5e Dimanche après Pâques Année B

Portez du fruit : grand refrain de la bible, depuis le premier moment où Dieu regarda Adam et Eve
comme ses propres fruits d'amour : « fructifiez ! » Gn 1/22). ll fut souvent déçu : « ma vigne ! je
comptais sur ses raisins, elle ne m'a donné que du verjus ». Mais, jusqu'au bout, il attendra nos
fruits.

Il attend des raisins d'amour. Dieu doit être
assez fier de voir les inventions de ses fils (notamment
dans le domaine de
la santé), mais il n'est pas fier de leurs guerres I ll nous a créés pour être tout de
suite et éternellement un peuple de gens qui s'aiment, voilà le fruit. Et voilà aussi nos difficultés.
Quand j'étais jeune, on chantait
« c'est si simple d'aimer ». Mais deux guerres, le Golfe, la torture
et l'inexorable montée de l'égoïsme nous apprennent que c'est très compliqué. Surtout si nous nous
lançons dans cette aventure en nous fiant
à nos propres forces, à notre sève. Il faut la sève de Dieu,
c'est la grande leçon que saint Jean nous inculque aujourd'hui : « le sarment ne peut rien produire s'il
ne tient pas à la vigne. Demeurez en moi, en dehors de moi vous ne produirez rien de bon ». Mais,
même branchés sur Jésus,
la vraie vigne, nous avons encore besoin du Père. Bon vigneron, il nous
travaille. Bien reçus, bien vécus,
les évènements sont ses mains. Que de fois nous devrions dire, au
lieu de nous plaindre ou de nous esquiver : « béni sois-tu » !

Nourris de bonne sève et émondés, encore faut-il faire fructifier notre vie, et arrive bien à sa place
notre effort. ll
sera fécond s'il est réaliste et décidé. Réaliste, cela veut dire que nous secouerons les
<< si ». Les vies au conditionnel ne portent pas de fruits. « Si j'étais autrement, si les autres, si la vie... »
Tout cela est parfaitement inutile, parce qu'il n'y a qu'une question utile : en ce moment, là où je
suis, comme je suis, et comme sont les autres avec qui je vis, quels fruits d'amour puis-je produire ?
Et tout de suite ! Après « si » le deuxième grand ennemi de notre fécondité c'est « demain ». Un mot
complètement étranger à I ‘Evangile où ne résonnent que les « aussitôt et les hâtes ». Dont la toute
première est celle de Marie, et cela me touche toujours : « Marie se mit en route et se rendit en
hâte au pays des montagnes » (Lc 1/39) ça y est, l'Evangile est lancé, la vigne va donner. Une autre
hâte, c'est celle de l'apôtre Paul. Après sa conversion, il parle avec assurance, au risque de se faire
arrêter par ses ennemis. « Malheur à moi si je n'annonce pas l'Evangile ». ll travaille hardiment à
l'édification de la communauté des chrétiens.

Et l'apôtre Jean, dans la deuxième lecture, nous rappelle ce devoir de nous aimer, non par des
paroles ou des discours, » mais en actes et en vérité ».

Frères, et notre vigne à nous ? Va-t-elle donner ? La nôtre donnera quand la hâte de produire
bousculera nos atermoiements : indécision, mollesse, supputations à I'infini, idée naïve mais indéracinable que demain sera plus favorable. Or, demain, c'est du vent ! Dieu qui est « l'aujourd'hui » nous a faits pour travailler les belles vignes de nos aujourd'hui.
Essayons de répondre dans le concret de nos vies.
André Auduc
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MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS
POUR LA 58
éme JOURNÉE MONDIALE
DE PRIÈRE POUR LES VOCATIONS

Saint Joseph: le songe de la vocation

Chers frères et sœurs !

Le 8 décembre dernier, à l’occasion du 150ème anniversaire de la proclamation de saint Joseph comme Patron de l’Eglise universelle, a commencé l’année spéciale qui lui est consacrée (cf. Décret de la Pénitencerie Apostolique, 8 décembre 2020). Pour ma part, j’ai écrit la Lettre apostolique Patris corde, dans le but d’« accroître l’amour envers ce grand Saint ». Il s’agit en effet d’une figure extraordinaire, en même temps « si proche de la condition humaine de chacun de nous ». Saint Joseph n’impressionnait pas, il n’était pas doté de charismes particuliers, il n’apparaissait pas exceptionnel aux yeux de celui qui le rencontrait. Il n’était pas célèbre et ne se faisait même pas remarquer : les Evangiles ne rapportent même pas une de ses paroles. Pourtant, à travers sa vie ordinaire, il a réalisé quelque chose d’extraordinaire aux yeux de Dieu.

