HOMÉLIE DU DIMANCHE 23 JUIN 2019
Le Saint Sacrement

PREMIERE LECTURE - Livre de la Genèse 14, 18-20
PSAUME - 109 (110), 1 - 4
DEUXIEME LECTURE - première lettre de Saint Paul apôtre aux Corinthiens 11, 23-26
ÉVANGILE - selon Saint Luc 9, 11-17


Au premier texte nous lisons : « Melchisédech fit apporter du pain et du vin »
Dans l’Évangile il est encore question de pain (avec des poissons).
Une foule, bien lasse, sans provision alors que la nuit est proche.

« Renvoie-les ! »
« Donnez-leur à manger ! »
« Cinq pains, deux poissons »
« Faites les asseoir ! »
« Ils mangèrent et tous furent rassasiés ! »
Vous avez souvent entendu commenter cette multiplication des pains. Je ne m’y attarderai pas. Par contre apprécions l’importance de cet événement dans la prédication et dans la vie de foi des disciples et de la primitive Eglise.

Ce récit, nous le trouvons six fois dans les Évangiles. 2 fois chez Matthieu et Marc, une fois chez Luc et une chez Jean. Quelques variantes bien sûr : trois récits nous parlent de 5 pains et 2 poissons, les trois autres de 7 pains et quelques petits poissons. Toujours un Christ rempli de compassion, pour ces gens un peu perdus, égarés. Il les enseigne, il les guérit mais vient l’instant où il faut penser, le soir venu, à l’épuisement du corps. Alors que les apôtres veulent les renvoyer et que Jésus les provoque : « Donnez-leur vous-mêmes à manger », ces derniers avouent leur impuissance.

Une variante importante dans l’Évangile de Jean : c’est Jésus lui-même qui interroge Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » et il est écrit : « Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire. » C’est encore en Jean que la foule repue, ravie de l’aubaine, va poursuivre Jésus le lendemain :
« Vous me cherchez, parce que vous avez été rassasiés. Travaillez pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle »
-« Que devons-nous faire ? »
« Que vous croyiez en celui que Dieu a envoyé. »
-« Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. »
« Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. »
On entend le même dialogue qu’entre Jésus et la Samaritaine !

Du pain, du vin dans la scène étrange du Roi de Salem…
Cinq pains, quelques petits poissons… (Le fameux ἰχθύς Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur) dans les Évangiles.
« Qu’est-ce que cela pour tant de monde ? » de rétorquer André.
Et pourtant depuis 20 siècles nous revivons la même merveille.

Entre temps, il y eut l’intervention du prêtre Melchisédech.
« Béni soit Abram par le Dieu très-haut, qui a fait le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu très-haut ! »
Entre temps il y eut –sur les infimes offrandes rassemblées- la prière de Jésus :
« Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel,
il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples
pour qu’ils les distribuent à la foule. »
Comment cela, pourquoi cela ?
Paul nous répond avec toute l’autorité du persécuteur, converti au chemin de Damas, appelé à être apôtre, « mis à part pour annoncer l'Évangile de Dieu », comme il se présente lui-même aux Romains :
« Frères
j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur,
et je vous l’ai transmis :
-la nuit où il était livré
le Seigneur Jésus prit du pain,
« Ceci est mon corps »
il fit de même avec la coupe :
« Ceci est mon sang. »
… chaque fois que vous mangez ce pain
et que vous buvez cette coupe,
vous proclamez la mort du Seigneur,
jusqu’à ce qu’il vienne. »

Frères et sœurs nous voilà emportés comme en une spirale dans cette grande et fabuleuse transmission de Paul.
Dieu se fait proche de nous, dans notre pauvreté, déjà par sa naissance toute humaine ; puis par le sacrifice de la Croix il s’abaisse en entrant dans l’obscurité de la mort pour nous donner sa vie, qui vainc le mal, l’égoïsme, la mort. Dans l’Eucharistie – car c’est bien de cela dont il s’agit ! il est grand le mystère de la foi-, Jésus nous fait parcourir la route du service, du partage et du don. Le peu que nous avons devient richesse. La puissance de Dieu, qui est celle de l’amour, descend dans notre pauvreté pour la transformer.

« Au début et à la fin de chaque eucharistie, nous traçons sur notre corps la croix du Christ. Entre ces deux signes de croix, nous passons inlassablement de la mort à la vie. Car entre les deux, la Parole créatrice nous est donnée et, par deux fois, le grand souffle de l’Esprit Saint aura embrasé d’abord le pain et le vin, puis l’assemblée elle-même, pour qu’ils deviennent corps et sang du Seigneur ressuscité : ce sont les deux épiclèses *. En définitive, comme croyants, célébrants, nous pouvons parler du corps et expérimenter notre propre vie à partir de l’incarnation du Verbe. » Maxime Leroy
Il nous faut relire la belle exhortation de François aux jeunes : « Christus vivit » « Il vit, le Christ ! »

Il y parle de la jeunesse de l’Eglise : « l’Eglise, elle est jeune quand elle est elle-même, quand elle reçoit la force toujours nouvelle de la Parole de Dieu, de l’Eucharistie, de la présence du Christ et de la force de son Esprit chaque jour. Elle est jeune quand elle est capable de retourner inlassablement à sa source. » n°35

Et cela nous engage :
« En tant que membres de l’Eglise, il est certain que nous ne devons pas être des personnes étranges. Tous doivent sentir que nous sommes frères et proches, comme les Apôtres qui « avaient la faveur de tout le peuple » (Ac 2,47 ; cf. 4, 21.33 ; 5,13). Mais, en même temps, nous devons oser être différents, afficher d’autres rêves que ce monde n’offre pas, témoigner de la beauté de la générosité, du service, de la pureté, du courage, du pardon, de la fidélité à sa vocation, de la prière, de la lutte pour la justice et le bien commun, de l’amour des pauvres, de l’amitié sociale.

L’Eglise du Christ peut toujours succomber à la tentation de perdre l’enthousiasme parce qu’elle n’écoute plus l’appel du Seigneur au risque de la foi, l’appel à tout donner sans mesurer les dangers, et qu’elle recommence à chercher de fausses sécurités mondaines. Ce sont précisément les jeunes qui peuvent l’aider à rester jeune, à ne pas tomber dans la corruption, à ne pas s’installer, à ne pas s’enorgueillir, à ne pas se transformer en secte, à être plus pauvre et davantage témoin, à être proche des derniers et des marginalisés, à lutter pour la justice, à se laisser interpeller avec humilité. Ils peuvent apporter à l’Eglise la beauté de la jeunesse quand ils stimulent la capacité « de se réjouir de ce qui commence, de se donner sans retour, de se renouveler et de repartir pour de nouvelles conquêtes. »n°36-37

En ces temps de première communion, de profession de foi, prions pour que les jeunes aient la foi et l’audace de transmettre celui qu’ils ont reçu et continueront de recevoir. C’est notre espérance. AMEN !

*Dans la prière eucharistique n° 2 :
1/ « Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit ; qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur ».
2/ « Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps »