DIMANCHE 10 MAI 2020 * 5° DIMANCHE DE PÂQUES ANNÉE A

Actes des Apôtres (6, 1-7)

« Ils choisirent sept hommes remplis d’Esprit Saint »

Psaume 32

« Que ton amour, Seigneur, soit sur nous, comme notre espoir est en toi ! »

Première lettre de saint Pierre apôtre (2, 4-9)

« Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal »

Alléluia. Alléluia.

Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur.

Personne ne va vers le Père sans passer par moi. Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (14, 1-12)

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie »

L'Évangile que nous venons d'entendre est un extrait du long discours de Jésus après la Cène qui commence après le lavement des pieds et qui s'achève par la grande prière sacerdotale du Christ (les chapitres 13 à 17 en St Jean). Ensuite ce sera le jardin de l'agonie, puis les événements que nous savons.

Ce discours, Saint Jean le fait commencer avec grande solennité et grande émotion : "Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde les aima jusqu'à la fin. Au cours d'un repas…" vous connaissez la suite.

            Ce qui nous vaut l'accroche, le résumé bien modeste de ce jour et presqu’insignifiant : "A l'heure où Jésus passait de ce monde à son père, il disait à ses disciples…" Il faut entendre : … Avant la fête de la Pâque…

           

Ce qu'il dit, nous l'avons entendu…

L’annonce de son départ avec des mots d'une infinie tristesse mais d'un si grand réconfort, déjà tout remplis d'espérance et de la promesse d'une joie infinie… parce que d'une éternelle gloire. Souvenons –nous lorsque l’un de nos proches nous a quittés-, souvenons-nous de ses dernières paroles que nous aimons à nous redire en famille et dans le secret du cœur. (Ce qui rend si douloureuse et quasi inhumaine la fin -en grande solitude- de nos défunts en ces temps de pandémie !) Il en va de même avec Jésus ! Ses proches nous ont gardé et transmis ses ultimes paroles :

  • Je n'en ai plus longtemps à être avec vous
  • Vous me chercherez
  • Aimez-vous les uns les autres
  • Ne soyez donc pas bouleversés
  • Je pars vous préparer une place
  • Je reviendrai vous prendre avec moi
  • Là où je suis, vous y serez aussi
  • Pour aller où je m'en vais vous savez le chemin."

Ce texte est souvent choisi par des familles pour les funérailles. Blessés par la mort d'un être cher, on se retrouve devant ce départ dans l'inquiétude de l'après mort, du devenir de notre disparu, et un jour, de notre propre devenir. La question de Thomas est la nôtre : "Nous ne savons pas où tu vas ! Comment en connaître le chemin ?»

La tentation est grande de se rassurer à bon compte et en définitive de nier la difficulté, voire l'angoisse, la révolte, le refus de croire.

On nous propose, parfois, un texte aussi lénifiant qu'il est faux, attribué à Péguy, Augustin, St Exupéry, mais qui est d'un Irlandais écrit en 1910.

Il commence ainsi : "La mort n'est rien, je suis seulement passé dans la pièce à côté. Ce que j'étais pour vous je le suis toujours. Je ne suis pas loin. Juste de l'autre côté du chemin."

Je n’aime pas ce texte ! Le Christ nous entraîne ailleurs et nous promet un changement radical, j'allais dire révolutionnaire parce qu'impensable, inimaginable : tout simplement entrer dans l'intimité du Père et du Fils grâce à l'action de l'Esprit de Vie.

"Je pars vous préparer une place dans la maison de mon Père !" Rien à voir avec la pièce d'à côté ! "Là où je suis, vous y serez aussi" il s'agit bien d'un ailleurs inespéré tant il est d'une autre nature. Je le soulignerai dans l'oraison de l’Offertoire : « Dans l'admirable échange du sacrifice eucharistique, tu nous fais participer à ta propre divinité. » (Cohérence, logique interne de la liturgie…)

Jésus propose à chacun d'entre nous et à tous les hommes de bonne volonté, d'entrer dans la communion divine de la Trinité. N’est-ce pas ce que vient de nous dire St Pierre : « Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. »

Jésus n'est pas là pour indiquer seulement le chemin comme le souhaite et l'attend Thomas avec son GPS. Il n'est pas une simple signalisation, une simple référence, une simple morale. (Ce à quoi, on réduit souvent le Christ et son message)

JESUS est celui qui nous introduit, qui nous fait entrer avec lui, par lui, et en lui. Il est, il EST LE CHEMIN, mais aussi LA PORTE, tant sa mission est de donner accès au Père. Apprécions aussi la force et la précision de la réponse du Christ :

"Moi, je SUIS le chemin, la Vérité et la Vie"

Je suis le chemin, il existe en tant que tel, différent du Père.

Je suis la Vie, il est aussi l'identique au Père qui est le Vivant, le Dieu des Vivants, Celui qui engendre éternellement…. Père et Mère.

Je suis la Vérité : il possède l'Esprit de vérité qu'il nous envoie, CELUI qui nous rendra libres en nous faisant accéder à la Vérité.

Tout cela se résume dans ce "Vous me connaissez" du Christ en réponse au « Montre-nous ! » de Philippe qui cherche une direction, un lieu, un ailleurs !

Et Jésus qui nous ramène au présent, à l’aujourd’hui, au "Qui me voit, Philippe, voit le Père !» « Vivre l’aujourd’hui de Dieu » ce fut le premier livre de frère Roger de Taizé en 1959 !

Vivre aujourd’hui pleinement dans le monde et dans l’Eglise sur ce chemin quotidien de la Vérité qui EST Vie ! Est-il nécessaire de dire l’urgence de vivre avec ardeur chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde de notre vie, si brève ou si longue soit-elle ! Quel gâchis dans nos vies ! « Soyez saints comme moi je suis saint !» nous disait Dieu en début de carême. Où en est notre sainteté !

 

Un mot encore pour souligner le projet de Dieu qui est de libérer toute l’humanité, celle d'hier, d'aujourd'hui et de demain, de tout esclavage physique ou moral et donc terrestre.

Ce projet, il est contenu dans le mystère de notre "solidarité en Jésus Christ’’ qui nous dit : "Nul ne va au Père sans passer par moi". "C'est le Christ total" dira St Augustin, "nous avec lui, par lui." "C'est, dira Paul, la création toute entière qui gémit dans les douleurs d'un enfantement qui dure encore." "C'est, dira Teilhard de Chardin, la lente montée de l'humanité jusqu'au point Oméga."…

Mais… ô merveille, par cet évangile, je suis aussi autorisé à dire " le Christ ne va pas vers le Père SANS nous ! "

N'est-ce pas le sens de ce "Là où je suis vous y serez aussi" et "je reviendrai vous prendre avec moi !" ?

            Alors, frères et sœurs, pourquoi avoir peur ? Pourquoi douter ? Pourquoi être bouleversés ?

Je termine avec Paul : "Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ".

Rien ? Rien sinon NOUS ! Sinon notre liberté mal utilisée !

Sinon notre péché !

AMEN !

Père Yves Bachelet

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