ND de La Chaux - rentrée paroissiale 2019

L’évangile de ce dimanche peut sembler dur à entendre et nous pourrions céder à la tentation de l’adoucir… Certes la parole de Jésus est parfois provocatrice mais elle n’est jamais contradictoire et cette invitation à préférer le Seigneur n’annule pas le devoir d’honorer son père et sa mère ou, pour les époux, à ne pas séparer ce que Dieu a uni. Jésus ne nous demande pas de rejeter père, mère, époux ou épouse, il n’est pas un rival en amour, il n’est jaloux de personne. Dans l’œuvre de Paul Claudel, le Soulier de satin, le personnage principal, Dona Prouhèze, fervente chrétienne, mais également follement amoureuse de Rodrigue, s’exclame, comme si elle n’osait pas y croire : « cet amour des créatures les unes pour les autres est donc permis ? Vraiment, Dieu n’est pas jaloux ? ET son ange gardien lui répond : Comment pourrait-il être jaloux de ce qu’il a fait lui-même ? »

L’amour du Christ n’exclut pas les autres amours, bien au contraire (cf. le plus grand des commandements aimer Dieu et son prochain) mais les ordonne. C’est même l’amour dans lequel tout amour authentique trouve son fondement et son appui ainsi que la grâce nécessaire pour aller jusqu’au bout de tout amour.

Jésus est exigeant, mais par ailleurs il ne déçoit jamais. Il nous demande tout, parce que lui-même a tout donné et continue de nous combler. Pour le recevoir, pour recevoir les flots de vie dont il veut nous inonder, il nous faut renoncer à nous-mêmes, c’est-à-dire renoncer à trouver en nous les fondations de notre bonheur, de notre perfection. Renoncer à cela, c’est accepter de porter notre croix et marcher à la suite du Christ.

Avant de se décider à suivre Jésus, et pour être sûrs d’arriver au bout, il faut repérer nos véritables ressources et nos véritables forces. Les deux petites paraboles que propose Jésus nous aide à comprendre que notre seule ressource, notre seule force, c’est finalement la présence du Seigneur en nous. Calculer ses ressources et ses forces revient en fin de compte à réaliser que bien des choses nous encombrent et à s’en débarrasser pour nous appuyer uniquement sur notre véritable richesse : l’amour du Christ. S’engager à la suite du Christ passe donc bien par un renoncement qui nous conduit à ne compter que sur le Christ, ne rien lui préférer c’est-à-dire ne rien mettre avant lui et tout orienter vers lui.

Jésus ne parle pas ainsi dans l’évangile pour nous effrayer ou nous décourager ; mais après avoir insisté sur l’urgence d’un choix résolu pour le Royaume, qui donne sens à notre vie, il nous invite instamment à prendre les moyens pour arriver au but en devenant ses disciples.

A suivre le Christ, on ne perd rien, on gagne tout, comme le soulignait Benoît XVI dans l’homélie de la messe d’inauguration de son pontificat : « Celui qui fait entrer le Christ dans sa vie ne perd rien, rien - absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Dans cette amitié seulement s’ouvrent tout grand les portes de la vie (...) Dans cette amitié seulement, nous faisons l’expérience de ce qui est beau et de ce qui libère. N’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien et il donne tout.»

Pour le dire autrement et pour terminer par une image, le Christ nous invite à ne pas succomber au syndrome de la chèvre de monsieur Seguin... Nous connaissons tous l’histoire. Nous croyons toujours que la liberté consiste à s’échapper, à aller courir dans la montagne, quitte à se faire manger par le loup, comme s’il n’y avait pas d’autre alternative que la liberté des grandes espaces au risque du loup, ou la sécurité de l’étable avec ses barrières et sa chaîne. Il y a une autre possibilité, celle de l’évangile précisément : que la chèvre, ou la brebis que nous sommes acceptent de s’attacher au Bon Berger. Jésus est le garant de notre liberté, il est la «porte», le chemin et la vie de son peuple. Nous n’avons pas à avoir peur de lui, ni même de ses exigences. Plus nous lui serons unis, attachés, plus notre personnalité s’épanouira, plus notre liberté s’affermira.

Demandons cette grâce dans l’eucharistie que nous allons célébrer. Le Seigneur s’est donné tout entier pour nous, il continue de se donner chaque fois que nous partageons le pain qui est son corps pour qu’à notre tour nous nous offrions à lui et à nos frères.

