Dans une interview récente, un journaliste, très célèbre aux USA, donnait la définition du bon journaliste selon lui. Il disait ceci que si être journaliste c’est s’intéresser à ce qu’on ne sait pas, à ce que l’on ne connait pas, alors il est vrai que le journalisme est une œuvre merveilleuse pour révéler, révéler ce qui est beau, ce qui est bon et le faire connaitre largement que ce soit par la presse écrite, le journal TV ou à la radio.
Nous aimons lorsque nous entendons de bonnes nouvelles, lorsque nous découvrons quelque chose que nous ne connaissions pas mais qui nous aide à vivre mieux, à vivre plus heureux et finalement ce que l’on dit du journaliste nous pourrions le dire de tout homme, de toute femme et a fortiori de tout chrétien : s’intéresser à ce que l’on ne sait pas, à ce que l’on ne connait pas. Il n’y a rien de pire, il me semble, que d’imaginer que nous savons tout, que nous connaissons tout, que nous avons fait le tour de toutes les questions. Je prends l’exemple de la famille ou du couple. Lorsque nous avons le sentiment de tout connaitre de notre conjoint alors le risque c’est que l’amour peu à peu se délite.
Lorsque je me rends capable de découvrir quelque chose de neuf, de m’émerveiller de ce que je ne savais pas, de ce que je ne connaissais pas de l’autre, alors l’amour grandit. Cela est vrai dans toutes nos relations humaines. Nous ne pouvons jamais prétendre tout savoir de l’autre parce que ce serait l’enfermer dans la connaissance partielle que nous avons de lui. Il y a toujours quelque chose de neuf qui peut surgir dans une relation ; toujours quelque chose de beau qui peut nous apparaître et cela est vrai d’une manière toute spéciale dans l’ordre de la foi.
Chers amis vous avez suivi quelques années de catéchisme, combien 5, 4, 3 au moins 4 je pense, 5 ? même plus peut-être et pourtant même si ce jour est important ce n’est pas la fin de l’itinéraire. Vous n’avez pas tout à fait encore, fait le tour de la question de Jésus, de sa présence dans notre vie et de son amour pour chacun d’entre nous. Personne ici, même les plus âgés peuvent dire : « Oh ben moi, la foi, ça y est ! je sais ce qu’il s’agit, bon voilà, terminé pour moi, enfin pas tout à fait mais en tout cas je n’ai plus rien à apprendre ! » Non, nous avons toujours quelque chose de neuf à découvrir, quelque chose à apprendre a fortiori, encore une fois, dans le domaine de la foi et de notre relation vivante avec le Seigneur.

C’est peut-être ce qui a manqué aux habitants de Nazareth dans l’Evangile que nous venons d’entendre. Jésus rentre chez lui. Il a accompli de nombreux miracles, en particulier, juste avant l’épisode que nous venons d’entendre, il a guéri une femme qui souffrait de douleurs terribles depuis des années ; il a ressuscité une jeune fille, la fille de Jaïre, et on peut comprendre qu’il souhaite prendre un peu de temps désormais autour de sa famille auprès des siens ! Et voilà que les gens qui le connaissent le mieux, qui le connaissent depuis qu’il est tout petit, ses voisins, ses amis, ne comprennent pas. Ils disent : « mais enfin comment se fait-il que ce Jésus que nous connaissons, qui a grandi au milieu de nous, parmi nous, fasse de grands miracles. Nous savons bien nous qui il est ! c’est le fils de Joseph et de marie, le fils du charpentier et on connait sa famille Jacques, José, Jude, Simon ! D’où lui vient cette puissance étonnante de faire des miracles ? Les Nazaréens commencent à enfermer Jésus dans la connaissance qu’ils ont de lui, une connaissance partielle -ils croient le connaitre- et du coup ce qui survient d’absolument inattendu, ils ne sont pas prêts à l’accueillir ; ils ne sont pas prêts à le recevoir pour eux-mêmes… et d’ailleurs l’Evangile le précise, St Marc le dit : « Il ne pouvait accomplir aucun miracle à Nazareth. Il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains et il s’étonna de leur manque de foi. » C’est parce que les Nazaréens manquent de foi que Jésus ne peut pas accomplir grand-chose parmi eux. Il ne peut pas se révéler comme pleinement le sauveur, le fils du Père, celui qui vient rétablir toute chose en harmonie, la beauté et la bonté… à cause de leur manque de foi ! Alors, au moment où vous allez faire votre profession de foi, il est bon de s’interroger : qu’est-ce que c’est que la foi, qu’est-ce qui manque aux gens de Nazareth ; qu’est ce que c’est que cette foi qui leur manque ?