Dieu voit le cœur (cf. 1 S 16, 17) et en saint Joseph, il a reconnu un cœur de père, capable de donner et de susciter la vie dans le quotidien. C’est à cela que tendent les vocations : susciter et régénérer des vies chaque jour. Le Seigneur désire modeler des cœurs de pères, des cœurs de mères : des cœurs ouverts, capables de grands élans, généreux dans le don de soi, compatissants en réconfortant les angoisses et fermes pour renforcer les espérances. C’est de cela que le sacerdoce et la vie consacrée ont besoin, aujourd’hui de manière particulière, en des temps marqués par des fragilités et des souffrances dues aussi à la pandémie, qui a suscité des incertitudes et des peurs concernant l’avenir et le sens même de la vie. Saint Joseph vient à notre rencontre avec sa douceur, comme un saint de la porte d’à côté ; en même temps, son témoignage fort peut nous orienter sur le chemin.

Saint Joseph nous suggère trois paroles-clé pour la vocation de chacun. La première est rêve. Tout le monde dans la vie rêve de se réaliser. Et il est juste de nourrir de grandes attentes, des attentes élevées que des objectifs éphémères - comme le succès, l’argent et le plaisir - ne parviennent pas à satisfaire. En effet, si nous demandions aux personnes d’exprimer en un seul mot le rêve de leur vie, il ne serait pas difficile d’imaginer la réponse : “amour”. C’est l’amour qui donne sens à la vie, parce qu’il en révèle le mystère. En effet, la vie, on ne l’a que si on la donne, on ne possède vraiment que si on donne pleinement. Saint Joseph a beaucoup à nous dire à ce sujet, parce que, à travers les rêves que Dieu lui a inspirés, il a fait de son existence un don.

Les Evangiles racontent quatre songes (cf. Mt 1, 20 ; 2, 13.19.22). C’étaient des appels divins, mais ils ne furent pas faciles à accueillir. Après chaque songe, Joseph a dû changer ses plans et se remettre en cause, sacrifiant ses projets pour satisfaire ceux, mystérieux, de Dieu. Il a fait confiance jusqu’au bout. Mais nous pouvons nous demander : "Qu’était un rêve nocturne pour y placer tant de confiance ? ". Bien que l’on y prêtât beaucoup d’attention dans le passé, ce n’était quand même pas grand-chose face à la réalité concrète de la vie. Pourtant saint Joseph se laissa guider par ses songes sans hésiter. Pourquoi ? Parce que son cœur était orienté vers Dieu, il était déjà disposé à son égard. Sa vigilante “oreille intérieure” n’avait besoin que d’un petit signe pour reconnaître la voix. Cela vaut également pour les appels qui nous sont adressés : Dieu n’aime pas se révéler de manière spectaculaire, en forçant notre liberté. Il nous transmet ses projets avec douceur ; il ne nous foudroie pas avec des visions éclatantes, mais il s’adresse avec délicatesse à notre intériorité, en se faisant intime à nous et en nous parlant à travers nos pensées et nos sentiments. Et ainsi, comme il le fit avec saint Joseph, il nous propose des objectifs élevés et surprenants.

Les songes, en effet, ont conduit Joseph dans des aventures qu’il n’aurait jamais imaginées. Le premier déstabilisa ses fiançailles, mais le rendit père du Messie ; le second le fit fuir en Egypte, mais il sauva la vie de sa famille. Après le troisième, qui annonçait le retour dans sa patrie, le quatrième lui fit encore changer ses plans, le ramenant à Nazareth, là même où Jésus allait commencer l’annonce du Règne de Dieu. Dans tous ces bouleversements, le courage de suivre la volonté de Dieu se révéla donc vainqueur. Il en est ainsi de la vocation : l’appel divin pousse toujours à sortir, à se donner, à aller plus loin. Il n’y a pas de foi sans risque. C’est seulement en s’abandonnant avec confiance à la grâce, mettant de côté ses propres programmes et son propre confort, qu’on dit vraiment “oui” à Dieu. Et chaque “oui” porte du fruit, parce qu’il adhère à un dessein plus grand, dont nous n’apercevons que des détails, mais que l’Artiste divin connaît et porte en avant, pour faire de chaque vie un chef-d’œuvre. En ce sens, saint Joseph représente une icône exemplaire de l’accueil des projets de Dieu. Mais le sien est un accueil actif : jamais défaitiste ou qui abandonne, il « n’est pas un homme passivement résigné. Il est fortement et courageusement  engagé » (Patris corde, n. 4). Puisse-t-il aider chacun, particulièrement les jeunes en discernement, à réaliser les rêves de Dieu pour eux ; puisse-t-il inspirer l’initiative courageuse de dire “oui” au Seigneur, qui toujours surprend et jamais ne déçoit !