Amen.

22° dimanche ordinaire année C 01 septembre 2019

Lecture du livre de Ben Sira le Sage (3, 1718. 20. 2829)

Psaume 67 (68)

Lecture de la lettre aux Hébreux (12, 1819. 2224a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (14, 1. 714)

« Ils choisissaient les premières places… » 

-« Ne va pas t’installer à la première place… »

« Cède-lui ta place ! »

Plein de honte tu iras, prendre la dernière place.

 

« Va te mettre à la dernière place ! »

Il te dira : « Mon ami, avance plus haut »

 

Quiconque s’élève sera abaissé ;

et qui s’abaisse sera élevé. »

Occuper sa juste place ?

Comment savoir quelle est, et où est ma juste place ?

Ne dit-on pas « Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place » ou encore « À chacun sa place et chacun à sa place » à quoi réplique malicieusement la Sagesse lyonnaise : « Si tout un chacun prenait sa vraie place, ça en ferait un beau remue-ménage ! »

Plaisanterie à part, la question est là ! Notre monde n’est-il pas un gigantesque classement, étalonnage, triage… où civilisations, sociétés, religions, éducations, racismes de tout poil, ont catalogué, ordonnancé, classé, opposé les êtres et les choses selon sexes, origines, tailles, couleurs, situations sociales… et j’en passe. Nous savons, nous voyons ce que cela produit !

La liturgie de la parole de ce matin nous réoriente vers notre référence absolue : Dieu qui nous a créés à son image et ressemblance dans un monde qu’il fit bel et bon pour notre épanouissement. Là aussi nous connaissons la suite !

Il nous faut relire l’encyclique capitale du Pape François « Laudato si » -sous-titrée « sur la sauvegarde de la maison commune » qui analyse tout cela et nous conduit –sous peine de perdition totale et définitive, qui nous conduit au Christ, l’alpha et l’oméga, qui seul peut unifier la création et la porter à son terme ! comme nous le dit la lettre aux Hébreux : « Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle. »

Juste un extrait de cette encyclique : « Si tout est lié, l’état des institutions d’une so­ciété a aussi des conséquences sur l’environnement et sur la qualité de vie humaine : « Toute atteinte à la solidarité et à l’amitié civique provoque des dom­mages à l’environnement ». Dans ce sens, l’éco­logie sociale est nécessairement institutionnelle et atteint progressivement les différentes dimensions qui vont du groupe social primaire, la famille, en passant par la communauté locale et la Nation, jusqu’à la vie internationale. À l’intérieur de chacun des niveaux sociaux et entre eux, se développent les institutions qui régulent les relations humaines. Tout ce qui leur porte préjudice a des effets nocifs, comme la perte de la liberté, l’injustice et la violence. » n° 142

Frères et sœurs, c’est dans ce cadre-là qu’il nous faut entendre le premier texte de Ben Sira le Sage : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras…plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. La condition de l’orgueilleux –de l’égoïste- est sans remède, car la racine du mal est en lui. Qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute. »

Ce que résume le Christ par : « quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé. »

Quiconque s’élève ? « sa condition est sans remède, la racine du mal est en lui ! » nous dit la Parole de Dieu.

En somme, l’orgueilleux est un malade incurable : parce qu’il est « plein de lui-même», comme on dit, il a le cœur fermé. Comment Dieu pourrait-il y entrer ?

Le Christ a stigmatisé cette attitude dans la parabole du pharisien et du publicain qui montent tous deux au temple pour prier. (Lc 18) Rappelez-vous : Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.”

Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !”

Je vous le déclare dit Jésus : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

Qu’a fait le publicain ? Il s’est contenté d’être vrai. Dans le mot « humilité », il y a « humus » : l’humble a les pieds sur terre ; il se reconnaît fondamentalement petit, pauvre par lui-même ; il sait que tout ce qu’il a, tout ce qu’il est vient de Dieu. Et donc il compte sur Dieu, et sur lui seul. Il est prêt à accueillir les dons et les pardons de Dieu... et il est comblé. Le pharisien qui n’avait besoin de rien, qui se suffisait à lui-même, est reparti comme il était venu ; le publicain, lui, est rentré chez lui, transformé.

