Homélie vendredi saint 2021 - Montpont

Nous faisons mémoire aujourd’hui de la mort de Jésus sur la croix.

La mort suscite une angoisse que la foi ne supprime pas.

Jésus a connu cette angoisse. A Gethsémani, Il prie pour que s’éloigne la coupe de cette mort abominable. Mais il ne se laisse pas enfermé par cette angoisse. L’angoisse ne prend pas toute la place. Il continue à parler à son Père. Sa volonté humaine se coule peu à peu dans la volonté bienfaisante du Père.

La croix est l’instrument qui anéantit la logique de la mort. Cette logique conduit à la dissolution, à l’anéantissent, à la dislocation parce qu’elle sépare ce qui doit être uni. La logique de la mort est une logique de séparation. Le Christ lui ne sépare pas, il n’isole pas… il se donne tout entier !

Ainsi la mort est vaincue et la victoire communiquée aux disciples par le don de l’Esprit Saint « car Dieu a jugé bon quhabite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel » (Col 1,20).

Vénérer la croix du Christ, c’est accueillir notre guérison. La mort n’est plus le fin mot de l’histoire. Du cœur du Christ ouvert sur la croix jaillissent l’eau et le sang pour notre vie.

Au pied de la croix, nous sommes invités à vivre de la logique du Dieu vivant plus fort que la mort. Cette logique nous conduit à distinguer la lumière qui irradie, qui réunit, qui réchauffe… au cœur des situations douloureuses que nous connaissons.

Accueillons cette croix glorieuse comme l’instrument de notre salut : « Salut ô croix, notre unique espérance ! »

 

Homélie aube pascale 2021 - Montpont
Terre promise et Galilée…

De grand matin, le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine… se rend au tombeau dès le lever du soleil…! Elle prolonge la course du peuple de Dieu qui depuis la nuit des temps cherche à gagner la terre promise : à répondre à l’amour du Seigneur, à gouter enfin la paix.

Nous avons écouté le livre de la Genèse : Dieu a fabriqué un berceau admirable pour la naissance de l’humanité mais avec le péché, le projet merveilleux de Dieu semble avoir été mis en échec. Dieu ne reprend pas ce qu’il a donné : la vie ! Au contraire Il fait aboutir son dessein à travers les méandres de l’histoire et l’exercice de la liberté humaine.

Dans le livre de l’Exode, après le passage de la mer Rouge, la nuée lumineuse accompagne son peuple pour le guider la nuit au désert en direction de la terre promise, comme le cierge pascal, lumière du Christ nous guide ce matin. Mais quelle est notre terre promise ?

La terre promise est cet avenir accessible à lhomme où Dieu propose et donne sans réserve son amour et sa paix. Les femmes courent au tombeau pour honorer le corps défunt de Jésus mais une sourde espérance les anime. Elle découvre alors, dans l’éclair de la parole de l’ange que le Christ est ressuscité. Il est la véritable terre promise.

Le Christ ressuscité est la véritable terre promise. Elle est le Seigneur vivant, avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps.

Désormais il nous envoie, non pour gagner la terre promise mais pour l’annoncer. Et il nous envoie en Galilée… « Il vous précède en Galilée » (v. 7), dit lange.

Le Seigneur nous précède. Il est beau de savoir quil marche devant nous, quil a visité notre vie et notre mort pour nous précéder en Galilée, cest-à-dire dans le lieu qui pour lui et pour ses disciples rappelait la vie quotidienne, la famille, le travail. Jésus désire que nous portions lespérance là, dans la vie de chaque jour.

Mais la Galilée, pour les disciples, c’était aussi le lieu des souvenirs, surtout du premier appel. La Galilée c’est l’unique endroit du printemps de la vie, l’endroit des premières découvertes, l’endroit où dans la fraicheur de cette nouveauté, ils se sont donnés à lui et ont été reçus par une charité incomparable. Retourner en Galilée cest se souvenir davoir été aimés et appelés par Dieu. Nous avons besoin de reprendre le chemin, nous rappelant que nous naissons et renaissons dun appel gratuit damour. Cela est le point doù repartir toujours, surtout dans les crises, dans les temps d’épreuve, dans les années arides…

Mais il y a plus. La Galilée était la région la plus éloignée doù ils se trouvaient, de Jérusalem. Et pas seulement géographiquement : la Galilée était le lieu le plus distant de la Ville sainte. C’était une région peuplée de gens divers qui pratiquaient des cultes variés : c’était la « Galilée des nations » (Mt 4, 15).