Une seconde parole marque l’itinéraire de saint Joseph et de la vocation : service. Des Evangiles ressort la manière dont il a vécu en tout pour les autres et jamais pour lui-même. Le Peuple saint de Dieu l’appelle très chaste époux, révélant ainsi sa capacité à aimer sans rien retenir pour lui. En libérant l’amour de toute possession, il s’ouvrit en effet à un service encore plus fécond : son soin aimant a traversé les générations, sa garde attentive l’a rendu patron de l’Eglise. Il est aussi le patron de la bonne mort, lui qui a su incarner le sens oblatif de la vie. Son service et ses sacrifices ont été possibles, mais seulement parce qu’ils étaient soutenus par un amour plus grand : « Toute vraie vocation naît du don de soi qui est la maturation du simple sacrifice. Ce type de maturité est demandé aussi dans le sacerdoce et dans la vie consacrée. Là où une vocation matrimoniale, célibataire ou virginale n’arrive pas à la maturation du don de soi en s’arrêtant seulement à la logique du sacrifice, alors, au lieu de se faire signe de la beauté et de la joie de l’amour elle risque d’exprimer malheur, tristesse et frustration » (ibid., n. 7).

Le service, expression concrète du don de soi, ne fut pas seulement pour saint Joseph un idéal élevé, mais il devint une règle de vie quotidienne. Il s’employa à trouver et à aménager un logement où faire naître Jésus ; il se prodigua pour le défendre de la fureur d’Hérode en organisant un voyage rapide en Égypte ; il s’empressa de retourner à Jérusalem à la recherche de Jésus perdu ; il entretint sa famille en travaillant, même en terre étrangère. Il s’adapta, en somme, aux diverses circonstances avec l’attitude de celui qui ne perd pas courage si la vie ne va pas comme il veut : avec la disponibilité de celui qui vit pour servir. Dans cet esprit, Joseph accueillit les nombreux et souvent imprévus voyages de la vie : de Nazareth à Bethléem pour le recensement, puis en Égypte et encore à Nazareth, et chaque année à Jérusalem, bien disposé chaque fois à aller à la rencontre de circonstances nouvelles, sans se plaindre de ce qui arrivait, prêt à aider pour régler les situations. On peut dire qu’il a été la main tendue du Père céleste à son Fils sur la terre. Il ne peut donc qu’être un modèle pour toutes les vocations, qui sont appelées à ceci : être les mains laborieuses du Père pour ses fils et ses filles.

J’aime penser alors à saint Joseph, gardien de Jésus et de l’Eglise, comme gardien des vocations. De sa disponibilité à servir provient en effet, son soin dans la garde. « Il se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte » (Mt 2, 14), dit l’Evangile, indiquant sa promptitude et son dévouement pour sa famille. Il ne perdit pas de temps à réfléchir sur ce qui n’allait pas, pour ne pas se dérober à celui qui lui était confié. Ce soin attentif et attentionné est le signe d’une vocation réussie. C’est le témoignage d’une vie touchée par l’amour de Dieu. Quel bel exemple de vie chrétienne nous offrons lorsque nous ne poursuivons pas obstinément nos ambitions et que nous ne nous laissons pas paralyser par nos nostalgies, mais que nous prenons soin de ce que le Seigneur, à travers l’Eglise, nous confie ! Alors Dieu répand son Esprit, sa créativité, sur nous ; et il opère des merveilles, comme en Joseph.

