3ème dimanche du temps ordinaire 24 janvier 2021

« CONVERTISSEZ-VOUS ET CROYEZ À L’ÉVANGILE. » MARC 1, 1

Lettre apostolique du pape François : « Aperuit illis » par laquelle est institué le dimanche de la parole de Dieu. Le 30 septembre 2019

« J’établis donc que le IIIe Dimanche du Temps Ordinaire soit consacré à la célébration, à la réflexion et à la proclamation de la Parole de Dieu. Ce dimanche de la Parole de Dieu viendra ainsi se situer à un moment opportun de cette période de l’année, où nous sommes invités à renforcer les liens avec la communauté juive et à prier pour l’unité des chrétiens. Il ne s’agit pas d’une simple coïncidence temporelle : célébrer le Dimanche de la Parole de Dieu exprime une valeur œcuménique, parce que l’Écriture Sainte indique à ceux qui se mettent à l’écoute le chemin à suivre pour parvenir à une unité authentique et solide. »

Homélie à partir du dernier « Motu proprio “Spiritus Domini” » ouvrant les ministères de lecteur et acolyte aux femmes. Pape François 10 janvier 2021

            L’Église n’est pas une association comme une autre. Elle n’obéit pas aux mêmes règles que nos sociétés, politiques, économiques.

Dans l’Église, l’Esprit Saint, relation d’Amour entre le Père et le Fils, construit et donne sa vitalité à la communion de tout le peuple de Dieu, suscitant en lui des dons et des charismes multiples et divers (cf. François, exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 117). À travers les sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie, les membres du Corps du Christ reçoivent de l’Esprit du Ressuscité, à des degrés variables et avec une diversité d’expressions, les dons, les charismes qui leur permettent d’apporter leur contribution nécessaire à l’édification de l’Église et à l’annonce de l’Évangile à toutes les créatures.

On appelle « ministères » ces différentes formes de charismes reconnus, -on dira « institués » - et mis à disposition de la communauté et de sa mission sous une forme stable. Mais beaucoup d’autres services ecclésiaux ou de charges sont exercés, de fait, par un grand nombre de membres de la communauté, pour le bien de l’Église - souvent pour une longue durée et avec une grande efficacité- sans que ne soit prévu de rite particulier pour confier cette charge. Il y a aussi les ministères « ordonnés » qui se rattachent plus directement à la fonction sacerdotale du baptisé : ce sont les évêques, les prêtres et les diacres.

            Au cours de l’histoire, l’Église va raccrocher 4 ministères à la préparation des futurs prêtres portier, lecteur, exorciste, acolyte. Paul VI ne gardera dans cette préparation que les deux charges de lecteur -étroitement lié au ministère de la Parole et d’acolyte lié au ministère de l’autel. D’où cette exigence de la loi de l’Église (le droit canon) : « Can. 230 - § 1. Les laïcs hommes qui ont l'âge et les qualités requisespeuvent être admis d'une manière stable... aux ministères de lecteur et d'acolyte. »

À vrai dire, le texte se poursuit ainsi, j’allais dire ‘’par défaut’’ : « § 2. Les laïcs peuvent, en vertu d'une députation temporaire, exercer, selon le droit, la fonction de lecteur dans les actions liturgiques; de même, tous les laïcs peuvent exercer selon le droit, les fonctions de commentateur, de chantre, ou encore d'autres fonctions.

Alors, on peut ou on ne peut pas ? Au fil des années, des siècles, les besoins se font jour, les questions se posent, les fidèles murmurent, certains osent et font. Les responsables entendent et peu à peu la pensée évolue. La théologie phosphore.

En ce qui nous concerne, le synode de 2008 demande : « que le ministère du lectorat soit ouvert également aux femmes ».

En 2010, Benoît XVI précise que « l’exercice et le ministère de lecteur... est un ministère laïc dans le rite latin ».

En 2019 Le synode pour l’Amazonie dans son document final (n°95) parle de la nécessité de penser à «de nouveaux chemins pour la ministérialité ecclésiale… pour toute l’Église… Il est urgent de promouvoir et de conférer des ministères à des hommes et des femmes... C’est l’Église des hommes et des femmes baptisés que nous devons consolider en encourageant la ministérialité et, surtout, la conscience de la dignité baptismale ».

J’ajouterai que le sacerdoce baptismal s’exprime, se vit en chaque baptisé par ces ministères de service de la parole et de l’autel en lien étroit avec le sacerdoce ordonné des évêques, prêtres et diacres.

