PENTECÔTE 31 MAI 2020

Livre des Actes des Apôtres (2, 1-11)

  • « Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler »

Psaume103 « Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre ! »

Première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (12, 3b-7. 12-13)

  • « C’est dans un unique Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul corps »

VENI CREATOR SPIRITUS : Viens, Esprit Saint, en nos cœurs

et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.

Alléluia. Alléluia.

  • « Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles !

Allume en eux le feu de ton amour ! » Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean(20, 19-23)

  • « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint »

Au matin de la Pentecôte, les apôtres étaient confinés. Confinés à cause d’un virus. Un virus qui s’appelle la peur. Les apôtres avaient peur. Peur des autorités juives qui avaient livré Jésus à Pilate. Pour avoir suivi Jésus, les disciples se savaient repérés. Ils n’avaient pas beaucoup d’amis à Jérusalem, sauf, sans doute, celui qui les hébergeait depuis le Jeudi Saint. L’homme avait mis à leur disposition une grand salle toute équipée. On l’appelait la chambre haute. C’est là, qu’au cours du dernier repas, Jésus avait institué l’Eucharistie après avoir lavé les pieds de ses disciples. Là que Jésus les avait longuement entretenus avant de descendre au jardin des oliviers. Là, que le soir de Pâques, il leur était apparu, toutes portes closes, et s’était fait reconnaître à ses plaies. Avec la résurrection, Jésus réalisait sa promesse et répandait sur eux l’Esprit Saint. Cela dit entre Pâques et Pentecôte, les disciples en prière ont trouvé le temps long. Confinés dans l’attente de l’Esprit. Remplis d’inquiétude : de quoi demain sera-t-il fait ? Auraient-ils assez de courage pour témoigner de ce qu’ils avaient vu et entendu ?

Comme Pâques, Pentecôte était à Jérusalem une fête de pèlerinage. On faisait mémoire du don de la Loi, ces fameux dix commandements que Dieu avait donnés à Moïse. On célébrait aussi les moissons avec l’offrande des premières gerbes. A l’époque, outre les Juifs de Palestine, montaient à Jérusalem les Juifs de la dispersion : ceux qui habitaient d’autres pays parfois lointains et qui faisaient le déplacement pour adorer le Seigneur. Ce matin-là, il y avait foule dans les rues. C’est à ce moment que se produit l’évènement qui donne naissance à l’Eglise. L’Esprit se manifeste à grand bruit : de quoi réveiller les endormis ! il dépose sur chacun une langue de feu. Que sont ces langues de feu ? Des langues d’abord. Des langues pour parler. Des langues à l’image d’un monde multiple, riche de la diversité des cultures. Le message est clair : l’Evangile s’adresse à tous. Et le feu ? C’est l’amour. L’ardeur. Le courage. Ces hommes apeurés ne craignent plus personne. Les voilà dans la rue. Au milieu de la foule. Ce Jésus mort et ressuscité, ils l’aiment. Ils l’annoncent. Les hommes, les femmes venus d’un peu partout, ils les traitent en frères. L’amour devient Parole. Parole de vie. Pierre, le pêcheur du lac, le timide au verbe embarrassé ne craint plus de s’adresser en public à des interlocuteurs qu’il ne connaît pas. L’Esprit fait de lui un témoin. Quelques jours plus tard, les Juifs du grand conseil, ceux qui ont livré Jésus et menacent ses amis, reconnaissent, stupéfaits, que des hommes simples et peu versés dans l’Ecriture leur tiennent tête. Ils s’en émeuvent… L’un d’entre eux, un sage, les avertit : si cette annonce vient des hommes, elle ne tiendra pas. Si elle vient de Dieu, rien ne pourra l’arrêter.

Nous connaissons la suite. Nous la connaissons de l’intérieur. Elle nous concerne aujourd’hui. Si nous sommes là, c’est au nom de la foi. Si nous parlons, c’est au nom de la charité. Malheur à nous si nous occultions le message par peur, paresse ou lâcheté. Confinés, nous avons redécouvert les vertus du silence. De la prière, peut-être… De la solidarité. Des proches nous ont manqué. Des personnes ont été malades. Certaines sont mortes dans la solitude. Nous ne sommes pas indemnes. Allons-nous recommencer comme avant ? En un mot faire comme si… Comme si rien ne s’était passé ? A nous, aujourd’hui, de recevoir le message de la Pentecôte. Puisque nous avons retrouvé l’usage public de la parole, qu’allons-nous en faire ?

Quelle part pour la louange et pour la gratuité ? Quelle part pour l’audace, l’envie de dire et de construire, sortir de la grisaille et de l’anonymat ? Serons-nous une Eglise anesthésiée ou un peuple assez fou pour clamer sa foi et trouver les mots de l’Evangile ? Notre monde incertain, tenté par ses démons familiers, a besoin de témoins. Peut-être avons-nous du mal à nous en persuader… La paresse spirituelle est aussi sale que la suie. Elle est indolore. Nous ne la sentons pas. Pentecôte est plus qu’une piqûre de rappel. Un séisme intérieur. Une nouvelle naissance. A pas comptés, malgré le masque et les distances obligatoires, comme des convalescents, n’ayons pas peur.

Dieu est plus grand que notre cœur.

Père Georges AUDUC

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