Homélie Bantanges - 20 décembre 2020

Chers amis, je vous propose de relire ensemble le magnifique épisode que nous avons entendu dans la première lecture : Le roi David avait un projet : construire un temple à Jérusalem pour abriter l'Arche d'Alliance. A première vue, son intention était des plus louables ! Et donc, dans un premier temps, le prophète Nathan consulté lui répond : « Tout ce que tu as l'intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi ».

Mais la nuit porte conseil, même aux prophètes. Cette nuit-là, Dieu vient dire à Nathan ce qu'il pense, lui Dieu, de ce projet ; et tout bascule. La réponse de Nathan tient en deux points : d'abord un refus, puis une promesse.

Le refus repose sur trois arguments très clairs : premièrement, je ne t'ai rien demandé. Deuxièmement, crois-tu que je suis un Dieu qu'on peut installer, fixer quelque part ? Troisièmement, ne cherche pas à renverser les rôles : entre Dieu et David, comme toujours entre Dieu et l'homme, celui qui est en position de bienfaiteur, c'est Dieu. Rappelle-toi les bienfaits de Dieu à ton égard.

Je reprends ces trois arguments du prophète, l'un après l'autre.

Premièrement, je ne t'ai rien demandé : Dieu n'attend pas le moins du monde que David lui bâtisse une maison. Simple tente ou palais princier, nos constructions n'ajoutent rien à la grandeur de Dieu. Et il faut nous en souvenir au moment où nous nous apprêtons à accueillir Jésus qui vient. Le Seigneur nattend pas que nous lui construisions un palais pour sinstaller chez nous. Une simple crèche lui suffit... Notre cœur tel quil est avec ses richesses mais aussi ses blessures, ses limites, ses faiblesses...

Deuxièmement, crois-tu que je suis un Dieu qu'on peut installer, fixer quelque part ? Depuis le Sinaï, l'arche d'Alliance a toujours été abritée sous une simple tente de nomade et elle a accompagné le peuple dans tous ses déplacements ; comme un signe visible de la présence permanente de Dieu au milieu de son peuple. Et, depuis l'installation du peuple sur sa terre, cet état de choses n'a pas été remis en question ; Dieu envoie Nathan dire à David : « Je ne me suis pas installé dans une maison depuis le jour où j'ai fait monter d'Egypte les fils d'Israël : je cheminais sous une tente... je n'ai jamais réclamé qu'on me construise une maison. » (versets 6-7).

Et il sera très important de ne pas oublier que, quoi qu'il arrive, Dieu est toujours au milieu de son peuple, même dans les périodes où le temple est détruit, et même encore lorsque le peuple est loin de Jérusalem. Nos églises aujourd’hui sont le lieu dune rencontre privilégiée avec le Seigneur, mais Dieu nhabite pas seulement nos temples de pierre. Il habite au cœur de son peuple. Souvenons de la parole de Jésus : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. »

Troisièmement, ne cherche pas à renverser les rôles : entre Dieu et David, comme toujours entre Dieu et l'homme, celui qui est en position de bienfaiteur, c'est Dieu. On pourrait traduire : mon ami David, il ne faut pas te tromper : Dieu seul construit, Dieu seul fait vivre. « Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que je m'y installe ?... C'est moi qui t'ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu deviennes le chef d'Israël mon peuple. J'ai été avec toi partout où tu es allé : j'ai détruit tous tes ennemis devant toi. » Sans Dieu et sans l’amour que nous recevons de lui, nos efforts sont vains. David lui-même le reconnaitra dans le psaume : « si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain… »

Voilà donc pour le refus. Ensuite vient la promesse : c'est moi, dit Dieu qui te bâtirai une maison. Qu’est-ce que cela veut dire ? L’hébreu comme le français permet un jeu de mots : la maison, c'est l'habitation (la maison familiale ou le palais du roi ou le temple de Dieu), mais on peut dire aussi la maison royale dans le sens de descendance (comme on dit la maison royale de Belgique ou d'Angleterre, par exemple). Dieu dit : Non, tu ne me bâtiras pas une maison (au sens d'habitation), c'est moi, Dieu, qui te bâtirai une maison (au sens de dynastie) : « Le Seigneur te fait savoir qu'il te fera lui-même une maison. Quand ta vie sera achevée et que tu reposeras auprès de tes pères, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté... Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »

Or cette promesse sest réalisée, l’évangile de l’Annonciation, ce matin, nous le rappelle.

On attendait un roi descendant de David : or ici, on entend un écho de la promesse faite à David par le prophète Nathan que nous avons entendue en première lecture (2 S 7). C'est à partir de cette fameuse promesse que s'est développée toute l'attente messianique. Or ici, c'est le centre des paroles de l'ange Gabriel : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la Maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. »

Marie est le temple en qui repose la présence divine. Marie est aussi la figure de l’Église, la figure du peuple de Dieu en qui Dieu fait désormais sa demeure. En Marie cest toute lhumanité qui accueille son Seigneur pour se laisser sauver, aimer, transfigurer.

Rendons grâce pour Marie et demandons au Seigneur de venir dès aujourdhui faire sa demeure en nous, par leucharistie que nous célébrons maintenant sur ce bel autel rénové.

[Liturgie de la bénédiction de l’autel de Bantanges]

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