En plus de l’appel de Dieu – qui réalise nos plus grands rêves – et de notre réponse – qui se réalise dans le service disponible et dans le soin attentif -, il y a un troisième aspect qui traverse la vie de saint Joseph et la vocation chrétienne, en rythmant le quotidien : la fidélité. Joseph est l’« homme juste » (Mt 1, 19), qui, dans le silence actif de chaque jour, persévère dans l’adhésion à Dieu et à ses plans. Dans un moment particulièrement difficile, il se met à “considérer toutes les choses” (cf. v. 20). Il médite, pondère : il ne se laisse pas dominer par la hâte, ne cède pas à la tentation de prendre des décisions hâtives, ne suit pas l’instinct et ne vit pas dans l’immédiat. Il cultive tout dans la patience. Il sait que l’existence ne s’édifie que sur une adhésion continue aux grands choix. Cela correspond à la douceur laborieuse et constante avec laquelle il a exercé l’humble métier de charpentier (cf. Mt 13, 55), pour lequel il n’inspira pas les chroniques du temps, mais le quotidien de chaque père, de chaque travailleur, de chaque chrétien au long des siècles. Parce que la vocation, tout comme la vie, mûrit seulement à travers la fidélité de chaque jour.

Comment s’alimente cette fidélité ? A la lumière de la fidélité de Dieu. Les premières paroles que saint Joseph s’est entendu adresser en songe furent l’invitation à ne pas avoir peur, parce que Dieu est fidèle à ses promesses : « Joseph, fils de David, ne crains pas » (Mt 1, 20). Ne crains pas : ce sont les paroles que le Seigneur t’adresse aussi, chère sœur, et cher frère, quand, malgré les incertitudes et les hésitations, tu ressens comme ne pouvant plus être différé le désir de lui donner ta vie. Ce sont les mots qu’il te répète quand, là où tu te trouves, peut-être au milieu d’épreuves et d’incompréhensions, tu luttes pour suivre chaque jour sa volonté. Ce sont les paroles que tu redécouvres lorsque, sur le chemin de l’appel, tu retournes au premier amour. Ce sont les paroles qui, comme un refrain, accompagnent celui qui dit oui à Dieu par sa vie comme saint Joseph : dans la fidélité de chaque jour.

Cette fidélité est le secret de la joie. Dans la maison de Nazareth, dit une hymne liturgique, il y avait « une joie limpide ». C’était la joie quotidienne et transparente de la simplicité, la joie qu’éprouve celui qui garde ce qui compte : la proximité fidèle à Dieu et au prochain. Comme il serait beau si la même atmosphère simple et radieuse, sobre et pleine d’espérance, imprégnait nos séminaires, nos instituts religieux, nos maisons paroissiales ! C’est la joie que je vous souhaite, frères et sœurs, qui avec générosité avez fait de Dieu le rêve de votre vie, pour le servir dans les frères et dans les sœurs qui vous sont confiés, à travers une fidélité qui est déjà en soi témoignage, à une époque marquée par des choix passagers et des émotions qui disparaissent sans laisser la joie. Que saint Joseph, gardien des vocations, vous accompagne avec un cœur de père !

Rome, Saint Jean de Latran, 19 mars 2021, Fête de Saint Joseph

François

Homélie vendredi saint 2021 - Montpont

Nous faisons mémoire aujourd’hui de la mort de Jésus sur la croix.

La mort suscite une angoisse que la foi ne supprime pas.

Jésus a connu cette angoisse. A Gethsémani, Il prie pour que s’éloigne la coupe de cette mort abominable. Mais il ne se laisse pas enfermé par cette angoisse. L’angoisse ne prend pas toute la place. Il continue à parler à son Père. Sa volonté humaine se coule peu à peu dans la volonté bienfaisante du Père.

La croix est l’instrument qui anéantit la logique de la mort. Cette logique conduit à la dissolution, à l’anéantissent, à la dislocation parce qu’elle sépare ce qui doit être uni. La logique de la mort est une logique de séparation. Le Christ lui ne sépare pas, il n’isole pas… il se donne tout entier !

Ainsi la mort est vaincue et la victoire communiquée aux disciples par le don de l’Esprit Saint « car Dieu a jugé bon quhabite en lui toute plénitude et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel » (Col 1,20).

Vénérer la croix du Christ, c’est accueillir notre guérison. La mort n’est plus le fin mot de l’histoire. Du cœur du Christ ouvert sur la croix jaillissent l’eau et le sang pour notre vie.

Au pied de la croix, nous sommes invités à vivre de la logique du Dieu vivant plus fort que la mort. Cette logique nous conduit à distinguer la lumière qui irradie, qui réunit, qui réchauffe… au cœur des situations douloureuses que nous connaissons.

Accueillons cette croix glorieuse comme l’instrument de notre salut : « Salut ô croix, notre unique espérance ! »

 

Homélie aube pascale 2021 - Montpont
Terre promise et Galilée…

De grand matin, le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine… se rend au tombeau dès le lever du soleil…! Elle prolonge la course du peuple de Dieu qui depuis la nuit des temps cherche à gagner la terre promise : à répondre à l’amour du Seigneur, à gouter enfin la paix.

