Homélie pour la sainte Famille année C 2021


Bien chers frères et sœurs, bien chers amis, ce matin nous avons la joie et l’honneur de nous retrouver de nouveau pour célébrer ensemble l’Eucharistie ! Ce doux sacrement qui fortifie l’unité et la communion de notre communauté locale.
Nous célébrons aussi, comme chaque année à cette période, la sainte famille de Nazareth: Marie, Joseph et l’Enfant-Jésus !
Et les textes nous redisent cette force qu’est la consécration familiale que le Seigneur de l’univers propose à chaque famille, en tant qu’Eglise domestique, comme nous pouvons nommer chaque famille.
Alors, que peut bien vouloir nous dire le Seigneur aujourd’hui ?
Nous avons entendu dernièrement cet appel pressant du pape François qui nous demande de lui dire à quel genre d’Eglise nous rêvons !
Les crises profondes traversées ces dernières années nous poussent en effet à inciter l’Eglise à vivre un profond changement ! Pas un simple relooking de surface, mais une refonte sérieuse, sous peine de perdre toute légitimité à témoigner de l’amour de Dieu !
Et la sainte Famille pourrait bien avoir des choses importantes à nous dire !
Nous savons qu’étant donné sa composition et l’enracinement de son identité dans ce que nous pouvons appeler « une spiritualité conjugale », discrète et féconde, la sainte Famille porte en elle-même un virus capable de bouleverser la vie des baptisés que nous sommes !
Essayons de mettre en lumière dans cette « spiritualité conjugale », quatre piliers, grâce à leur exemple en tant qu’Eglise domestique:
Le 1er pilier, la gratitude: gratitude envers Dieu et envers la vie en général. Nous ne pouvons pas imaginer Marie, Joseph et Jésus, ne pas remercier Dieu pour toute chose. Pour le pain quotidien, pour l’amour familial régnant entre eux, pour le travail qui leur donne de quoi vivre simplement et qui leur accorde des relations sociales, riches et durables avec leur prochain. La gratitude.
Le deuxième pilier, la confiance : confiance en la Parole de Dieu qu’ils écoutent et connaissent parce qu’ils l’ont côtoyée avec amour depuis leur enfance. Et en laquelle ils font confiance. L’écoute de la Parole de Dieu et l’écoute mutuelle puisque Dieu parle aussi par ceux avec qui nous vivons et par ceux que nous rencontrons au quotidien. La confiance.
Le troisième pilier : le service du prochain. Un bien beau charisme, empreint de chasteté, de
respect, de coopération et de délicatesse. Oui, combien devaient être touchés, émerveillés les concitoyens de la sainte Famille devant la grandeur d’âme de cette mère de famille, de cet artisan, de cet adolescent, toujours disponibles aux autres, dans la simplicité et la bonté naturelle. Le service : créatif et inventif.
Le quatrième pilier, la fidélité unie au courage. Deux forces puisées dans la prière et éprouvées dans les multiples obstacles et épreuves rencontrées, comme l’évangile de Matthieu et de Luc nous le disent ! Le courage de s’abandonner à Dieu et à son Amour, et la fidélité à nos engagements : deux forces reçues du Saint-Esprit, quand nous les lui demandons !
En conclusion à cette sobre homélie, redisons-nous que nous avons à côtoyer de près cette
sainte Famille ! Elle est porteuse d’un heureux virus de sainteté !
Alors, soyons donc des « cas contact », prêts à transmettre, par notre témoignage de vie simple et joyeuse, ces quatre variants principaux :

- La gratitude envers la vie.

- La confiance en la Parole de Dieu, vivante et agissante.

- L’esprit de service, créatif et inventif.

- Et la fidélité et le courage pour marcher dans un monde encore trop peu
accueillant à la Lumière véritable. Amen

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21° Dimanche du Temps Ordinaire – 22 août 2021

Livre de Josué Jos 24, 1-2a.15-17.18b)
« Nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu »

Psaume 33
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur

Lettre de St Paul aux Éphésiens Ep 5, 21-32
« Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église »  

Alléluia. Alléluia.

"Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie ; tu as les paroles de la vie éternelle."
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon St Jean Jn 6, 60-69
« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle »


Autrefois lorsque des tribus avaient décidé de faire alliance, elles se rassemblaient en pleine nature. Le prêtre saisissait un tesson d'argile. Au cours de la célébration, il le cassait sur un rocher en autant de morceaux qu'il y avait de tribus. Et chaque chef de tribu recevait alors la part qui lui revenait. Lors de l'assemblée suivante, chaque tribu devait apporter son morceau de tesson. Au cours de la célébration de l'alliance le prêtre rassemblait tous les morceaux afin de reconstituer le tout.