Allons-plus loin. La lucidité de l’humble le rend sage et cette sagesse lui libère tous les sens, désormais non plus centrés sur-lui-même mais ouverts sur l’autre, les autres comme autant de radars capables de capter les manques, les désirs, les besoins de ses frères et sœurs ! « L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute. » L’intelligence du cœur qui écoute, entend, voit et agit. Ainsi, en suivant son Maître et Seigneur « doux et humble de cœur », le Sage, l’Humble de Dieu y trouve sa joie au centuple et entre dans la prière de Jésus : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre d’avoir caché cela aux rusés et aux intelligents et de l’avoir révélé aux humbles et aux tout-petits. » (Mt 11/25 // Lc 10,21) Il rejoint aussi le chant d’action de grâce de Marie : « Il élève les humbles, il comble de biens les affamés. »

Cette réflexion que je mène avec vous, m’a renvoyé au thème d’année de Lourdes : « Bienheureux les pauvres ! » thème si bien vécu par la petite Bernadette -en religion sœur Marie-Bernard- dont nous fêtons le 175ième anniversaire de la naissance et le 140ième de la mort. Pour terminer, je vous offre cette prière écrite de sa main, intitulée : « Prière d’une pauvre mendiante à Jésus »

« Ô Jésus, donnez-moi, je vous prie, le pain de l'humilité, le pain d'obéissance, le pain de charité, le pain de force pour rompre ma volonté et la fondre à la vôtre, le pain de la mortification intérieure, le pain de détachement des créatures, le pain de patience pour supporter les peines que mon cœur souffre. Ô Jésus, Vous me voulez crucifiée -fiat- le pain de ne voir que Vous seul en tout et toujours. Jésus, Marie, la Croix, je ne veux d'autres amis que ceux-là ! Ainsi soit-il. »

Père Yves Bachelet

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20° dimanche ordinaire année C 18 AOÛT 2019
Lecture du livre du prophète Jérémie (38, 4-6. 8-10)
Psaume 39 (40)
Lecture de la lettre aux Hébreux (12, 1‑4)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (12, 49‑53)

On entend dire parfois, et on nous a peut-être dit : « Comme vous avez de la chance d’avoir la foi ! » sous-entendu : moi je ne l’ai pas, c’est comme ça. Sous-entendu encore : « pas de problème avec la foi, elle arrange tout, surtout lorsque frappe la mort. »
Il est vrai que dans l’épreuve, le doute, la désespérance, l’échec, la mort… brille et brillera toujours la lumière du Ressuscité, présence parfois bien obscure en nos ténèbres ! « Je suis avec vous, pour toujours jusqu’à la fin du monde ».
Mais où a-t-on vu que croire était quelque chose de facile, de lénifiant, d’arrangeant.
Ce n’est pas ce que nous dit la Parole aujourd’hui !
« Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !
Je dois recevoir un baptême, et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !
Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division… »
Paroles ô combien paradoxales. Une foi, une religion qui prêchent l’amour, la paix, la réconciliation et qui n’engendrent à travers les siècles que troubles, guerres, intolérances, persécutions. Combien ont payé de leur sang la fidélité à leur maître et Seigneur. Je ne parle pas ici de tous les dévoiements, les égarements, les crimes que l’on a perpétrés scandaleusement sous couvert de la foi en Christ. Je parle de celles et ceux qui ont vécu et crié les Béatitudes envers et contre tout, qui ont osé affirmer et défendre la dignité et la vérité des êtres et des choses quoi qu’il en coûte.
Le prophète Jérémie est de cette trempe-là. Personnage douloureux s’il en est, toujours entre le marteau et l’enclume, il lui faut annoncer de terribles évènements à venir, conséquences de l’inconduite et du manque de foi du peuple de Dieu : l’arrivée de Nabuchodonosor à la tête des Chaldéens, la prise et la destruction de Jérusalem, l’exil à Babylone. Plusieurs fois, Jérémie sauvera sa tête, comme le raconte le texte de ce jour. Mais toujours il restera fidèle à Dieu, porte-parole poignant de la souffrance même de son Seigneur qui ne supporte pas de voir son peuple meurtri : « Oui, mon peuple est fou : ils ne me connaissent pas. Ce sont des enfants stupides : ils n’ont pas de discernement. Ils sont habiles pour faire le mal, mais ne savent pas faire le bien. Je regarde la terre, et voici : c’est un chaos ; le ciel : il a perdu sa lumière. » Jr 4/22-23 mais encore : « Tu leur diras cette parole : Que mes yeux ruissellent de larmes nuit et jour, sans s’arrêter ! Elle est blessée d’une grande blessure, la vierge, la fille de mon peuple, meurtrie d’une plaie profonde. » Jr 14/17
Tous les prophètes nous ont préparé à entendre et à expérimenter la tendresse, l’amour de Dieu qui nous veut près de lui, comme le redit le prêtre à l’offertoire : « Puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. »
« Je suis venu apporter le feu, pas la paix mais la division… » murmure Jésus…
Les disciples sont prévenus avec clarté et précision. L’Évangile ne s’épanouit pas dans un climat douceâtre et lénifiant, où tous les conflits sont évacués, tous les angles arrondis. La charité elle-même est un combat contre toutes les formes de ténèbres qui subsistent au cœur de l’homme et dans la société. L’Évangile ne permet pas de compromis. Il nous faut alors savoir trancher et retrancher. L’heure n’est plus à l’hésitation, il faut choisir !
Le Christ veut l’unité de nos vies, de son Royaume mais pas à n’importe quel prix !

