2e dimanche de Pâques A + Dimanche de la Miséricorde divine

Lecture du livre des Actes des Apôtres (2, 42-47

Psaume 117 Rendez grâce au Seigneur il est bon

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre (1, 3-9)

Alléluia. Alléluia. « Thomas, parce que tu m’as vu, tu crois, dit le Seigneur.

Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » Alléluia !

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (20, 19-31)

« Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » Jn 20/30-31

Croire que Jésus est fils de Dieu et qu’il est notre vie !

Le cri de naissance de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Le signe de l’apparition de Jésus aux disciples puis à Thomas a été écrit par Jean pour nous aujourd’hui. Pour nous conduire à la foi : croire que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et ainsi qu’en croyant, nous ayons la vie de Dieu !

Tout tourne autour de ce dilemme déjà présent dans le deutéronome : la mort ou la vie : « Je te propose dit Yahvé de choisir entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction. » Tout tourne autour de la vie, de la mort et lâchons le mot, de la résurrection.

Je me suis souvent demandé le pourquoi de l’incarnation ! Vous savez : christ est venu, christ est né, a souffert, est mort, est ressuscité, christ reviendra… C’est vite chanté ! Ça veut dire quoi, pourquoi ? C’était la question des apôtres ! Rappelez-vous le soir de Pâques sur le chemin d’Emmaüs, cette conversation surréaliste : « Tu es le seul qui ignore les événements de ces jours-ci. » « Quels événements ? » « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth. Les femmes n’ont pas trouvé son corps. Des anges disent qu’il est vivant, mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »

Au sanctus, reprenant la vision du Prophète Isaïe nous chantons : « Ciel et terre sont remplis de ta gloire : Hosanna au plus haut des cieux ! » Non, avant l’incarnation -dans le temps des hommes- un seul endroit n’est pas rempli de la gloire de Dieu ! C’est la mort, c’est l’enfer !

Ce qui a souvent fait dire aux hommes dans la nuit et la solitude de la mort, de toutes les morts, l’horreur des camps de la mort, de la trahison et de la torture… mais où est Dieu ? Dieu se tait, Dieu est mort !

En réalité, de toute éternité, dans son amour de toute éternité, en même temps qu’il créait l’homme, l’amour trinitaire du père, du fils et de l’Esprit s’incarnait, par le fils, en notre humanité pour connaître la mort, l’habiter, la vivre, la vaincre et nous entraîner par cette brèche dans la gloire divine. St Paul de s’écrier : « Ô Mort, où est ta victoire ? » « Victoire de l’amour, victoire de la vie ! » chante l’Exultet dans la nuit de Pâques.

« Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » 

Réalisons-nous que c'est ce même Jésus qui va connaître l'expérience la plus crucifiante de l'absence de Dieu : sur la croix, il va mourir en maudit, comme un exclu de l'alliance divine. Il va s’écrier : "Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?"

C'est le même cri que poussent encore aujourd'hui des milliers d'hommes et de femmes de par le monde, qui meurent seuls et abandonnés.


Jésus, le fils de Dieu, abandonné... par Dieu !

Mais, en Jésus, c'est Dieu lui-même qui est cloué à la croix ! C'est comme si ce jour-là Dieu offrait sa présence -paradoxale!- dans le seul lieu où on pensait qu'il n'était pas : au cœur même du désespoir, dans le pire lieu de perdition, et… nous dira le Credo, jusque dans les enfers !

Voilà le sens de la croix du Christ : elle révèle que Dieu se donne à nous justement quand nous croyons qu'il n'est pas là, quand nous nous croyons abandonnés, quand nous nous sentons maudits, quand tout… crie son absence.

La tendresse du Père, révélée durant toute la vie de Jésus, se révèle encore et toujours dans sa mort.


« Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » 

Cette révélation, le Christ la fait sur le chemin d’Emmaüs. « Puis, dira st Paul, après cela, à plus de 500 frères et sœurs à la fois, puis à Jacques, puis à tous les apôtres. » L’évangile d’aujourd’hui attire notre attention sur le jour où se manifeste le Ressuscité à son Eglise naissante : « Le soir venu, en ce premier jour de la semaine… et plus loin, « Huit jours plus tard »

Ces apparitions du Christ le même jour, dimanche de sa résurrection, manifeste en réalité la volonté du Christ de se donner à voir, toucher : « Il leur dit : ‘’La paix soit avec vous !’’ Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. »

Il fera de même avec Thomas malgré un léger reproche : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

Pensez-vous qu’il y ait d’autres raisons pour motiver le rassemblement eucharistique dominical ? Pensez-vous qu’il ne soit pas nécessaire, pour vivre du Ressuscité, d’être ensemble rassemblés afin qu’il « se donne à voir » ? Le dimanche n’est pas seulement le jour, où toutes affaires cessantes, on se repose et se détend. Il est le moment par excellence où le Ressuscité, rassemblant ses disciples, refait les liens de la communauté, reconstitue leur fraternité en leur donnant, non plus son corps de ressuscité à voir, à toucher, mais sa Parole, son corps et son sang à manger dans le pain et le vin et l’envoi aux frères dans sa paix. Allez dans la paix du Christ ! Allez pour témoigner, pour en vivre, pour évangéliser ! Le témoignage des uns doit éveiller celui des autres et la parole de foi doit circuler, être annoncée ! N’est ce pas ce que nous réalisons douloureusement en ces jours de confinement.

Puis-je enfin rappeler que notre témoignage, notre crédibilité, notre responsabilité demeurent en ce que notre vie, toute notre vie corresponde à la Parole du Christ et au souffle de l’Esprit (dans ses choix, ses actes, ses engagements, sa participation à la vie commune, sociale et politique que nous sommes en train de redécouvrir en ces temps d’infortune). « Voyez comme ils s’aiment » disait-on des premiers chrétiens. Si cela est vrai, d’autres Thomas, d’autres absents, d‘autres incroyants à ce jour nous rejoindrons huit jours plus tard et encore plus tard. AMEN !

Père Yves Bachelet

Les illustrations sont du Père jésuite Rupnik qui a décoré la basilique du Rosaire de Lourdes

Pièce(s) jointe(s):
Télécharger ce fichier (200419 - 2 Pâques A 2020-02.pdf)200419 - 2 Pâques A 2020-02.pdf[ ]365 Ko