Ceci est à l'origine du mot "symbole" (en grec sun-bollon = littéralement avec son morceau).

Nous avons gardé ce mot "symbole" pour désigner notre Profession de Foi appelée "symbole des apôtres" chaque chrétien étant invité à offrir sa part.

  • Dans la première lecture que la Bible appelle volontiers l'Assemblée de Sichem, Josué réussit à rassembler toutes les tribus : celles qui ont vécu le départ d'Égypte et la traversée fameuse de la Mer Rouge, et celles qui n'avaient jamais quitté le pays d'Israël. Elles sont de même culture, voire même de cultures différentes. Et Josué dit au peuple rassemblé : "Choisissez aujourd'hui qui vous voulez suivre : moi et les miens – ajoute-t-il – nous voulons servir le Seigneur ! "

Cette question de confiance va provoquer une véritable Profession de Foi. "Plutôt mourir que d'abandonner le Seigneur."

  • À sa manière dans la deuxième lecture, l'Apôtre Paul réveille la foi des Éphésiens au Christ et à l'Église.

Puisque vous avez fait le choix du Christ, leur dit-il, vivez-en toutes les conséquences dans votre vie quotidienne, à commencer par la vie de couple. Apprenez à vivre une dépendance d'amour qui vous conduise au respect réciproque.

  • L'Évangile enfin reprend le même thème. Le Christ vient d'affirmer avec force des paroles pas très bien comprises par beaucoup : "Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle."

L'Évangile nous dit que beaucoup de disciples à l'écoute de ces paroles s'écrièrent : "cela est intolérable… Comment peut-il donner son corps à manger ?" Et ils le quittaient.

Ils n'avaient pas compris que les paroles de Jésus sont Esprit et Vie. Il ne nous invite pas à être des anthropophages mais à accueillir son Corps de Ressuscité.

"Quand tu communies- disait St Augustin- tu deviens ce que tu es : le Corps du Christ." C'est pourquoi dans l'Évangile, Jésus pose -comme Josué- la question de confiance à ses disciples : "Voulez-vous partir vous aussi ? "

Ce qui provoque la fameuse profession de Foi de Pierre : "Seigneur vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les Paroles de la vie éternelle ! Quant à nous, nous croyons et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu".

Le Christ n'aura pas donné sa vie pour rien. Regardez le grain de blé : enfoui dans la terre, il meurt… et de sa mort jaillit une vie multipliée par 10, 30, 50 ou cent.

Le Christ, lui aussi, est mort seul, lui, le Fils unique et Dieu le Père l'a ressuscité en multitude. Le Christ, tête d'un Corps aux dimensions de l'humanité, s'entraîne à renaitre par le bain du baptême et en Parole de Vie.

Ce Corps aujourd'hui, c'est moi, c'est vous, et nous voilà tous appelés à la Vie éternelle dans le sillage du premier-né d'entre les morts.

Cette Église-Espérance faite de médiocres et de saints, Jésus l'a aimée passionnément. Il voulait se la présenter à lui-même, resplendissante, sans taches ni rides ni défauts. Il la voulait sainte et irréprochable, nous donnant ainsi la mesure de l'Alliance rêvée par Dieu depuis la création du premier couple humain à son image et à sa ressemblance.

Cette Église, notre Église c'est nous tous aujourd'hui avec notre poids de péché et notre sainteté ; en célébrant l'eucharistie, le Christ renouvelle sans cesse l'Alliance qu'il a scellée dans son sang.

En disant dans un instant le "Je crois en Dieu", pensons à la part, au morceau de tesson que nous apportons, car nous sommes ensemble le Corps du Christ et demandons au Ressuscité de raviver la foi de tous et de chacun. Amen !

Père André AUDUC

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22° Dimanche du Temps Ordinaire ** 29 août 2021

Lecture du livre du Deutéronome Dt 4, 1-2.6-8
"Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne… vous garderez les commandements du Seigneur "

Psaume 14 , 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5
"Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? "

Lecture de la lettre de saint Jacques 1, 17-18.21b-22.27
"Mettez la Parole en pratique"

Alléluia. Alléluia.
"Le Père a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures."
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 7, 1-8.14-15.21-23
"Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes."

