07 MARS 2021 ** 3ème DIMANCHE DE CARÊME ANNÉE B

 

1re Lecture : Exode 20/1-17
« Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi »

Psaume 18B
« Seigneur tu as les paroles de la vie éternelle »

2ième Lecture :

1ère Lettre St Paul aux Corinthien 1/22-25
« Nous proclamons un Messie crucifié »

Gloire au Christ, sagesse éternelle du Dieu vivant :
Gloire à Toi, Seigneur.

Évangile : St Jean 2/13-25

« Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le rebâtirai. »

Nous avons de Jésus une image un peu douceâtre. C’est bien dommage car l’Évangile nous dit le contraire. Rassurez-vous, Jésus n’est ni un casse-cou ni un chef de bande ! Mais un homme de conviction qui sait ce qu’il veut. Par bien des côtés, il ressemble aux prophètes du premier testament : des hommes courageux et vrais, habités par la Parole de Dieu, souvent persécutés par leurs contemporains. Jésus s’est heurté à sa famille et aux gens de son village qui s’étaient habitués à l’image paisible du charpentier et qui ne le reconnaissaient pas sous les traits d’un prédicateur populaire, auteur de miracles. Il s’est heurté aux pharisiens, docteurs de la Loi, sûrs d’eux-mêmes, craints et respectés des populations qui lui reprochaient sa grande liberté. Il était mal vu des grands prêtres qui craignaient un soulèvement des foules alors que Jésus n’a jamais tenté la moindre initiative dans cette direction. Les apôtres eux-mêmes se faisaient des illusions. Ils pensaient que Jésus allait établir un royaume à Jérusalem et qu’il les associerait à son pouvoir.

Quand Jésus prend un fouet pour chasser les vendeurs du Temple et qu’il bouscule les tables des changeurs, c’est la panique ! Vous le savez, le temple se caractérise d’abord par une immense esplanade sur laquelle circulent les foules. Ce sont aussi des bâtiments tout neufs car, au temps de Jésus, le roi Hérode a fait réaliser des travaux considérables. Au cœur de ce temple, il y a le sanctuaire proprement dit. C’est là que les prêtres sacrifient les animaux : bœufs, moutons, colombes présentés par les fidèles. Pour des raisons de commodité, on a établi sur l’esplanade une sorte de marché aux bœufs, moutons et colombes et les achats se font en monnaie du temple. Il faut changer son argent pour acquérir une bête à offrir. Cette situation n’a rien de très religieux. Elle choque profondément Jésus qui aime passionnément le sanctuaire, lieu de la présence divine. Bien souvent, c’est là que Jésus prie le Père. Avec ce fouet improvisé en renversant les tables des changeurs, Jésus veut dire deux choses : d’abord, il s’agit d’un lieu saint. On en a fait un lieu de trafic. C’est inacceptable. Ensuite, et c’est la clef du discours, Jésus se définit comme le temple nouveau. Il est le saint, par excellence. C’est en lui, par sa mort et sa résurrection, que nous sommes invités à rencontrer Dieu notre Père.

Les prêtres du temple sont furieux. Les pharisiens aussi. Ils le disent avec vigueur. Quant aux apôtres ils comprennent que Jésus veut purifier le temple de toute forme de commerce. Mais ils ne comprennent pas pourquoi Jésus se définit comme le temple nouveau. Au procès de Jésus, des gens viendront dire que Jésus prétend détruire l’édifice et le rebâtir en trois jours. Ces gens-là non plus n’ont pas compris. Ils veulent nuire à Jésus. Après Pâques et Pentecôte, les proches de Jésus et ses disciples réaliseront qu’il est le Fils de Dieu, unique chemin vers le Père.