Aujourd’hui ce que dit Jésus trouve un écho dans bien des situations. La foi chrétienne comporte le témoignage et l’engagement dans les débats parfois tragiques qui concernent la paix, la santé, le partage des richesses et du travail, et toutes les questions d’éthique concernant la vie de son apparition à sa fin terrestre. La division existe plus que jamais dans bien des domaines, et de manières diverses suivant les pays. Jésus en parle en évoquant les relations familiales. C’est un domaine où elle apparaît de manière très forte aujourd’hui. Pas toujours, heureusement, sous la forme de divisions conduisant à des ruptures, mais en tout cas de divergences en ce qui concerne la foi et la manière de la vivre, qui peuvent conduire à des déchirements. Parents ou grands-parents désemparés devant l’impossibilité de transmettre la foi à leurs enfants, ou choqués de les voir fonder ailleurs que sur l’Évangile leurs choix religieux. Familles déchirées par les échecs conjugaux, etc.
L’auteur de l’épître aux Hébreux nous invite ce dimanche, à nous souvenir de ce qu’a coûté au Christ son « baptême », et à tant d’autres après lui : « nous sommes entourés d’une immense nuée de témoins... » Il nous rappelle que la foi est un appel au témoignage, à la résistance contre le mal. « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. »
Tout est dit ! Sur qui avons-nous les yeux fixés ici-bas ? Cela vaut la peine d’y réfléchir et d’y répondre une fois pour toutes !
À la fin de cette eucharistie, notre dernière prière sera celle-ci : « Par cette eucharistie, Seigneur, tu nous as unis davantage au Christ. Et nous te supplions encore. Accorde-nous de lui ressembler sur la terre et de partager sa gloire dans le ciel.”
Cette prière est lourde de conséquence si Dieu nous prend au mot car elle rejoint ce que le Christ disait à ses disciples et que la liturgie nous rappelle aujourd’hui : “Je suis venu apporter un feu sur la terre. Comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême. Comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli !”
Ainsi soit-il !
Père Yves Bachelet
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21° dimanche ordinaire année C 25 AOÛT 2019

Lecture du livre du prophète Isaïe (66, 18-21)

Psaume 116 (117)

Lecture de la lettre aux Hébreux (12, 5-7 ; 11-13)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (13, 22-30)

            « Des derniers premiers, des premiers derniers » voilà qui n’arrangerait pas les JO si c’était pris à la lettre ! Un sacré chamboulement ! Bah ! Le même que celui du Magnificat où tout est à l’envers ! « Il disperse les superbes ! Renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles ! Comble de biens l’affamé et renvoie les riches les mains vides ! »

Oui, dans le royaume de Dieu, les critères mis en œuvre ne sont pas nos critères. Ils sont ceux de Dieu !

Cette phrase, des premiers/derniers, nous la retrouvons dans deux autres situations : les apôtres qui ont tout quitté pour suivre Jésus et les ouvriers de la onzième heure.