Quand nous lisons les Évangiles, nous rencontrons souvent le terme "pharisiens". Nous savons que Jésus ne s'entendait pas bien avec ces gens-là, mais nous ne les connaissons guère. À l'époque de Jésus, les Juifs ne vivaient pas tous en Palestine. Beaucoup habitaient l'étranger, parfois loin de Jérusalem. Ils se réunissaient dans des synagogues et priaient en grec plutôt qu'en hébreu. L'éloignement géographique les rendait solidaires entre eux, très attachés à leur foi et à la pratique de la loi de moïse. Ils y étaient encouragés par les pharisiens. Jésus n'a pas rencontré de Juifs extérieurs à son pays, quelques-uns sans doute à l'occasion des pèlerinages. Par contre, pendant sa vie publique, il a sillonné la Galilée et la Judée. C'est là surtout qu'il a été aux prises avec les pharisiens. En règle générale, ces personnes très pieuses et très pratiquantes, avaient une connaissance approfondie des Écritures. Elles enseignaient les enfants qui apprenaient à devenir de bons juifs. Elles prêchaient dans les synagogues. Les populations les respectaient et les craignaient car elles se montraient hautaines et jouaient volontiers les redresseurs de torts. À Jérusalem, autour du temple, les pharisiens avaient une influence considérable, à tel point qu'ils faisaient partie, pour les plus connus, du fameux sanhédrin : une assemblée de notables présidée par le grand prêtre et qui régissait la vie religieuse d'Israël. Aux yeux de ces gens-là, Jésus apparaissait comme un personnage à surveiller de près, trop libre dans ses paroles et dans ses gestes. On lui reprochait d'enseigner les foules alors qu'il n'avait pas étudié dans les grandes écoles et qu'il venait de Nazareth, un village insignifiant. Jésus n'est pas entré en conflit avec les pharisiens par esprit de provocation mais bien parce qu'il n'était pas d'accord avec leurs pratiques. En effet, ces gens-là ne se contentaient pas des 10 commandements mais ils observaient des pratiques minutieuses qui régentaient les moindres détails de la vie quotidienne. D'ailleurs les braves gens se perdaient dans la forêt des interdits et des obligations… Dans le débat qui oppose Jésus aux pharisiens, un mot revient souvent : le cœur. "C'est du dedans du cœur de l'homme que sortent les pensées perverses…" s'écrie Jésus. En clair, vous faites la guerre à mes disciples sur la propreté des mains et sur ce qu'ils mangent. Vous feriez mieux de vous intéresser à leur cœur : ce qu'ils pensent, ce qu'ils souhaitent, leur attachement aux biens et aux personnes qui souffrent. Pour Jésus comme pour les prophètes, Dieu regarde le cœur. Jésus invite donc les siens à aimer Dieu notre Père de toutes leurs forces et à aimer leur prochain. En clair, ce n'est pas la nourriture qui a de l'importance, c'est ce qui sort du cœur de l'homme. Et là, le Christ se montre sévère. Il énumère les inconduites, les violences, la volonté du pouvoir, l'orgueil et la jalousie. Pour Jésus, en se tournant vers Dieu et en servant ses frères, l'homme accomplit son destin. C'est cela la volonté de Dieu. Saint Jacques, dans le texte que nous avons lu tout à l'heure, insiste à sa manière :" Accueillez la Parole de Dieu semée en vous. Mettez-la en pratique. Ne vous contentez pas de l'écouter".

Auj0urd'hui, les querelles entre Jésus et les pharisiens semblent loin de nos préoccupations. Les siècles ont passé. Le monde a changé et continue de changer. Cependant, la Parole de Dieu ne vieillit pas. Elle s'adresse à chacun. Elle franchit les frontières. Elle pénètre les cultures. Elle parle toutes les langues. Jésus nous questionne : "Toi, le moderne, est-ce que tu accueilles la Parole de Dieu ? Est-ce que tu ouvres l'Évangile ?" Au moment de la profession de foi, nombre d'entre nous avons reçu un texte des Évangiles, parfois même une Bible complète. Est-ce que ce cadeau prend la poussière sur une étagère ? Avons-nous envie de savoir, comprendre et partager ? Certes, il y a l'Évangile du quotidien ; il s'exerce au travers de nos relations de famille, de travail, de voisinage, de loisirs. Mais il est souvent déconnecté de la source car on en prend et on en laisse. Il arrive que les soucis habituels nous envahissent à tel point que nous ne savons pas clairement où nous en sommes. C'est là que la Parole prend sens, là qu'elle nous rejoint si nous voulons la laisser pénétrer dans notre cœur. Nous vivons dans une société inquiète. Il y a de quoi, les événements internationaux nous préoccupent. Plus près de nous, nous voyons la violence s'installer un peu partout, même à la campagne. Les jalousies, les envies, la dictature de l'argent ne sont pas que des mots. Nous savons qu'elles font des victimes. Oui, ce qui sort du cœur de l'homme n'est pas toujours de qualité ! Laisser entrer la Parole de Dieu, découvrir la présence aimante de Jésus, c'est un enjeu majeur. Nous craignons que la fidélité à l'Évangile nous mette à contre-courant de la société. Mais c'est inévitable ! C'est dans ce malaise, cette prise de conscience que commence la mission. En nourrissant nos cœurs et nos intelligences, la Parole fortifie nos résolutions et nous aide à assumer notre identité de chrétiens. Cela mérite réflexion de notre part…