Dans notre marche vers Pâques, Jésus nous avertit. Il nous invite à prendre soin des lieux de prière, nos églises, qui gardent le trésor de la Parole et de l’Eucharistie. Dans un monde où le sacré est perçu de différentes manières, nous avons besoin d’affirmer le sens de l’adoration. Besoin de nous retrouver en frères et sœurs dans une écoute commune de l’Évangile et le partage du corps du Christ. Nos efforts pour bien vivre nos assemblées dominicales vont dans ce sens. Nous savons qu’elles nourrissent nos engagements quotidiens. Le carême est donc un chemin d’intériorité. Jésus nous dit aussi que le cœur de l’homme est un sanctuaire inviolable. C’est vrai pour toute personne, quelles que soient sa race ou sa religion. Voilà pourquoi le service des pauvres et de tout être humain en souffrance s’impose au chrétien comme un devoir sacré.

Jésus, Fils de Dieu, nous donne à connaître le Père. Ses paroles, ses enseignements, ses miracles, la façon dont il accueille les petits, les pécheurs et les exclus nous disent que Dieu est amour. Un amour pleinement exprimé dans le drame de la croix. Beaucoup de nos contemporains doutent, et parfois se désespèrent. Ils pensent que Dieu est loin, indifférent. Certains le voient comme un juge sévère… Or, nous savons… et Jésus l’atteste -que Dieu est Père. En le suivant, nous devenons des frères. Le carême nous permet de reprendre vie dans un cœur à cœur avec notre Dieu.

Comme Jésus, faisons le ménage ! Chassons de nos existences ce qui nous empêche de rencontrer Dieu notre Père du ciel. Demandons-lui d ‘aimer comme il aime. Notre monde a besoin de témoins. Seul l’amour pourra lui redonner la joie et l’espérance.

Père Georges AUDUC

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28 FÉVRIER 2021 * 2ième DIMANCHE DE CARÊME

1re Lecture: Genèse 22,1-2.9-13.15-18

Le sacrifice de notre père Abraham

Psaume 115

Je marcherai en présence du Seigneur

sur la terre des vivants

2e Lecture: Romains 8,31…34

« Dieu n’a pas épargné son propre Fils »

Gloire au Christ,

Parole éternelle du Dieu vivant : Gloire à Toi, Seigneur.

« De la nuée lumineuse la voix du Père a retenti :

‘’Celui-ci est mon Fils Bien Aimé, écoutez-le !’’ »

Évangile : Marc 9,2-10 « Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé ! »

            St Paul nous a dit tout à l’heure : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Nous voilà rassurés ! pourtant ce n’est pas si simple que cela. La première lecture et l’Évangile nous montrent des gens, des croyants en Dieu dans un grand embarras, précisément parce qu’ils ont cru que Dieu était avec eux, mais sans bien comprendre ce que cela voulait dire et en somme qui était Dieu. Où est le problème ?

L’auteur du livre de la Genèse écrit : « Dieu mit Abraham à l’épreuve ». C’est quoi une épreuve ? C’est habituellement, un test, un examen, une vérification pour savoir si tout va bien, si on a tout compris, si on est en bonne voie. Oh il y a parfois des épreuves qui sont des difficultés, des problèmes, des souffrances, des malheurs dont on se passerait bien ! Quelle est donc l’épreuve réservée à Abraham ? Elle est terrible, incompréhensible. Abraham entend un appel de Dieu : « Abraham ! – me voici ! – prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes Isaac, va sur la montagne et tu me l’offriras en sacrifice ! » Dieu est fou ! Oui, Isaac est le fils, l’enfant du miracle, donné par Dieu à ce vieux couple d’Abraham et de Sara ! Oui, il est l’unique, le premier et le dernier ! Oui, il est le bien-aimé, celui de qui naîtra le peuple, le peuple de Dieu !