            Comme aujourd’hui, dans chacun de ces cas, il s’agit de questions qui tournent autour du salut, c’est-à-dire de notre devenir ! Le mien, le vôtre. Comment nous en étonner puisque les juifs de cette époque sont persuadés de la fin des temps imminente et les disciples de Jésus eux-mêmes redoutent cette échéance. Faut-il rappeler que Luc nous a prévenus ! « Sitôt la Transfiguration, ayant révélé qu’il lui fallait beaucoup souffrir avant d’entrer dans sa gloire, comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem. » Et c’est au cours de ce périple, cet ultime périple qu’il délivre son enseignement pour que le moment venu, le troupeau ne bronche pas. Alors on la comprend cette question. « Seigneur, si tout ce que tu dis est vrai, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »

Sous-entendu, bien sûr on sera dedans ! Mais avec nous, combien d’autres ? La réponse de Jésus est immédiate, cinglante et une fois de plus, il retourne la requête. Combien ? Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite !

            Le questionneur parle comme si nous étions totalement passifs, comme si quelque décision divine destinait certains au salut et d'autres à leur perte. La question est au passif : « être sauvés », ce qui suppose l'existence d'une prédestination. Comprenons bien que rien ne se passe pour l'homme sans qu'il soit partie prenante, sans son désir, son choix ou tout au moins son assentiment. C'est pourquoi Jésus répond à cet homme « Vous, efforcez-vous d'entrer » (dans ce salut). Dieu propose mais l'homme dispose. Dieu donne, l'homme prend ou ne prend pas. Nous ne serions pas vraiment images de Dieu si nous n'étions pas libres de choisir notre « destin », notre avenir, notre devenir, d'accueillir ou de refuser la priorité absolue de l'amour. Ne nous y trompons pas : croire n'est pas un sentiment mais une décision. La réponse à un Amour. Souvenez-vous ! À Thomas qui doute, Jésus dit, avec une pointe de reproche : « Désormais, ne sois plus incrédule ! Mais croyant ! » Autrement dit, c’est ta liberté, ta volonté de croire !

            Nous sommes là en pleine confrontation entre le désir de Dieu de sauver sa créature et l’étonnante liberté de l’homme, celle qu’il nous accorde jusqu’à pouvoir le refuser, le rejeter, le renier… le tuer.

Le désir de Dieu, mais il est présent à chaque page de la Bible, c’est-à-dire de l’histoire de notre humanité : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » Jn 3/16

Quiconque… quiconque croit en lui !

Paul : « Car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. » 1 Tm 2/4 Tous les hommes soient sauvés…

            Mais je ne fais que répéter le premier texte d’Isaïe : « Moi, dit Dieu, je viens rassembler toutes les nations, de toute langue. Elles viendront et verront ma gloire ! Et, du milieu d’elles, j’enverrai des rescapés vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont rien entendu de ma renommée, qui n’ont pas vu ma gloire ; ma gloire, ces rescapés l’annonceront parmi les nations. » Il n’est pas question qu’un seul en réchappe… à cette Gloire !

Et la finale de l’Évangile de Luc en rajoute : « Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. »

Et c’est la conclusion fatale mais qui fait honneur à notre liberté et à la gloire de dieu : « Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »

Et nous voilà dans cette curieuse situation : nous sommes sauvés, l’amour de Dieu nous a réconciliés avec lui. C’est fait. « Venez, les bénis de mon Père ! Heureux les invités au repas du Seigneur ! » Et pourtant Matthieu nous avertit : 7/13-14 « Entrez par la porte étroite. Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent. Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent. »

            Est-ce que je veux mettre mes pas dans ceux du Christ avec tous les choix, les engagements, les dépouillements que cela suppose. Le Christ fait route vers Jérusalem, vers le don total, vers l’amour crucifié, la porte étroite du corps offert, du sang versé. Rien n’est acquis d’avance.

Le salut est une marche perpétuelle ! Une conversion permanente ! Une transfiguration incessante ! 

Dieu appelle tout homme, à toute heure du jour et de la nuit. Mais n’oublions pas qu’un jour, si nous tardons trop, ou si nous allons voir ailleurs, comme on dit, la porte étroite sera fermée !

“Seigneur, ouvre-nous !”, Dieu nous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes !”

On aura l’air malin ! Amen !

Père Yves Bachelet

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