Nous avons écouté le livre de la Genèse : Dieu a fabriqué un berceau admirable pour la naissance de l’humanité mais avec le péché, le projet merveilleux de Dieu semble avoir été mis en échec. Dieu ne reprend pas ce qu’il a donné : la vie ! Au contraire Il fait aboutir son dessein à travers les méandres de l’histoire et l’exercice de la liberté humaine.

Dans le livre de l’Exode, après le passage de la mer Rouge, la nuée lumineuse accompagne son peuple pour le guider la nuit au désert en direction de la terre promise, comme le cierge pascal, lumière du Christ nous guide ce matin. Mais quelle est notre terre promise ?

La terre promise est cet avenir accessible à lhomme où Dieu propose et donne sans réserve son amour et sa paix. Les femmes courent au tombeau pour honorer le corps défunt de Jésus mais une sourde espérance les anime. Elle découvre alors, dans l’éclair de la parole de l’ange que le Christ est ressuscité. Il est la véritable terre promise.

Le Christ ressuscité est la véritable terre promise. Elle est le Seigneur vivant, avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps.

Désormais il nous envoie, non pour gagner la terre promise mais pour l’annoncer. Et il nous envoie en Galilée… « Il vous précède en Galilée » (v. 7), dit lange.

Le Seigneur nous précède. Il est beau de savoir quil marche devant nous, quil a visité notre vie et notre mort pour nous précéder en Galilée, cest-à-dire dans le lieu qui pour lui et pour ses disciples rappelait la vie quotidienne, la famille, le travail. Jésus désire que nous portions lespérance là, dans la vie de chaque jour.

Mais la Galilée, pour les disciples, c’était aussi le lieu des souvenirs, surtout du premier appel. La Galilée c’est l’unique endroit du printemps de la vie, l’endroit des premières découvertes, l’endroit où dans la fraicheur de cette nouveauté, ils se sont donnés à lui et ont été reçus par une charité incomparable. Retourner en Galilée cest se souvenir davoir été aimés et appelés par Dieu. Nous avons besoin de reprendre le chemin, nous rappelant que nous naissons et renaissons dun appel gratuit damour. Cela est le point doù repartir toujours, surtout dans les crises, dans les temps d’épreuve, dans les années arides…

Mais il y a plus. La Galilée était la région la plus éloignée doù ils se trouvaient, de Jérusalem. Et pas seulement géographiquement : la Galilée était le lieu le plus distant de la Ville sainte. C’était une région peuplée de gens divers qui pratiquaient des cultes variés : c’était la « Galilée des nations » (Mt 4, 15).

Jésus envoie là, il demande de repartir de là. Quest-ce que cela nous dit ? Que lannonce de lespérance ne doit pas être confinée dans nos enceintes sacrées, mais doit être portée à tous. Parce que tous ont besoin d’être encouragés et, si nous ne le faisons pas nous, qui avons touché de la main « le Verbe de vie » (1 Jn 1, 1), qui le fera ? Quil est beau d’être des chrétiens qui consolent, qui portent les poids des autres, qui encouragent : annonciateurs de vie en temps de mort ! En chaque Galilée, en chaque région de cette humanité à laquelle nous appartenons et qui nous appartient, parce que nous sommes tous frères et sœurs, portons le chant de la vie !

Homélie Jour de Pâques 2021 - Cuisery
Tous frères !

[cf. Père Cantalamessa Triduum 2021]

Aujourd’hui nous accueillons une petite sœur dans la foi, Aliénor qui va recevoir le baptême.
La foi fait de nous des frères et sœurs, en vérité.
Mais qu’est-ce que la fraternité au juste ? A quelle fraternité sommes-nous appelés ?

Dans le Nouveau Testament, « frère » signifie – au sens premier du terme – la personne née du même père et de la même mère : Pierre est le frère d’André ; Jean est le frère de Jacques, et ainsi de suite. 

Deuxièmement, on dit que les « frères » sont ceux qui appartiennent au même peuple et à la même nation. Employant le titre de « frères », Paul s’adresse à ses auditeurs juifs, lorsqu’il parle dans leurs synagogues (Ac 13, 26), comme le fait Pierre le jour de la Pentecôte en s’adressant à la foule des juifs et des prosélytes (Ac 2, 29). Il est clair que dans ces contextes comme dans d’autres, le terme « frères » désigne des hommes et des femmes, des frères et des sœurs.