Dieu peut-il à ce point exiger des choses absurdes, mortelles de ceux qu’il aime. On imagine l’horreur qui s’empare du cœur d’Abraham. Pour être honnête, il faut dire qu’à son époque, il y a 35 siècles, son Dieu-Yahvé- n’était que l’un parmi beaucoup d’autres. Pensez à tous les dieux de Mésopotamie, d’Égypte, de Grèce, de Rome. Pour Dieu, on faisait des tas de choses belles mais aussi étranges pour s’attirer, croyait-on son amour. Offrir des oiseaux, des animaux mais parfois également des enfants. Abraham est pris dans ce raisonnement là et il se dit, si Dieu me demande cela, par amour pour lui je dois le faire. Même Isaac, accepte d’entrer dans ce contrat. Mais l’ange du Seigneur veille et donne la vie d’un bélier à la place d’Isaac. Dieu, bouleversé par jusqu’où l’amour d’Abraham pouvait aller, lui redit sa volonté de vie pour chaque être humain, sa volonté de vie pour cette terre qu’il a donné à l’homme et il renouvelle ses promesses et ses bénédictions pour tous les peuples à venir. Il faudra des siècles pour que les hommes comprennent que le Dieu des chrétiens est un Dieu de Vie, le seul Dieu véritable et vrai qui nous fasse franchir toutes les épreuves, jusqu’à cette dernière épreuve qu’est la mort.

            N’est-ce pas ce dont Jésus parle dans l’Évangile d’aujourd’hui. « Il ordonna à Pierre, Jacques et Jean de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, sur la montagne, avant que le Fils de l’Homme soit ressuscité d’entre les morts. » Et l’évangéliste, Marc, nous dit à la fin : « ils se demandaient entre eux ce que voulait dire :’’ressusciter d’entre les morts’’. » Qu’ont-ils vu ? Ils ont vécu une expérience tellement forte, unique qu’il leur est impossible de la raconter. Un cadeau que Dieu leur a fait à eux trois. La réponse à la question que tout le monde se posait : « Mais qui est cet homme ? » et que Jésus lui-même leur avait posée, quelques temps avant, comme s’il voulait les préparer à ce qui allait arriver : « Que dit-on de moi ? Et pour vous qui suis-je ? » Pierre avait bondi : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »

Aujourd’hui, en un éclair -ce que l’on appelle la transfiguration- Jésus laisse voir à trois de ses disciples, dont Pierre qui avait si bien répondu, Jésus laisse voir qui il est, en réalité. Il est celui dont on a tant besoin, que l’on attend depuis des siècles, l’envoyé de ce Dieu difficile à comprendre et à aimer ! N’est-ce pas l’expérience d’Abraham !...

Oui il est « ce Fils du Dieu vivant » nommé, crié par Pierre. Il est l’Amour du Père en personne ! En un instant, l’homme normal qu’il est, comme vous et moi, va révéler, dévoiler son identité profonde. C’est cette lumière, cette transparence, cette pureté qui jaillissent de son visage, de tout son être et qui marquent tant les disciples.

Et lorsque ce beau visage sera défiguré par les tortures, souillé par les crachats et les injures, alors Pierre, Jacques et Jean se souviendront de l’être lumineuxqui s’y cache encore et toujours ! Lorsque la mort enfermera Jésus au tombeau, Pierre, Jacques et tous les autres espéreront, sans trop y croire, cette fameuse résurrection dont ils ne pouvaient pas encore parler. Et lorsqu’au matin de Pâques, ce même Jésus croisera leur route et s’assiéra à leur table, partagera le pain, alors ils se souviendront de ces paroles de feu : « Je suis la lumière et la vie » « Qui croit en moi ne mourra jamais ! »

Alors ils sauront, ils comprendront ce que n’avait pu faire Abraham, car telle n’était pas sa vocation, ils sauront, ils comprendront que seul Dieu, l’Amour va jusqu’au bout de l’amour en nous donnant celui qu’il aime, son Fils, son Unique ; le premier et le dernier, l’alpha et l’oméga, le premier-né d’entre les morts. Ce qui fait dire à St Paul : « Dieu n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous ! »

Mais nous avons tout le carême pour comprendre cela et toute une vie pour nous en réjouir. AMEN !                                                                                          

Père Yves BACHELET

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17 février 2021 Mercredi des Cendres

Prophète Joël (2, 12-18)

« Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements »

Psaume 50

« Pitié, Seigneur, car nous avons péché ! »

2 lettre de St Paul aux Corinthiens (5, 20 – 6, 2)

« Laissez-vous réconcilier avec Dieu.

