20° dimanche ordinaire année C 18 AOÛT 2019
Lecture du livre du prophète Jérémie (38, 4-6. 8-10)
Psaume 39 (40)
Lecture de la lettre aux Hébreux (12, 1‑4)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (12, 49‑53)

On entend dire parfois, et on nous a peut-être dit : « Comme vous avez de la chance d’avoir la foi ! » sous-entendu : moi je ne l’ai pas, c’est comme ça. Sous-entendu encore : « pas de problème avec la foi, elle arrange tout, surtout lorsque frappe la mort. »
Il est vrai que dans l’épreuve, le doute, la désespérance, l’échec, la mort… brille et brillera toujours la lumière du Ressuscité, présence parfois bien obscure en nos ténèbres ! « Je suis avec vous, pour toujours jusqu’à la fin du monde ».
Mais où a-t-on vu que croire était quelque chose de facile, de lénifiant, d’arrangeant.
Ce n’est pas ce que nous dit la Parole aujourd’hui !
« Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !
Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !
Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division… »
Paroles ô combien paradoxales. Une foi, une religion qui prêchent l’amour, la paix, la réconciliation et qui n’engendrent à travers les siècles que troubles, guerres, intolérances, persécutions. Combien ont payé de leur sang la fidélité à leur maître et Seigneur. Je ne parle pas ici de tous les dévoiements, les égarements, les crimes que l’on a perpétrés scandaleusement sous couvert de la foi en Christ. Je parle de celles et ceux qui ont vécu et crié les Béatitudes envers et contre tout, qui ont osé affirmer et défendre la dignité et la vérité des êtres et des choses quoi qu’il en coûte.
Le prophète Jérémie est de cette trempe-là. Personnage douloureux s’il en est, toujours entre le marteau et l’enclume, il lui faut annoncer de terribles évènements à venir, conséquences de l’inconduite et du manque de foi du peuple de Dieu : l’arrivée de Nabuchodonosor à la tête des Chaldéens, la prise et la destruction de Jérusalem, l’exil à Babylone. Plusieurs fois, Jérémie sauvera sa tête, comme le raconte le texte de ce jour. Mais toujours il restera fidèle à Dieu, porte-parole poignant de la souffrance même de son Seigneur qui ne supporte pas de voir son peuple meurtri : « Oui, mon peuple est fou : ils ne me connaissent pas. Ce sont des enfants stupides : ils n’ont pas de discernement. Ils sont habiles pour faire le mal, mais ne savent pas faire le bien. Je regarde la terre, et voici : c’est un chaos ; le ciel : il a perdu sa lumière. » Jr 4/22-23 mais encore : « Tu leur diras cette parole : Que mes yeux ruissellent de larmes nuit et jour, sans s’arrêter ! Elle est blessée d’une grande blessure, la vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d’une plaie profonde. » Jr 14/17
Tous les prophètes nous ont préparé à entendre et à expérimenter la tendresse, l’amour de Dieu qui nous veut près de lui, comme le redit le prêtre à l’offertoire : « Puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. »
« Je suis venu apporter le feu, pas la paix mais la division… » murmure Jésus…
Les disciples sont prévenus avec clarté et précision. L’Évangile ne s’épanouit pas dans un climat douceâtre et lénifiant, où tous les conflits sont évacués, tous les angles arrondis. La charité elle-même est un combat contre toutes les formes de ténèbres qui subsistent au cœur de l’homme et dans la société. L’Évangile ne permet pas de compromis. Il nous faut alors savoir trancher et retrancher. L’heure n’est plus à l’hésitation, il faut choisir !
Le Christ veut l’unité de nos vies, de son Royaume mais pas à n’importe quel prix !

Aujourd’hui ce que dit Jésus trouve un écho dans bien des situations. La foi chrétienne comporte le témoignage et l’engagement dans les débats parfois tragiques qui concernent la paix, la santé, le partage des richesses et du travail, et toutes les questions d’éthique concernant la vie de son apparition à sa fin terrestre. La division existe plus que jamais dans bien des domaines, et de manières diverses suivant les pays. Jésus en parle en évoquant les relations familiales. C’est un domaine où elle apparaît de manière très forte aujourd’hui. Pas toujours, heureusement, sous la forme de divisions conduisant à des ruptures, mais en tout cas de divergences en ce qui concerne la foi et la manière de la vivre, qui peuvent conduire à des déchirements. Parents ou grands-parents désemparés devant l’impossibilité de transmettre la foi à leurs enfants, ou choqués de les voir fonder ailleurs que sur l’Évangile leurs choix religieux. Familles déchirées par les échecs conjugaux, etc.
L’auteur de l’épître aux Hébreux nous invite ce dimanche, à nous souvenir de ce qu’a coûté au Christ son « baptême », et à tant d’autres après lui : « nous sommes entourés d’une immense nuée de témoins... » Il nous rappelle que la foi est un appel au témoignage, à la résistance contre le mal. « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. »
Tout est dit ! Sur qui avons-nous les yeux fixés ici-bas ? Cela vaut la peine d’y réfléchir et d’y répondre une fois pour toutes !
À la fin de cette eucharistie, notre dernière prière sera celle-ci : « Par cette eucharistie, Seigneur, tu nous as unis davantage au Christ. Et nous te supplions encore. Accorde-nous de lui ressembler sur la terre et de partager sa gloire dans le ciel.”
Cette prière est lourde de conséquence si Dieu nous prend au mot car elle rejoint ce que le Christ disait à ses disciples et que la liturgie nous rappelle aujourd’hui : “Je suis venu apporter un feu sur la terre. Comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême. Comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !”
Ainsi soit-il !
Père Yves Bachelet
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