Lorsqu’on élargit son horizon, on en vient à appeler frère chaque personne humaine. Le frère est ce que la Bible appelle le « prochain ». « Celui qui a de la haine contre son frère … » (1 Jn 2, 9) signifie : celui qui a de la haine contre son prochain. Quand Jésus dit : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40), il désigne toute personne humaine ayant besoin d’aide.

Mais à côté de toutes ces significations anciennes et familières, dans le Nouveau Testament, le mot « frère » désigne de plus en plus clairement une catégorie particulière de personnes. Les disciples de Jésus sont entre eux des frères, ceux qui accueillent ses enseignements. Jésus leur dit : « Vous n’avez quun seul maître (...) et vous êtes tous frères (Mt 23, 8) et aussi : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? (...) Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mt 12, 48-50).

Ce n’est qu’après sa résurrection, que, pour la première fois, Jésus appelle ses disciples « frères ».

Dans cette ligne, la Pâque marque une étape nouvelle et décisive. Grâce à elle, le Christ devient « le premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). Les disciples deviennent frères dans un sens nouveau et très profond ; non seulement ils partagent l’enseignement de Jésus, mais aussi son Esprit, sa vie nouvelle de ressuscité.

Il est significatif que ce n’est qu’après sa résurrection, que, pour la première fois, Jésus appelle ses disciples « frères » : « Va trouver mes frères– dit-il à Marie de Magdala – pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ». (Jn 20, 17) Dans le même sens, l’auteur de la Lettre aux Hébreux écrit : « Celui qui sanctifie, et ceux qui sont sanctifiés, doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus na pas honte de les appeler ses frères » (He 2, 11). 

Après Pâques, c’est là l’usage le plus courant du terme « frère » ; il désigne le frère dans la foi, membre de la communauté chrétienne. Frères « de sang » ici aussi, mais du sang du Christ ! Un nouveau type de fraternité est apparu, qui ne remplace pas les précédents, mais les couronne. Nous sommes frères – non seulement à titre de création, mais aussi de rédemption ; non seulement parce que nous avons tous le même Père, mais parce que nous avons tous le même frère, le Christ, qui est le « premier-né d’une multitude de frères. »

À la lumière de tout cela, comment vivre en frères et sœurs ? On construit la fraternité exactement de la même manière que lon construit la paix, selon les mots du Saint-Père, cest-à-dire de manière « artisanale » ; en partant de tout près, de nous, et non de grands projets, avec des objectifs ambitieux et abstraits. Cela signifie que la fraternité universelle commence pour nous par la fraternité au sein de l’Église, au sein de notre paroisse. Ce qui risque de nous diviser, ce ne sont pas les enseignements de l’Eglise, ni notre accueil des sacrements, ou des ministères… c’est l’idéologie… !

Quelle joie aujourd’hui d’accueillir une petite sœur par la grâce du baptême.

Demandons au Seigneur la grâce de vivre en frères bien aimés. C’est ainsi que nous serons témoins de sa présence vivante et aimante dans le monde.

2ème dimanche du Temps Pascal *11 avril 2021

1re Lecture : Actes 4,32-35
« Personne ne manquait de rien »

Psaume 117
« Rendez grâce au Seigneur, il est bon ! Éternel est son amour ! »

2e Lecture : 1 Jean 5, 1-6
« L’Esprit est la vérité. »

Alléluia !
« Thomas parce que tu m’as vu, tu crois, dit le Seigneur.
Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! »

Évangile : Jean 20, 19-31
« Jésus souffle l’Esprit »

Frères et sœurs, ne trouvez-vous pas qu'en ces temps de Pâques, nous sommes les plus heureux des hommes tant nous sommes gâtés par la Parole de Dieu.

Tous ces textes qui nous parlent avec feu de la vie, de l'amour plus fort que toute mort, du mystère de notre Dieu qui ne cesse de grandir tant il est riche, du mystère de notre propre avenir et devenir qui ne cesse de resplendir tant il est profond et gros de promesses !

" Tout homme qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est vraiment né de Dieu…

Tout homme qui aime le Père aime aussi Celui qui est né de lui.

Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements…"

Permettez-moi de ne tirer que deux réflexions de toute cette richesse.