Voici maintenant le moment favorable »

Acclamation :

« Ta Parole Seigneur est vérité et ta Loi délivrance ! »

Matthieu (6, 1-6.16-18)

« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra »

            Comme c’est bizarre, lorsqu’on nous parle de carême, on pense à une période de l’année plutôt sombre, triste, 40 jours pour jeûner, faire carême, où nourritures et boissons sont mesurées, pauvres et prennent un goût de poissons, de cendres. On parle de face de carême blême et maussade. On a même inventé la mi-carême où le carnaval permettait de souffler parfois jusqu’à l’orgie et le dérèglement.

Mais dites-moi, cela fait des mois et des mois que nous vivons un long, long carême, si c’est ça le carême !!! Plus d’un an de mesures coercitives face à un climat bien difficile de peur, de tristesse, de dangers, de mort. Rassemblements, rencontres, loisirs, repas, fêtes, musique, théâtre, festivals, travail normal et plein de promesses qu’est-ce que tout cela est devenu ?

Aujourd’hui, mercredi des cendres -entrée dans le carême chrétien- j’entends pourtant une parole de joie, de grande joie. Une grande joie au milieu de notre vie avec toutes ses inquiétudes. Dieu nous dit, par le prophète Joël : « Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil… Déchirez vos cœurs et revenez au Seigneur, tendre, miséricordieux et plein d’amour. Musique, annoncez une fête solennelle ! » On sent Dieu lui-même… atteint dans sa fierté par la situation : « Faudra-t-il qu’on dise : « Où donc est leur Dieu ? »

Souvenons-nous de cette injonction de Dieu plus forte encore au livre du Prophète Baruch : « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours… Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice ! » Ba 5 « Je le promets et je le ferai ! » dit Dieu.

À Abraham, Isaac, Moïse, Jacob, Josué et tant d’autres ne dit-il pas : « Je serai avec toi ! » Et Dieu tient toujours promesse ! Promesse qui engage Jésus lui-même : « Je serai avec vous, jusqu’à la fin des temps ! » Mt 28-20

Amis, ces 40 jours -on le dit souvent- sont un chemin à tracer, aplanir, inventer pour découvrir, redécouvrir cette présence de Dieu en nous comme en chacun chacune de celles et ceux qui nous entourent. St Paul vient de nous dire : « Le voici maintenant le moment favorable. Le voici maintenant le jour du salut »

Le pape François nous dit : « Le Carême est un temps pour renouveler notre foi, notre espérance et notre charité. » Autrement dit le temps de vivre, car dit-il : « Nous avons reçu la vie non pas pour l’enfouir en terre, mais pour la mettre en valeur ; non pas pour la thésauriser, mais pour la donner ! »

Renouveler notre foi : oui le Carême est un temps pour croire, c’est-à-dire pour recevoir Dieu dans notre vie et pour le laisser “établir sa demeure” en nous : « Si quelqu’un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. » (cf. Jn 14, 23). Jeûner consiste alors à libérer notre existence de tout ce qui l’encombre, même de ce trop-plein d’informations, vraies ou fausses, et de produits de consommation pour ouvrir la porte de notre cœur à celui qui vient jusqu’à nous, pauvre de tout mais « plein d’amour et de vérité » (Jn 1, 14) : le Fils du Dieu qui sauve.

Renouveler notre espérance : l’espérance, nous dit St Paul avec fougue, en la réconciliation avec Dieu : « Dieu nous lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » Se réconcilier avec la nature, la création que Dieu a voulu belles et bonnes et que nous maltraitons si souvent. Se réconcilier avec l’humanité proche et lointaine, en nos familles, nos villages, nos lieux d’habitation de travail et de loisirs. Se réconcilier avec soi-même, avec celui, celle que Dieu a désiré ardemment comme son enfant en le créant à son image.

Renouveler notre charité : « Quand nous la vivons à la manière du Christ, dans l’attention et la compassion à l’égard de chacun, c’est la plus haute expression de notre foi et de notre espérance. » écrit le pape François.

