8 août 2021-19ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B

Lecture du premier livre des Rois (1 R 19, 4-8)
« Fortifié par cette nourriture, il marcha jusqu’à la montagne de Dieu »

Psaume (Ps 33)
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !

Lecture de la lettre de St Paul aux Éphésiens (Ep 4, 30 – 5, 2)
« Vivez dans l’amour, comme le Christ »

Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel,
dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 6, 41-51)


D’après des sondages, les Français seraient le peuple le plus râleur au monde.  Selon une étude, nous nous plaindrions 15 à 30 fois par jour. Tout prétexte serait bon pour se plaindre : en tête bien sûr le gouvernement, la pandémie, les vaccins, le pass, la météo, les impôts, les embouteillages, les salaires, l’informatique toujours en panne, la SNCF… Serions-nous d’éternels insatisfaits ? A côté du Schtroumpf Grognon, du Nain Grincheux, il y aurait le Français Râleur !

Ce matin, par la liturgie de la parole, nous apprenons qu’il y a aussi le peuple de Dieu qui râle ! Tout le peuple de Dieu, depuis les Hébreux jusqu’aux chrétiens :

Première lecture : « le prophète Élie marcha toute une journée dans le désert, vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson et demanda la mort en disant : « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. » Puis il s’étendit sous le buisson, et s’endormit. »

Deuxième lecture : Paul aux Ephésiens : « Frères, n’attristez pas le Saint Esprit de Dieu : Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté. »

 L’Evangile : « En ce temps-là, les Juifs récriminaient contre Jésus parce qu’il avait déclaré : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. »  Ils disaient : ‘nous le connaissons…. comment peut-il dire : « je suis le pain du ciel ? »’ Jésus reprit la parole et dit : « Ne récriminez pas entre vous… »

Bien des fois, dans son histoire, le peuple s’est rebellé contre Dieu, lui a cherché querelle, l’a contesté, provoqué, a ruminé et s’est révolté contre lui pour reprendre les expressions de la Bible. On l’a appelé le peuple des murmures. Les textes, qui racontent cela, sont très nombreux et désastreux dans la relation de Dieu et de l’humanité, du Père et des enfants que nous sommes !

Ce murmure, il nait lorsque le Satan insuffle et distille le premier mensonge à l’oreille de nos premiers parents : « Vous serez des dieux ! »

Murmurer, c’est dire des choses à voix basse et non pas en face, mais « entre vous » comme dit Jésus. C’est déjà répandre des rumeurs, les fake news d’aujourd’hui, c’est entretenir le trouble et la division, c’est se complaire dans le négatif stérile, c’est étaler sa rancœur et s’enfermer dans le mensonge. C’est en définitive refuser la vérité, l’amour et se condamner à périr. St Paul nous dit : « Agissez, en tout, sans murmures ni contestations ! » Ph 2/14

Pourquoi cette résistance dans nos relations fraternelles déjà avec les autres mais à plus forte raison avec notre Père commun ? Pourquoi sinon parce que nous portons au cœur cette blessure qui, un jour, par le péché des origines nous a fait douter de l’amour absolu de Dieu, amour que nous avons pris pour un manque de liberté. Terrible maldonne, terrible malentendu !

Si Elie, dans le premier texte, se réfugie dans le désert, fuyant la colère de la reine Jézabel, c’est qu’il se rend compte qu’il a été un mauvais prophète. Il a failli à sa mission et par ses actes, ses décisions il a annoncé un Dieu terrible, éliminé ses opposants, exigé des preuves de la présence et de la puissance de Dieu. Il se souvient de la Parole du Deutéronome : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ! » Dt 6/16. Elie a mis Dieu à l’épreuve… Lui, le prophète, il s’est conduit comme le peuple rétif qui murmurait contre Dieu et l’obligeait à se manifester. (Voir 1 Livre des Rois 18 et 19)

Or voilà qu’au sein même de sa fuite et de sa détresse, il découvre un Dieu de compassion, il fait l’expérience d’un Dieu de compassion : l’ange du Seigneur, autrement dit Dieu lui-même qui lui apporte nourriture pour survivre dans cette longue marche trop longue pour lui seul.

« Debout ! Mange ! » et à nouveau : « Debout ! Mange ! Car le chemin est trop long pour toi ! »

Ces deux fois indiquent la conjonction des registres humain et divin… Il y a un repas pour restaurer l’humanité, un autre pour insuffler à la chair, la force de Dieu !

Fort de cette nourriture, Elie marche 40 jours, 40 nuits pour parvenir à la rencontre suprême, au sommet de l’Horeb. Il met ses pas dans ceux de Moïse. Leur rencontre avec Dieu, à tous deux, va transfigurer leur chair : Moïse rayonne au point de mettre un voile sur son visage tandis qu’Elie est enlevé au ciel dans un tourbillon de feu.

Avant-hier, nous avons fêté, la transfiguration du Seigneur. Sur une haute montagne qui rappelle l’Horeb, près de Jésus, écrit Marc, il y a Moïse et Elie.

Pierre, Jacques et Jean deviennent les témoins absolus et définitifs de l’identité du Dieu Trinité. C’est bien le même être qui se révèle PERE au buisson ardent et FILS en présence de Moïse et d’Elie eux-mêmes acteurs et témoins de cette aventure et expérience spirituelle qui peut, qui doit être la nôtre aujourd’hui.

Où en sommes-nous dans notre découverte de Dieu ? Sommes-nous passés du Dieu de colère, de vengeance, d’autorité, de puissance, au Dieu d’amour ? Où en sommes-nous dans notre foi en l’Eucharistie, action de grâce, merci pour le pain sacré, le pain de vie éternelle, le pain de résurrection ? Sommes-nous capables, nous rendons-nous capables d’entendre et de comprendre ces paroles de vie du Christ qui veut nous emmener plus loin que le nez dans notre misère, dans notre péché, dans notre suffisance. Voulons-nous y croire ?

« JE SUIS » avait dit Yahvé au buisson ardent. 13 siècles plus tard, le Fils reprend les mêmes mots en trois affirmations : « Moi, je suis le pain descendu du ciel/Moi, je suis le pain de la vie/Moi, je suis le pain vivant ! »

Ces mots, Il les prononce avec la puissance de l’autorité et de la tendresse, de la compassion, (celui qui souffre avec), ces mots il les révèle et en même temps, il SE révèle aux affamés qui le cherchent et qui l’ont rejoint dans cet ailleurs, dans cet au-delà de l’autre rive ! Mots qui provoqueront la colère des Juifs et aussitôt après le départ de nombre de ses disciples : « Ils se retirèrent et cessèrent de l’accompagner » écrira Jean.

Frères et sœurs, qu’allons-nous faire, décider pour notre avenir. Paul, dans l’épitre, nous invite au pardon, à la générosité et à la tendresse. « Imitez dieu puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous ! »   AMEN !

Père Yves Bachelet

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