1/ Pâques nous renvoie d'emblée à la Genèse du monde, au tohu-bohu des origines, où la terre était informe et vide. Vide sidéral où Dieu va séparer la lumière des ténèbres, les cieux de la terre et des eaux. Vide sidéral que Dieu va peupler pour y placer en maître l'homme et la femme faits à son image.

Au petit matin, premier jour de la semaine, le vide du tombeau engendre le Vivant, nouvel Adam, « l'Astre d'en-haut qui n'aura plus ni levant ni couchant », comme l'a chanté l'Exultet – l’hymne au Cierge Pascal- Lumière du Ressuscité en nos ténèbres.

Et c'est le même soir, le soir de ce fameux premier jour de la semaine, que le Ressuscité se donne à voir à sa première communauté, verrouillée de peur.

"La Paix soit avec vous" "Recevez l'Esprit-Saint"

"Je vous envoie" "Ayez la vie, donnez la vie en mon Nom". "Pardonnez".

L'Esprit qui planait sur les eaux initiales féconde à nouveau cette jeune communauté et engendre l'Église, fondant pour toujours la foi hésitante de Thomas : le Ressuscité est bien le crucifié !

C'est en Église, c'est dans le rassemblement de la communauté le premier jour de la semaine que Jésus se tient debout, qu’il se révèle et se donne car il y est désormais présent, présent mais comme un pèlerin, un passager qui va plus loin dès qu'on le reconnaît au partage des écritures, au partage du pain. Et qui nous précède en Galilée !

Absent de la communauté lors de son rassemblement dominical, Thomas ne rencontre pas le Seigneur Ressuscité. Mais rejoignant cette toute nouvelle communauté huit jours plus tard, il ne peut que s’écrier : "Mon Seigneur et mon Dieu !"

Thomas nous montre irrésistiblement la marche à suivre pour être chrétien : respecter ce rendez-vous dominical qui enracine la vie chrétienne et authentifie l'amour des autres.

2/ Comme je viens de le dire, le rassemblement des chrétiens célèbre le jour où le christ est ressuscité d’entre les morts. C’est le jour professant la Foi en Jésus-Messie, en Jésus-Fils de Dieu, en Jésus-Christ, en Jésus-Sauveur où nous faisons aussi l'expérience vitale du partage, partage de la Parole et du Pain. Et la force de ce partage va nous amener à témoigner de Jésus-Ressuscité autant par nos paroles que par nos actes. C'est le récit idéal de la première communauté. On vient de l’entendre :

"Ils n'avaient qu'un seul cœur et qu'une seule âme. Avec une grande force ils portaient témoignage de la résurrection. Aucun d'entre eux n'était dans la misère. Ils mettaient tout en commun et chacun avait selon ses besoins." Oh, tout ne fut pas aussi simple. Dès le début on loue le geste de Barnabé qui vend un champ et en dépose le prix aux pieds des apôtres. Mais on dénonce aussi le comportement d'Ananie et Zaphire qui détournent une partie de la vente de leur propriété. Introduisant le mensonge et la dissimulation dans la communauté, ils cassent la communion car, dit St Pierre, ce n’est pas à la communauté qu’ils mentent mais à Dieu, à l’Esprit Saint. Ils commettent, dira quelqu’un, le "péché originel de l'Église naissante !"

Notre expérience quotidienne nous dit bien que c'est ici un point crucial. Tout homme éprouve des sentiments nobles et généreux. La difficulté est bien de traduire ces sentiments dans des actes. Or l'acte qui traduit le plus fortement le désir de vie fraternelle, c'est bien le partage.

La communauté de foi est fondée sur l'Eucharistie où Jésus se livre à tous, se partage avec tous, à tous offrant le pardon de ses péchés, l’admirable miséricorde divine que nous célébrons tout spécialement aujourd’hui.

Le partage exprime la nature même de l'être chrétien, de la vie chrétienne. Sa traduction au niveau du partage concret de tout ce que nous pouvons posséder n'est donc pas une invitation facultative, elle est la vérification de l'authenticité de notre foi chrétienne.

Le partage, maître-mot qui nous est rappelé sans cesse ! le partage, pas de notre superflu, mais de notre nécessaire ! Faut-il préciser que tous ces biens dont nous parlons ne sont pas forcément que matériels. Ne sommes-nous pas remplis de tant d’autres richesses, d’autres charismes, d’autres dons, de savoir-faire, de sagesse, de temps, de disponibilité dont nous pourrions faire profiter les autres !

La misère, sur tous les plans, de notre monde d'aujourd'hui est le plus grand scandale de tous les temps qui crie à la face du Père comme jadis les plaintes de son peuple retenu en esclavage en Égypte.

