infini, idée naïve mais indéracinable que demain sera plus favorable. Or, demain, c'est du vent ! Dieu qui est « l'aujourd'hui » nous a faits pour travailler les belles vignes de nos aujourd'hui.
Essayons de répondre dans le concret de nos vies.
André Auduc
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