Hier et avant-hier, dans l'Église, nous avons honoré deux membres d'une même famille, la mère et le fils : Monique et Augustin. Le fils est très connu. C'est un des plus grands penseurs de l'Antiquité, un écrivain de génie, un évêque qui jouit encore d'une grande influence. Avant de devenir évêque, il est devenu chrétien. Il a mené une vie dissipée. Il a longtemps cherché sa voie. Le jour où il a donné son cœur à Jésus a été déterminant. Sa vie a basculé. Bien vite les chrétiens d'Hippone, en Algérie, où il vivait, ont discerné ses qualités. Il est devenu leur évêque. Sa mère, Monique, était une personne de grande foi. Elle souffrait de l'attitude de son fils. Elle l'observait dans ses tâtonnements et sa recherche. Elle priait sans cesse pour lui. Monique a été exaucée. Elle a vécu le baptême d'Augustin comme une fête. Cette mère et ce fils étaient des gens de leur époque, le 4ième siècle, bien insérés dans la société. La Parole de Dieu a illuminé leurs vies. Du dedans de leur cœur sont sortis l'amour et le service. Leur histoire est un peu la nôtre.

Père Georges AUDUC

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8 août 2021-19ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B

Lecture du premier livre des Rois (1 R 19, 4-8)
« Fortifié par cette nourriture, il marcha jusqu’à la montagne de Dieu »

Psaume (Ps 33)
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !

Lecture de la lettre de St Paul aux Éphésiens (Ep 4, 30 – 5, 2)
« Vivez dans l’amour, comme le Christ »

Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel,
dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement.
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 6, 41-51)


D’après des sondages, les Français seraient le peuple le plus râleur au monde.  Selon une étude, nous nous plaindrions 15 à 30 fois par jour. Tout prétexte serait bon pour se plaindre : en tête bien sûr le gouvernement, la pandémie, les vaccins, le pass, la météo, les impôts, les embouteillages, les salaires, l’informatique toujours en panne, la SNCF… Serions-nous d’éternels insatisfaits ? A côté du Schtroumpf Grognon, du Nain Grincheux, il y aurait le Français Râleur !

Ce matin, par la liturgie de la parole, nous apprenons qu’il y a aussi le peuple de Dieu qui râle ! Tout le peuple de Dieu, depuis les Hébreux jusqu’aux chrétiens :

Première lecture : « le prophète Élie marcha toute une journée dans le désert, vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson et demanda la mort en disant : « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. » Puis il s’étendit sous le buisson, et s’endormit. »

Deuxième lecture : Paul aux Ephésiens : « Frères, n’attristez pas le Saint Esprit de Dieu : Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté. »

 L’Evangile : « En ce temps-là, les Juifs récriminaient contre Jésus parce qu’il avait déclaré : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel. »  Ils disaient : ‘nous le connaissons…. comment peut-il dire : « je suis le pain du ciel ? »’ Jésus reprit la parole et dit : « Ne récriminez pas entre vous… »

Bien des fois, dans son histoire, le peuple s’est rebellé contre Dieu, lui a cherché querelle, l’a contesté, provoqué, a ruminé et s’est révolté contre lui pour reprendre les expressions de la Bible. On l’a appelé le peuple des murmures. Les textes, qui racontent cela, sont très nombreux et désastreux dans la relation de Dieu et de l’humanité, du Père et des enfants que nous sommes !