Eh bien, peut être que la foi c’est avant tout cette capacité intérieure à poser sur le monde et sur les personnes qui nous entourent un regard toujours neuf, un regard qui n’enferme pas, un regard qui est prêt à accueillir l’imprévisible beauté de Dieu et l’imprévisible beauté de celles et ceux avec qui nous partageons cette existence. C’est sans doute d’abord ça la foi ! Demandez au Seigneur de poser sur le monde et sur les personnes un regard qui sache s’émerveiller, un regard qui puisse dire : « Tu as quelque chose à m’apprendre, tu as quelque chose de beau à révéler, tu as quelque chose de beau à apporter à ce monde… et non pas un regard qui enferme ou un regard qui écrase ou un regard qui ne voit finalement que ce qui est triste et difficile et éprouvant : ça, c’est pas tout à fait la foi chrétienne.

Finalement, même si dans notre vie nous-mêmes nous ne voyons pas toujours très bien où nous allons, la foi c’est de croire que Dieu, lui, voit qui nous sommes et ce que nous pouvons déployer, les talents et les qualités, les charismes que nous pouvons mettre au service des autres. Dieu le voit, même si nous ne le voyons pas toujours. Alors la foi, c’est à nous de lui demander : « Seigneur, conduis-moi jour après jour, petits pas après petits pas pour que je pose sur le monde ce beau regard et que je puisse déployer mes talents, mes charismes, mes qualités pour que d’autres se réjouissent aussi d’être bien vivants.

La foi, c’est sans doute aussi d’accepter la condition d’être prophète. Jésus dit ceci : « un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison». Le prophète est précisément celui qui fait confiance, qui fait confiance en Dieu, en l’autre. C’est celui justement qui pose ce beau regard de vie et de croissance sur tout ce qui l’entoure. Mais il faut reconnaitre aussi que notre monde manque de prophètes et que la mission de prophète n’est pas évidente parce que nous sommes plongés dans un monde -on peut le dire- un peu éprouvant et un peu éprouvé aussi ; mais le simple fait aujourd’hui, chers amis, que vous soyez revêtus d’une aube blanche, que vous portiez une croix et que tout à l’heure vous portiez la lumière est un signe merveilleux, un signe merveilleux pour le monde. Avant même -si j’ose dire- que vous n’ayez ouvert la bouche ou que vous n’ayez témoigné de quoi que ce soit, votre présence aujourd’hui et cet engagement que vous prenez est un signe prophétique pour chacun d’entre nous et pour le monde ; un signe qui fait du bien et qui nous encourage, nous aussi, à continuer de marcher et à continuer d’annoncer l’amour de Jésus autour de nous en paroles et surtout en actes.

Je prends un exemple simplement d’une jeune fille -qui avait à peu près votre âge- lorsqu’elle a eu ce cadeau merveilleux d’une rencontre avec la Sainte Vierge, avec Marie dans une petite ville du sud de la France qui s’appelle Lourdes et cette jeune fille s’appelait Bernadette. Elle avait 12 ou 13 ans. Une jeune fille tout à fait ordinaire comme vous et moi, rien d’extraordinaire en elle. Et voilà que Marie vient la rencontrer. Et elle lui témoigne tout l’amour que Jésus a pour elle et Bernadette va en parler autour d’elle. « J’ai rencontré une dame qui m’a dit des choses merveilleuses et comme je voudrais que l’amour de Dieu se répande dans nos cœurs ! » Et puis, la plupart des gens qui l’entendent ne la croient pas ! « C’est une petite fille, elle est pauvre, elle vient d’une famille misérable ». Personne ne la croit et même on la rejette et elle dira cette phrase magnifique : « Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée simplement de vous le dire ! Je suis chargée de témoigner de ce qu’elle m’a dit au fond de moi. Vous n’êtes pas obligé de la croire mais moi ça me remplit de joie ce qu’elle m’a révélé ! »

Alors que vous puissiez, chers jeunes, vous aussi, à travers votre vie et tout ce que vous découvrirez, jour après jour, témoigner de cette joie, de cet amour du Seigneur qui est en vous sans chercher à convaincre -il ne s’agit pas de cela- mais simplement de le vivre pleinement et alors je vous assure que vous ne serez pas malheureux ! Au contraire, votre joie grandira. Amen !