DIMANCHE 3 JANVIER 2021 ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR

Livre du prophète Isaïe (60, 1-6)

« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi »

Psaume71 « Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi »

Lettre de St Paul aux Éphésiens (3, 2-3a. 5-6)

« Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage,

au partage de la même promesse »

Alléluia. « Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur ! » Alléluia !

Évangile de Jésus Christ selon St Matthieu (2, 1-12)

« Nous sommes venus d’Orient adorer le roi ! »

         Tous ces jours je me disais : Comme nous avons de la chance, nous chrétiens, de vivre ces temps liturgiques qui nous permettent de découvrir, d’avancer, de grandir dans la foi. Souvenons-nous de la parole du Christ à ses apôtres : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu ! » Luc 8/10 et cela dans un monde en perte de sens, de raisons de vivre ! Serions-nous des privilégiés ?

Qu’avons-nous découvert ? Partons de la question des mages : « Où est le  roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

Voilà des chercheurs, des quêteurs de signes qui donneraient sens à leur  vie, à leur être. « Nous avons vu, nous sommes venus, où est-il ? » Ces scrutateurs de l’invisible, venus d’on ne sait d’où, peut-être d’Orient… ne sont-ils pas les prototypes, les archétypes de tout homme ?

Qu’est-ce que l’homme ? Socrate, six siècles avant Jésus, disait : « L’homme est le seul des animaux à croire à des dieux. » L’humoriste Marx Twain disait « l‘homme est un animal religieux. »

Entre les deux, Pascal écrivait dans ses Pensés : « Qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant,  un milieu entre rien et tout. »

Jean Paul II après avoir dit que : « l’homme est un être qui cherche », et que « toute son histoire le confirme » … dit : « L’homme est l’être qui cherche Dieu ».

Un être qui cherche… Un être qui cherche Dieu. « Cette recherche, poursuit-il, atteint même des domaines, des sphères de la vie des hommes où toute référence à Dieu a été comme effacée, semble être absente, comme si elle avait été brûlée et complètement éteinte. » Noël 1978

Il devait certainement penser aux camps de la mort d’où jaillissait ce cri de désespoir : « Où est Dieu ? Dieu est mort ! » Permettez-moi d’ajouter : il y a même, parfois, chez certains de nos contemporains, une volonté de faire disparaître toute trace religieuse au nom d’une laïcité laïcarde ! Dans ce cas, où est le respect de l’homme, de sa dignité et de sa liberté ? Aux prisonniers du Stalag XII à Trêves, hétéroclites en origine, race, religion, foi et non-foi, Sartre, athée, disait dans la nuit de Noël 1940 : « Comme c’est aujourd’hui Noël, vous avez le droit d’exiger qu’on vous montre la crèche. La voici ! »

Mais revenons aux mages ! Depuis toujours, ils guettent, scrutent, observent, parce qu’ils aspirent à autre chose, parce qu’ils attendent quelqu’un. « Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? » interroge la fiancée dans le Cantique des Cantiques. Les mages se sont mis en route en écoutant leur cœur ! En route, pour l’inconnu. Et c’est à Jérusalem, au cœur du palais d’Hérode que Dieu les attend à travers les Écritures. Eux qui se croyaient arrivés, se remettent en route… sur la foi qu’ils accordent aux dires de ceux qui détenaient le savoir « Les Saintes Écritures » mais qui ne les avaient pas comprises.

Et voici qu’ils revoient l’étoile !  Ce signe lumineux venu d’en haut, du ciel les conduit… au fond d’une grotte, au cœur même de la terre, au cœur même de l’homme. C’est un enfant qui dort dans les bras de sa mère. Du plus haut une étoile révèle tout en bas, l’impensable aboutissement de la recherche de l’homme : « Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu ! » Jérusalem peut bien tomber, être rasée ! Jérusalem est désormais au cœur de chaque homme, là où s’inscrit la foi. « L’homme cherche Dieu parce que Dieu est déjà mystérieusement en lui ! » disent les Pères de l’Église.

L’étoile de Bethléem nous révèle une fois pour toutes que c’est dans l’ordinaire de la vie humaine et un ordinaire marqué par la pauvreté et le dénuement… que le Fils de l’homme vient au monde, dans notre monde, que la promesse de Dieu se réalise ainsi dans notre histoire, dans nos histoires. À l’étonnement de Jacob : « Dieu est là ! Et moi, je ne le savais pas. » Gen 28/16 répond l’émerveillement de Pascal à l’écoute du Seigneur : « Console‑toi. Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé. »

Frères et sœurs, une fois de plus, à ce niveau de découverte dans la foi, nous ne pouvons en rester là.

La crèche n’est pas le lieu où l’on s’attarde.

 « Vous trouverez !» avait dit l’ange aux bergers « Ils y allèrent en hâte et trouvèrent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils repartirent et racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. »

Les mages ne traînent pas davantage.

L’or, l’encens, la myrrhe, tout est là, tout est dit, tout est donné.

Allégés, illuminés, transformés, ils se hâtent de repartir par une autre voie. Eux aussi sauront témoigner de leur rencontre avec le Christ à ceux qui le vénèrent peut-être sans encore le connaître, comme dira St Paul aux Athéniens : Ac 17/23 « Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer. »

Frères et sœurs, en ce début d’année, soyons attentifs à la voix de l’Esprit Saint qui saura nous conduire, jusqu’au Père, jusqu’au frère… par des chemins nouveaux, inconnus, déroutant à condition que nous l’écoutions.

« Quitte, pars, viens, avance, suis-moi, si tu veux … ! » Ce sont les maîtres mots de notre histoire à venir ! Si nous le voulons. N’est-ce pas la démarche de tout chrétien -et de notre communauté ? Amen !

Père Yves BACHELET

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