Ce murmure, il nait lorsque le Satan insuffle et distille le premier mensonge à l’oreille de nos premiers parents : « Vous serez des dieux ! »

Murmurer, c’est dire des choses à voix basse et non pas en face, mais « entre vous » comme dit Jésus. C’est déjà répandre des rumeurs, les fake news d’aujourd’hui, c’est entretenir le trouble et la division, c’est se complaire dans le négatif stérile, c’est étaler sa rancœur et s’enfermer dans le mensonge. C’est en définitive refuser la vérité, l’amour et se condamner à périr. St Paul nous dit : « Agissez, en tout, sans murmures ni contestations ! » Ph 2/14

Pourquoi cette résistance dans nos relations fraternelles déjà avec les autres mais à plus forte raison avec notre Père commun ? Pourquoi sinon parce que nous portons au cœur cette blessure qui, un jour, par le péché des origines nous a fait douter de l’amour absolu de Dieu, amour que nous avons pris pour un manque de liberté. Terrible maldonne, terrible malentendu !

Si Elie, dans le premier texte, se réfugie dans le désert, fuyant la colère de la reine Jézabel, c’est qu’il se rend compte qu’il a été un mauvais prophète. Il a failli à sa mission et par ses actes, ses décisions il a annoncé un Dieu terrible, éliminé ses opposants, exigé des preuves de la présence et de la puissance de Dieu. Il se souvient de la Parole du Deutéronome : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ! » Dt 6/16. Elie a mis Dieu à l’épreuve… Lui, le prophète, il s’est conduit comme le peuple rétif qui murmurait contre Dieu et l’obligeait à se manifester. (Voir 1 Livre des Rois 18 et 19)

Or voilà qu’au sein même de sa fuite et de sa détresse, il découvre un Dieu de compassion, il fait l’expérience d’un Dieu de compassion : l’ange du Seigneur, autrement dit Dieu lui-même qui lui apporte nourriture pour survivre dans cette longue marche trop longue pour lui seul.

« Debout ! Mange ! » et à nouveau : « Debout ! Mange ! Car le chemin est trop long pour toi ! »

Ces deux fois indiquent la conjonction des registres humain et divin… Il y a un repas pour restaurer l’humanité, un autre pour insuffler à la chair, la force de Dieu !

Fort de cette nourriture, Elie marche 40 jours, 40 nuits pour parvenir à la rencontre suprême, au sommet de l’Horeb. Il met ses pas dans ceux de Moïse. Leur rencontre avec Dieu, à tous deux, va transfigurer leur chair : Moïse rayonne au point de mettre un voile sur son visage tandis qu’Elie est enlevé au ciel dans un tourbillon de feu.

Avant-hier, nous avons fêté, la transfiguration du Seigneur. Sur une haute montagne qui rappelle l’Horeb, près de Jésus, écrit Marc, il y a Moïse et Elie.

Pierre, Jacques et Jean deviennent les témoins absolus et définitifs de l’identité du Dieu Trinité. C’est bien le même être qui se révèle PERE au buisson ardent et FILS en présence de Moïse et d’Elie eux-mêmes acteurs et témoins de cette aventure et expérience spirituelle qui peut, qui doit être la nôtre aujourd’hui.

Où en sommes-nous dans notre découverte de Dieu ? Sommes-nous passés du Dieu de colère, de vengeance, d’autorité, de puissance, au Dieu d’amour ? Où en sommes-nous dans notre foi en l’Eucharistie, action de grâce, merci pour le pain sacré, le pain de vie éternelle, le pain de résurrection ? Sommes-nous capables, nous rendons-nous capables d’entendre et de comprendre ces paroles de vie du Christ qui veut nous emmener plus loin que le nez dans notre misère, dans notre péché, dans notre suffisance. Voulons-nous y croire ?

« JE SUIS » avait dit Yahvé au buisson ardent. 13 siècles plus tard, le Fils reprend les mêmes mots en trois affirmations : « Moi, je suis le pain descendu du ciel/Moi, je suis le pain de la vie/Moi, je suis le pain vivant ! »

Ces mots, Il les prononce avec la puissance de l’autorité et de la tendresse, de la compassion, (celui qui souffre avec), ces mots il les révèle et en même temps, il SE révèle aux affamés qui le cherchent et qui l’ont rejoint dans cet ailleurs, dans cet au-delà de l’autre rive ! Mots qui provoqueront la colère des Juifs et aussitôt après le départ de nombre de ses disciples : « Ils se retirèrent et cessèrent de l’accompagner » écrira Jean.

Frères et sœurs, qu’allons-nous faire, décider pour notre avenir. Paul, dans l’épitre, nous invite au pardon, à la générosité et à la tendresse. « Imitez dieu puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous ! »   AMEN !

Père Yves Bachelet

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