Le 10 janvier 2021 François modifie l’article 230 du Droit Canon : « “Les laïcs qui ont l’âge et les qualités requises… peuvent être admis d’une manière stable par le rite liturgique prescrit aux ministères de lecteur et d’acolyte » car dira-t-il ailleurs : « Offrir aux laïcs des deux sexes la possibilité d’accéder au ministère de l’acolytat et du lectorat, en vertu de leur participation au sacerdoce baptismal, augmentera la reconnaissance, y compris à travers un acte liturgique (l’institution), de la précieuse contribution que, depuis longtemps, de très nombreux laïcs, notamment des femmes, apportent à la vie et à la mission de l’Église. »

ou encore : «Cela donne lieu aussi à ce que les femmes aient un impact réel et effectif dans l’organisation, dans les décisions les plus importantes et dans la conduite des communautés, mais sans cesser de le faire avec le style propre de leur empreinte féminine».

Nous touchons ici du doigt, comment fonctionne l’Église catholique… dans le meilleur des cas avec grande patience (n’a-t-elle pas les promesses de l’éternité devant elle…) dans la fidélité à la mission reçue du Christ, mission qu’elle ne cesse de découvrir et d’approfondir. La preuve dans ce qu’écrit François : « Une distinction plus claire entre les attributions de ce que l’on appelle aujourd’hui les « ministères non-ordonnés (ou laïcs) » et les « ministères ordonnés » permet de lever la réserve des premiers aux seuls hommes. Si, en ce qui concerne les ministères ordonnés, l’Église « n’a en aucune sorte la faculté de conférer aux femmes l’ordination sacerdotale » (cf. Jean-Paul II, lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, 22 mai 1994), pour les ministres non ordonnés, il est possible, et aujourd’hui cela paraît opportun, de dépasser une telle réserve. Cette réserve a eu un sens dans un contexte déterminé, mais elle peut être repensée dans des contextes nouveaux, en ayant toujours cependant comme critère la fidélité au mandat du Christ et la volonté de vivre et d’annoncer l’Évangile transmis par les apôtres et confié à l’Église pour qu’il soit religieusement écouté, saintement gardé et fidèlement annoncé. »

Autrement dit, il ne faut jamais désespérer. Un jour peut-être, peu à peu, « il apparaîtra opportun », en des « contextes nouveaux » de « faire tomber les dernières réserves » pour que « tous les laïcs -hommes et femmes- » si telle est leur vocation, au nom de leur sacerdoce baptismal, puissent avoir accès au sacerdoce ministériel. Cette réflexion profonde aboutit aujourd’hui à une décision apparemment bénigne, voire sans intérêt. Pourtant c’est un grand pas « pour élargir les horizons de la mission ecclésiale, l’empêchant de se renfermer dans des logiques stériles destinées surtout à revendiquer des espaces de pouvoir », le fameux cléricalisme qui paralyse et envenime tout. Cette réflexion jamais terminée construit cette communauté de salut qui « fait route avec toute l’humanité et partage avec le sort terrestre du monde » (GS, n. 40). N’est-ce pas dans cette dynamique que l’on peut vraiment comprendre la signification de l’expression si chère au pape François « Église en sortie ». «’’ Église en sortie” n’est pas une expression à la mode de mon invention. Elle est un commandement du Christ, qui, dans l’Évangile de Marc, demande aux siens d’aller à travers le monde et de prêcher la bonne parole (…). Soit l’Église est en sortie, soit elle n’est pas l’Église. Soit elle est annonce, soit elle n’est pas l’Église. Si l’Église ne sort pas, elle se corrompt, se dénature… L’Esprit saint agit comme il le veut, quand il le veut et où il le veut… La mystérieuse fécondité de la mission ne tient pas à nos intentions, à nos méthodes, à nos élans et à nos initiatives, mais elle est liée à ce vertige : le vertige que l’on éprouve en présence des paroles de Jésus. »

« Le vertige que l’on éprouve en présence des paroles de Jésus. » Frères et sœurs, en cette journée consacrée à la Parole, souvenons-nous des paroles du Père : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en lui je trouve ma joie : écoutez-le ! » (Mc 1-11 - Mc 9,7) Si tel est le cas, nul doute que nous dirons comme les disciples d’Emmaüs :« Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » Lc 24-32 Alors, nous trouverons la même joie que celle du Père !     AMEN !

Cf les textes suivants du pape François dont s’inspire l’homélie.

  • « Motu proprio “Spiritus Domini” ouvrant les ministères de lecteur et acolyte aux femmes. Pape François 10 janvier 2021
  • « Lettre du pape François au préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi sur l’accès des femmes aux ministères du lectorat et de l'acolytat » du 10 janvier 2021
  • «Sans Jésus, nous ne pouvons rien faire» Pape François (éditions Bayard)

Père Yves Bachelet