Jésus envoie là, il demande de repartir de là. Quest-ce que cela nous dit ? Que lannonce de lespérance ne doit pas être confinée dans nos enceintes sacrées, mais doit être portée à tous. Parce que tous ont besoin d’être encouragés et, si nous ne le faisons pas nous, qui avons touché de la main « le Verbe de vie » (1 Jn 1, 1), qui le fera ? Quil est beau d’être des chrétiens qui consolent, qui portent les poids des autres, qui encouragent : annonciateurs de vie en temps de mort ! En chaque Galilée, en chaque région de cette humanité à laquelle nous appartenons et qui nous appartient, parce que nous sommes tous frères et sœurs, portons le chant de la vie !

Homélie Jour de Pâques 2021 - Cuisery
Tous frères !

[cf. Père Cantalamessa Triduum 2021]

Aujourd’hui nous accueillons une petite sœur dans la foi, Aliénor qui va recevoir le baptême.
La foi fait de nous des frères et sœurs, en vérité.
Mais qu’est-ce que la fraternité au juste ? A quelle fraternité sommes-nous appelés ?

Dans le Nouveau Testament, « frère » signifie – au sens premier du terme – la personne née du même père et de la même mère : Pierre est le frère d’André ; Jean est le frère de Jacques, et ainsi de suite. 

Deuxièmement, on dit que les « frères » sont ceux qui appartiennent au même peuple et à la même nation. Employant le titre de « frères », Paul s’adresse à ses auditeurs juifs, lorsqu’il parle dans leurs synagogues (Ac 13, 26), comme le fait Pierre le jour de la Pentecôte en s’adressant à la foule des juifs et des prosélytes (Ac 2, 29). Il est clair que dans ces contextes comme dans d’autres, le terme « frères » désigne des hommes et des femmes, des frères et des sœurs.

Lorsqu’on élargit son horizon, on en vient à appeler frère chaque personne humaine. Le frère est ce que la Bible appelle le « prochain ». « Celui qui a de la haine contre son frère … » (1 Jn 2, 9) signifie : celui qui a de la haine contre son prochain. Quand Jésus dit : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40), il désigne toute personne humaine ayant besoin d’aide.

Mais à côté de toutes ces significations anciennes et familières, dans le Nouveau Testament, le mot « frère » désigne de plus en plus clairement une catégorie particulière de personnes. Les disciples de Jésus sont entre eux des frères, ceux qui accueillent ses enseignements. Jésus leur dit : « Vous n’avez quun seul maître (...) et vous êtes tous frères (Mt 23, 8) et aussi : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? (...) Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mt 12, 48-50).

Ce n’est qu’après sa résurrection, que, pour la première fois, Jésus appelle ses disciples « frères ».

Dans cette ligne, la Pâque marque une étape nouvelle et décisive. Grâce à elle, le Christ devient « le premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). Les disciples deviennent frères dans un sens nouveau et très profond ; non seulement ils partagent l’enseignement de Jésus, mais aussi son Esprit, sa vie nouvelle de ressuscité.

Il est significatif que ce n’est qu’après sa résurrection, que, pour la première fois, Jésus appelle ses disciples « frères » : « Va trouver mes frères– dit-il à Marie de Magdala – pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ». (Jn 20, 17) Dans le même sens, l’auteur de la Lettre aux Hébreux écrit : « Celui qui sanctifie, et ceux qui sont sanctifiés, doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus na pas honte de les appeler ses frères » (He 2, 11). 

Après Pâques, c’est là l’usage le plus courant du terme « frère » ; il désigne le frère dans la foi, membre de la communauté chrétienne. Frères « de sang » ici aussi, mais du sang du Christ ! Un nouveau type de fraternité est apparu, qui ne remplace pas les précédents, mais les couronne. Nous sommes frères – non seulement à titre de création, mais aussi de rédemption ; non seulement parce que nous avons tous le même Père, mais parce que nous avons tous le même frère, le Christ, qui est le « premier-né d’une multitude de frères. »

À la lumière de tout cela, comment vivre en frères et sœurs ? On construit la fraternité exactement de la même manière que lon construit la paix, selon les mots du Saint-Père, cest-à-dire de manière « artisanale » ; en partant de tout près, de nous, et non de grands projets, avec des objectifs ambitieux et abstraits. Cela signifie que la fraternité universelle commence pour nous par la fraternité au sein de l’Église, au sein de notre paroisse. Ce qui risque de nous diviser, ce ne sont pas les enseignements de l’Eglise, ni notre accueil des sacrements, ou des ministères… c’est l’idéologie… !

Quelle joie aujourd’hui d’accueillir une petite sœur par la grâce du baptême.

Demandons au Seigneur la grâce de vivre en frères bien aimés. C’est ainsi que nous serons témoins de sa présence vivante et aimante dans le monde.