Frères et sœurs, il n'y a pas le choix. Il n'y a qu'un commandement ! nous le connaissons ! Une seule foi, un seul baptême, un seul Christ, un seul amour qui nous dit sans cesse et toujours : « Aimez-vous comme je vous ai aimés ». Restons avec cette supplication de Paul aux Philippiens : "Frères, ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus."

L'Esprit de notre baptême, de notre confirmation, de la Pentecôte à venir saura bien nous dire la marche à suivre, en un mot la ou les conversions à opérer. AMEN !

Père Yves BACHELET

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5ème dimanche de carême B * 21 mars 2021

1re lecture : Jérémie 31,31-34
« J’inscrirai ma loi sur leur cœur. »

Psaume 50
« Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu »

2e lecture : Hébreux 5,7-9
« Le Christ est devenu la cause du salut éternel »

Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi !
« Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive, dit le Seigneur, et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur.

Évangile : Jean 12,20-33
« L’heure est venue où le Fils de l’Homme doit être glorifié ! »

Les rites d’alliance, notamment pour signifier un amour humain, sont très variés de par le monde : certains marquent leur corps d’un tatouage indélébile, comme le cœur inscrit dans l’écorce douloureuse des arbres ; d’autres, comme les indiens, échangent leur sang en se liant les poignets. Nous, nous connaissons surtout l’échange des alliances au cours du rituel du mariage, en promesse de fidélité : « voici quelle sera mon alliance que je conclurai avec la Maison d’Israël-dit Dieu- je mettrai ma loi d’amour au plus profond d’eux-mêmes et je l’inscrirai dans leur cœur ; je serai leur Dieu, ils seront mon peuple. »

Et sans cesse Dieu rappelle son alliance et invite l’homme pécheur à sortir de son indifférence ou de sa passivité. Oui, le semeur est sorti pour semer sa semence, celle du Royaume de Dieu, celle du règne de l’amour : il s’appelle Jésus ! Jésus est non seulement le semeur « sorti » de Dieu, le Verbe fait chair, mais il est aussi la semence qui doit être jetée en terre pour la féconder.

C’est la parabole du grain de blé de l’Évangile de ce jour… nous connaissons tous l’histoire du grain de blé. Il n’est pas fait pour rester longtemps enfermé dans un sac dans un grenier : ou bien il est moulu pour devenir farine et servir de nourriture à consommer par les hommes, ou bien il est jeté en terre, à la saison, afin de prendre racine et de donner du fruit en abondance.

L’histoire du grain de blé, c’est déjà celle de Jésus. Chaque instant de sa vie, à cause de ses choix et de son désir de faire la volonté du Père, il est devenu réponse d’amour, don total de tout ce qu’il est. À travers son attention aux pauvres, son service des petits, des malades et le don incessant de sa Parole reçue ou rejetée, Jésus ira jusqu’au bout de lui-même ; il est ce grain de blé jeté en terre, portant en lui-même les fruits de sa résurrection.

L’histoire du grain de blé, frères, c’est aussi notre histoire : à la suite de Jésus, nous sommes conviés à faire des choix, à poser des actes qui fassent grandir le monde de Dieu dans le monde des hommes. Là où se trouve la haine, que nous mettions l’amour là où se trouve la tristesse que nous apportions la joie ; là où se trouve l’erreur que nous disions la vérité, là où règnent les ténèbres que nous apportions la lumière… avec François d’Assise, avec la multitude des témoins de la foi, avec tous ceux qui se donnent de la peine pour construire le monde de Dieu dans la recherche de la justice et de sa paix, Dieu nous invite à donner, à nous donner tout entiers : « si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul, mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruits ».

Dans le contexte actuel de notre société, ces paroles prennent un relief particulier. Quand on regarde le monde, on constate souvent combien il est malade d’égoïsme, d’injustice, de déséquilibre entre nations riches et pauvres. Et cela est vrai aussi entre riches et pauvres de chez nous. Le CCFD, auquel les paroisses sont invitées à offrir la quête d’aujourd’hui, est bienvenu pour élargir notre conscience. Il nous invite au partage -une des trois dimensions du carême- : partage avec d’autres peuples, au service du Développement, de la promotion et de la dignité de l’homme. Puissions-nous, par ces gestes de partage, réactualiser l’alliance de Dieu qui continue à inscrire sa loi d’amour dans nos cœurs. Amen !

Père André AUDUC

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