Lisez son message de carême à ce sujet : il parle de la « charité qui souffre quand l’autre est en souffrance… qui est élan du cœur nous faisant sortir de nous-mêmes et qui crée le lien du partage et de la communion … Charité capable de construire un monde nouveau… charité qui est réserve de vie et de bonheur… charité source d’aumône, modeste ou grande, que nous offrons dans la joie et dans la simplicité… charité qui valorise le pauvre dans son immense dignité, le respectant dans son mode de vie, sa culture jusqu’à l’intégrer dans la société ».

Nous avons chanté dans le psaume : « Rends-nous la joie d’être sauvé ! » Frères et sœurs, si nous vivons un tant soit peu cela, alors oui, nous allons entrer dans un temps de joie, une joie qui s’inscrira en faux contre une vision doloriste, triste, négative de ce temps de pénitence et de conversion, temps à éclairer, à illuminer du parfum, de la mine réjouie, de la paix et de la sérénité dont nous parle l’Évangile de ce jour. Oui, revenons à notre cœur, nous y trouverons le Christ, son amour et sa joie, celle déjà de Pâques ! Amen

Père Yves BACHELET

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Fraternité.

On m'invite ici à partager un peu mon expérience et ma foi en la fraternité.
Car oui je crois profondément que la fraternité est notre avenir, l'avenir commun
à toute l'humanité. Mais cet avenir il ne peut se construire qu'humblement, jour
après jour.

La fraternité n'est pas une affaire de spécialiste. Elle est une réalité que tout être
humain découvre dans son enfance, expérimente par
ses rencontres et peu ou
non déployer dans sa vie. C'est une expérience humaine profondément reliée au
projet de Dieu mais toute personne, croyante ou non, peut parler de fraternité
et en dire ce qu'elle en connait. Elle est même une des parties de notre devise
républicaine.

La Fraternité se construit d'abord dans l'enfance. Avec nos propres frères et
sæurs, nous faisons une expérience de fraternité. Si nous avons plusieurs frères
et sæurs nous allons même découvrir que
la fraternité n'a pas la même réalité
avec chacun.e. Même Ies enfants uniques ont souvent un ou une ami.e qui est
«
comme » un frère, une sæur. Et même les enfants qui ont des frères et sæurs
font l'expérience de « trouvêr' )), de rencontrer auprès d'un copain ou d'une
copine
de classe ou d'activité, un frère, une sæur. Car la fraternité n'est pas
simplement affaire de génétique mais affaire de coeur,
de liens aussi profonds que
I'ADN, plus intérieur qu'un état civil.

Certain.e.s pourraient dire: avec ma farnille je ne me suis jamais entendu. Et
bien votre expérience est précieuse, même si elle est difficile car elle permet de
voir et d'identifier les obstacles à la fraternité. Que ce soit en positif ou en
négatil la fraternité est une réalité très présente à notre vie. Et tou.te.s nous
pouvons en parler.

Nous comprenons
que la fraternité n'est pas seulement une question de sang
mais de partage. Nous nous sentons frères/sæurs, avec celui ou celle qui a
partagé nos rêves, nos projets, nos souffrances, nos échecs ... et qui est resté à
nos côtés. ll y a de nombreux exemples : frère d'arme, frère d'engagement, frère
d'un voyage partagé, frère d'un combat syndical, politique, social, ... C'est dire
que la fraternité nait d'un évènement. d'un partage qui unit au-delà de la
filiation.
Antoine Chevrier (fondateur du Prado) dit même que Dieu donne
parfois
à deux personnes une communion d'âme, une fraternité offerte par une
union d'esprit.

lnvitation : Durant ce carême, comme on le fait des fois pour ce qu'on appelle la
grotitude ou la louange, ne seroit-il pas possible de prendre un petit csrnet et
noter chaque jour, les gestes, les paroles, les rencontres que nous vîvons et qui
nous font vivre lo froternité ? Car elle est présente comme l'air qu'on respire, mais
notre
conscience de lo froternité est souvent bien petite, trop petite. Peut-on se
donner cet effort de corême, un effort qui nous fera prendre conscience que lo
fraternité est là, donnée, offerte, partagée. Celo demande une petite ascèse mais
les fruits
peuvent être nombreux.

