22° dimanche ordinaire année C 01 septembre 2019

Lecture du livre de Ben Sira le Sage (3, 1718. 20. 2829)

Psaume 67 (68)

Lecture de la lettre aux Hébreux (12, 1819. 2224a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (14, 1. 714)

« Ils choisissaient les premières places… » 

-« Ne va pas t’installer à la première place… »

« Cède-lui ta place ! »

Plein de honte tu iras, prendre la dernière place.

 

« Va te mettre à la dernière place ! »

Il te dira : « Mon ami, avance plus haut »

 

Quiconque s’élève sera abaissé ;

et qui s’abaisse sera élevé. »

Occuper sa juste place ?

Comment savoir quelle est, et où est ma juste place ?

Ne dit-on pas « Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place » ou encore « À chacun sa place et chacun à sa place » à quoi réplique malicieusement la Sagesse lyonnaise : « Si tout un chacun prenait sa vraie place, ça en ferait un beau remue-ménage ! »

Plaisanterie à part, la question est là ! Notre monde n’est-il pas un gigantesque classement, étalonnage, triage… où civilisations, sociétés, religions, éducations, racismes de tout poil, ont catalogué, ordonnancé, classé, opposé les êtres et les choses selon sexes, origines, tailles, couleurs, situations sociales… et j’en passe. Nous savons, nous voyons ce que cela produit !

La liturgie de la parole de ce matin nous réoriente vers notre référence absolue : Dieu qui nous a créés à son image et ressemblance dans un monde qu’il fit bel et bon pour notre épanouissement. Là aussi nous connaissons la suite !

Il nous faut relire l’encyclique capitale du Pape François « Laudato si » -sous-titrée « sur la sauvegarde de la maison commune » qui analyse tout cela et nous conduit –sous peine de perdition totale et définitive, qui nous conduit au Christ, l’alpha et l’oméga, qui seul peut unifier la création et la porter à son terme ! comme nous le dit la lettre aux Hébreux : « Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle. »

Juste un extrait de cette encyclique : « Si tout est lié, l’état des institutions d’une so­ciété a aussi des conséquences sur l’environnement et sur la qualité de vie humaine : « Toute atteinte à la solidarité et à l’amitié civique provoque des dom­mages à l’environnement ». Dans ce sens, l’éco­logie sociale est nécessairement institutionnelle et atteint progressivement les différentes dimensions qui vont du groupe social primaire, la famille, en passant par la communauté locale et la Nation, jusqu’à la vie internationale. À l’intérieur de chacun des niveaux sociaux et entre eux, se développent les institutions qui régulent les relations humaines. Tout ce qui leur porte préjudice a des effets nocifs, comme la perte de la liberté, l’injustice et la violence. » n° 142

Frères et sœurs, c’est dans ce cadre-là qu’il nous faut entendre le premier texte de Ben Sira le Sage : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras…plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. La condition de l’orgueilleux –de l’égoïste- est sans remède, car la racine du mal est en lui. Qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute. »

Ce que résume le Christ par : « quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé. »

Quiconque s’élève ? « sa condition est sans remède, la racine du mal est en lui ! » nous dit la Parole de Dieu.

En somme, l’orgueilleux est un malade incurable : parce qu’il est « plein de lui-même», comme on dit, il a le cœur fermé. Comment Dieu pourrait-il y entrer ?

Le Christ a stigmatisé cette attitude dans la parabole du pharisien et du publicain qui montent tous deux au temple pour prier. (Lc 18) Rappelez-vous : Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.”

Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !”

Je vous le déclare dit Jésus : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

Qu’a fait le publicain ? Il s’est contenté d’être vrai. Dans le mot « humilité », il y a « humus » : l’humble a les pieds sur terre ; il se reconnaît fondamentalement petit, pauvre par lui-même ; il sait que tout ce qu’il a, tout ce qu’il est vient de Dieu. Et donc il compte sur Dieu, et sur lui seul. Il est prêt à accueillir les dons et les pardons de Dieu... et il est comblé. Le pharisien qui n’avait besoin de rien, qui se suffisait à lui-même, est reparti comme il était venu ; le publicain, lui, est rentré chez lui, transformé.

Allons-plus loin. La lucidité de l’humble le rend sage et cette sagesse lui libère tous les sens, désormais non plus centrés sur-lui-même mais ouverts sur l’autre, les autres comme autant de radars capables de capter les manques, les désirs, les besoins de ses frères et sœurs ! « L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute. » L’intelligence du cœur qui écoute, entend, voit et agit. Ainsi, en suivant son Maître et Seigneur « doux et humble de cœur », le Sage, l’Humble de Dieu y trouve sa joie au centuple et entre dans la prière de Jésus : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre d’avoir caché cela aux rusés et aux intelligents et de l’avoir révélé aux humbles et aux tout-petits. » (Mt 11/25 // Lc 10,21) Il rejoint aussi le chant d’action de grâce de Marie : « Il élève les humbles, il comble de biens les affamés. »

Cette réflexion que je mène avec vous, m’a renvoyé au thème d’année de Lourdes : « Bienheureux les pauvres ! » thème si bien vécu par la petite Bernadette -en religion sœur Marie-Bernard- dont nous fêtons le 175ième anniversaire de la naissance et le 140ième de la mort. Pour terminer, je vous offre cette prière écrite de sa main, intitulée : « Prière d’une pauvre mendiante à Jésus »

« Ô Jésus, donnez-moi, je vous prie, le pain de l'humilité, le pain d'obéissance, le pain de charité, le pain de force pour rompre ma volonté et la fondre à la vôtre, le pain de la mortification intérieure, le pain de détachement des créatures, le pain de patience pour supporter les peines que mon cœur souffre. Ô Jésus, Vous me voulez crucifiée -fiat- le pain de ne voir que Vous seul en tout et toujours. Jésus, Marie, la Croix, je ne veux d'autres amis que ceux-là ! Ainsi soit-il. »

Père Yves Bachelet

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