15 novembre 2020-33° TO A /
journée mondiale des pauvres
et journée mondiale du Secours Catholique

Nous terminons l’Évangile de Matthieu qui nous a accompagné toute cette année A. Avec la parabole des talents, nous nous situons entre la parabole des vierges prévoyantes et insensées -dimanche dernier- et celle du jugement dernier -dimanche prochain. Nous pourrions alors entrer dans les évènements de la Passion, de la mort, de la résurrection, enfin de l’ascension, promesse de la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte, et entendre le Christ nous dire : « Tout pouvoir m’a été donné : Allez ! Faites des disciples ! Baptisez ! Enseignez ! Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde ! »

Je ne peux m’empêcher d’entendre en contre point la voix de Yahvé au livre des origines, de la Genèse : « je vous donne la terre, les herbes, les arbres, les oiseaux, poissons, animaux, soyez féconds, emplissez la terre et soumettez-la ! »

Entre le livre des origines et le livre de la fin des temps, s’insère l’histoire de l’humanité, notre histoire ! Alpha et Oméga du cierge pascal ! Christ Principe et Fin de tout.

Aujourd’hui, Matthieu nous révèle que ce temps correspond à l’établissement et à la construction du Royaume des cieux déjà sur terre, ici et maintenant.

C’est le sens de cette phrase qu’il utilise plusieurs fois : « Jésus parlait aux disciples de sa venue… »

C’est à la lumière de son retour en gloire (nous attendons ton retour dans la gloire) que Jésus lui-même accepte, comprend et vit sa PROPRE mort. C’est à cette même lumière que notre vie prend sens et s’oriente !

Dimanche dernier, nous avons entendu la parabole des vierges prévoyantes et des vierges insensées. Parabole qui nous rappelait notre propre vocation : « Vous êtes devenus lumière dans le Christ ; marchez toujours comme des enfants de lumière… Demeurez fidèle à la foi de votre baptême. Alors quand le Seigneur viendra, vous pourrez aller à sa rencontre dans son Royaume avec tous les saints du ciel ! »

VEILLEZ ! Toute la vie du baptisé est une veille, ce qui suppose de tenir sa lampe allumée, même si l’on dort, et surtout d’avoir en permanence de l’huile disponible. La lampe symbolise cette activité de veiller et d’aller à la rencontre, mais c’est l’huile qui symbolise cette capacité personnelle d’attendre. Les prudentes ne peuvent pas donner de leur huile qui représente, qui est leur responsabilité personnelle dans l’attente active. Les autres ont laissé s’éteindre leur attente, leur activité, leur responsabilité d’attendre.

D’où cette parole terrible de l’époux. « Je ne vous connais pas ! »

La parabole des Talents prolonge cette parabole de la veille.

Remarquons que pour parler de sa venue, Jésus parle de son départ pour un voyage…. temps d’absence du Seigneur mais rempli de l’énergie vitale de son Esprit ! Nous l’avons souvent expérimenté !

Chose étrange : le maître confie ses biens, tous ses biens !... à des spécialistes, des gestionnaires ? non… à ses serviteurs… ! Tous ses biens, sa fortune : 1 talent= 6000 journées de travail…

Il confie, il joue la confiance, il fait confiance (mot utilisé 5 fois dans le texte !). A-t-il raison ? Voilà quelqu’un qui symboliquement se livre, se donne tout entier. Il nous revient de dire s’il a eu raison, c’est à nous de lui donner raison ou non !

Que font les serviteurs, que faisons-nous ? Dès le départ, les jeux sont faits. « Il partit. Aussitôt… ! » dit le texte. L’absence, (une absence qui dure… ‘’longtemps après’’), et la responsabilité confiée stimulent les deux premiers serviteurs et les sauvent… tandis qu’elles enferment l’autre et le condamne.

Les deux premiers ont doublé la mise. Le texte ne dit pas comment ils ont fait. Ne cherchons pas si tout a été dans les clous… Ce que le maître loue, c’est leur audace, leur dynamisme, leur efficacité et leur fidélité. En fait, ils ont agi d’après le ressenti qu’ils avaient de leur maître : un maître généreux, qui fait confiance, qui respecte la liberté de chacun, les capacités de chacun et qui donne envie de vivre comme lui, en Alliance.

Le troisième met sa fidélité et toute son énergie à préserver cet héritage encombrant qu’il a reçu, et à s’en débarrasser dès le retour du maître. Dépossédé de son avenir et enfermé dans la stérilité du passé il s’est privé des chances offertes. Son talent, il l’enterre. Il est le fossoyeur de son propre avenir, de son propre devenir. Ainsi, il est déjà mort : « Jetez-le dehors dans les ténèbres ! » dira le maître.

            Et nous ? Nous sommes appelés (chacun, chacune, avec nos propres talents) à être les artisans de ce Royaume de Dieu. En sommes-nous conscients ? Nous avons à mettre en cohérence notre attente du Seigneur et notre vie quotidienne.

Chaque jour, être pris dans cette joyeuse dynamique : qu’est-ce que le Seigneur attend de moi ? Quel bien m’a-t-il confié ? Ai-je réalisé que je devrai rendre des comptes. Mon attente est-elle active ou passive ? Autrement dit, ma vie est-elle remplie et de quoi ?

Cette parabole des talents, aujourd’hui revêt une résonnance toute spéciale : journée mondiale des pauvres, journée nationale du secours catholique !

Vous sentez bien qu’on ne peut se contenter de belles paroles, de comptes rendus d’actions ou de projets, de quêtes récoltées, mais qu’il s’agit d’une conversion du cœur qui va jusqu’à la rencontre du frère concret dans toute son originalité, sa spécificité, sa pauvreté avec qui on met en action tous les talents que l’on a reçus ! Il n’en manque pas autour de nous, à nos portes, dans le secret même des cœurs ! Dans son message pour aujourd’hui, le pape François nous dit : « ‘’ Tends ta main au pauvre’’ (Si 7, 32) … La référence constante à Dieu n’empêche pas de regarder l’homme concret, bien au contraire, les deux choses sont étroitement liées…

La prière à Dieu et la solidarité avec les pauvres et les souffrants sont inséparables… Tendre la main est un signe : un signe qui rappelle immédiatement la proximité, la solidarité, l’amour… »

Il dit encore : « Il nous faut toucher de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couverts de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. »

Heureux les pauvres… les affamés de justice, les compatissants, les artisans de paix !...

Frères et sœurs trois questions pour terminer :

Nos lampes sont-elles garnies ?

Nos talents sont-ils bien placés ?

Les pauvres brillent-ils de notre lumière, vivent-ils de nos talents ? AMEN !

Père Yves Bachelet

Voir sur internet : ‘’Journée mondiale des pauvres 2020’’ le Message du pape François. 4ème journée mondiale des pauvres.

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