Un simple
exemple: une de mes collègues de travail a quitté son poste. Après
son départ elle m'a envoyé un SMS me disant comment parler en direct au
moment de l'au revoir était compliqué pour elle mais elle me disait : « tu as été
un excellent
formateur, et un ami. Tu as été d'un soutien sans faille. » Sans le
savoir, sans en avoir conscience, il y avait de la fraternité entre nous, car l'amitié
n'est rien
d'autre qu'une des formes de la fraternité.

Aussi, je crois que nous pouvons noter pour entrer dans une conscience plus
grande, nos expériences d'amitié, de rencontres, de paroles, nourrissant la
fraternité chaque jour. Prendre conscience d'une réalité vécue est touiours bon
pour nous et pour les crovants que nous sommes, car cela nourrit aussi notre
prière et est source de Iouange à
Dieu. Quelle chance d'avoir des amis, des
frères, des sceurs ! Quel bonheur de savoir que toute personne peut faire cette
expérience, comme
moi. ll n'y a pas forcément besoin d'un parler, juste savoir
qu'on est pareil. Une expérience humaine qui unit. Ps 132 : qu'il est doux, qu'il
est bon pour
des frères de vivre ensemble et d'être unis.

Pour entrer plus encore dans la fraternité, soigner ses blessures de fraternité :
Pour la fraternité comme pour le reste, il est bon de soigner ses blessures. En
effet, la fraternité familiale n'est pas idyllique. Notre ressenti par rapport au lien
parental, nos affrontements familiaux, nos jalousies, nos avis et convictions
différents, nos expériences de vie peuvent nous éloigner les uns des autres et
mettre à mal cette fraternité. Combien de fois autour du cercueil d'un père ou
d'une mère j'ai ressenti ces rancoeurs, ces amertumes, presque silencieuses mais
qui ne vont pas tarder à réapparaitre ? Combien de fois, avec nos propres frères
et soeurs,
nous sommes dans un rôle qui nous a été petit à petit désigné, et nous
ne sommes pas en vérité profonde. ll est parfois plus facile d'échanger avec un
arni
qu'avec un frère. Cela n'a rien de grave si nous en prenons conscience et si
nous entrons dans une nouvelle étape de fraternité.Je ne développe pas ici la nécessité
du pardon, de
la réconciliation. Le temps du  carême nous invite à cela. Reconnaitre nos impasses, nos rancæurs qui bloquent l'amitié, la fraternité. Car n'oublions pas que nos blessures nous ferment sur
noys-mêmes et
si nous ne savons pas prendre le difficile chemin du pardon, de
la réconciliation et donc de la paix intérieure, nous n'entrerons pas ou
difficilement dans cette dvnamique de la fraternité.
La foi nous y invite. Oui avec
nos blessures, avec nos incompréhensions, avec nos propres tensions, nous
sommes
frères et sæurs. C'est une réalité, ce qu'on appelle un donné de la foi.
De la même façon que par le sang, nous avons des frères et des soeurs, par la foi
nous sommes frères et soeurs, qu'on le veuille ou non. AIors qu'en faisons-nous ?

Ce constat comme chrétien nous pouvons l'élargir. Jésus est venu nous montrer
que nous sommes tous frères et sæurs en Dieu le Père, l'unique Père de toute
l'humanité. Comme je le dis souvent, avec un brin de provocation, « Jésus n'est
pas venu pour qu'on s'attache à lui » mais pour nous permettre de nous attacher
à Ia source, le Père. Même si bien sûr, nous sommes appelés à suivre son chemin,
ce n'est pas pour nous enfermer sur lui mais nous ouvrir sur son Père, source de
vie et créateur de fraternité. Jésus se fait notre frère en humanité pour nous
permettre d'entrer dans le projet de son Père : Ecoute les prières de ta famille
assemblée
devant toi, et ramène à toi, Père très aimant, tous tes
enfants
dispersés. Prière Eucharistique N"3.
Voilà une des parties du projet de Dieu.
Prenons-nous cela au sérieux ?

Jésus a montré par toute sa vie que tou.te.s sCInt appelés à la vie fraternelle.
il y avait des barrières culturelles, religieuses, sociales ou de cæur, il les a
franchis.

Tu es cananéenne, étrangère ? Quelle belle foi as-tu, toi qui es prête à te
contenter de manger les miettes !

Mt 15 25 Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
26 Il répondit : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants et de Ie jeter aux petits
chiens. » 27 Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes
qui tombent de la table de leurs maîtres. » 28 Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que
tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l'heure même, sa fille fut
guérie.

Tu es centurion romain : quelle belle foi de croire que sans même me déplacer
je peux guérir
ton serviteur
I

Luc 7, 1-10 le centurion lui fit dire par des amis : << Seigneur, ne prends pas cette peine, car je ne suis
pas
digne que tu entres sous mon toit. Moi-même, je ne me suis pas senti le droit de venir te trouver.
Mais dis seulement un mot, et mon serviteur sera guéri. Moi qui suis un subalterne, j'ai des soldats
sousmesordres;àl'un,jedis:'Va',et il va; à l'autre : 'Viens',et il vient; et à mon esclave : 'Faisceci',
et il
le fait. » Entendant cela, Jésus fut dans l'admiration. ll se tourna vers la foule qui le suivait : "Je
vous le dis, même en lsraël, je n'ai pas trouvé une telle foi ! » De retour à la maison, les envoyés
trouvèrent
l'esclave en bonne santé.

Tu es publicain : quelle belle foi quand tu rends ce que tu as volé et que tu
retrouves tes racines d'homme juste !

19.7 Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » I
Zachée, debout, s'adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié
de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus.
»

Tu es un traitre, un déserteur, un apôtre: quelle belle foi quand tu redis ton
amour alors que
tu m'avais trahi, ou tout au moins délaissé, envahi -englouti
par ta propre peur de la mort ! Jn 21,.

15 Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre: << Simon, fils de Jean, m'aimes-tu
vraiment, plus
que ceux-ci ? » Il lui répond : << Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais :je t'aime. » Jésus
lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »

16 Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu vraiment ? » Il lui répond :
<< Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais :je t'aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »

17 Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce
que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M'aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu
sais tout : tu sais bien que je t'aime. >> Jésus lui dit : « Sois le berger de mes
brebis."

Naturellement la fraternité peut-être Ie projet de tous les êtres humains, mais
par Ia foi, elle est un projet qui s'impose à nous croyant.e.s en JC, une réalité
divine : en Dieu nous sommes
fraternité. Le chemin du chrétien.ne n'est-il pas
d'essayer avec patience et humilité d'incarner ce qu'est Dieu ? ll s'agit de vivre
dans sa propre chair ce que Dieu est, si Dieu est fraternité, notamment par Jésus,
comment puis-je être cette fraternité pour ceux et celles qui m'entourent ?
Comment être ce visage fraternel, ce reflet de Dieu sur la terre ?

Elle est un projet de Dieu, des êtres humains mais aussi un don I Dieu nous donne
d'être frères et soeurs. On peut accueillir cette fraternité comme un cadeau, une
donnée de base, qui ne demande qu'à être enrichie, habillée, embellie par nos
actes de
fraternité. Vivre divisés dans notre famille chrétienne est une source de
scandale, car la division empêche ceux qui ne connaissent pas Jésus de s'en
approcher.

Notre manque de fraternité est parfois criant et comme pour ce qui est de notre
famille, il est parfois plus facile d'être en fraternité avec des incroyants ou
croyants d'une autre religion qu'avec
nos propres frères et soeurs dans la foi. Si
l'on peut s'en attrister cela nous invite à multiplier les occasions de dialogue dans
le sein de nos propres églises. La fraternité peut manquer entre laïcs mais
combien manque-t-elle souvent entre les prêtres eux-mêmes ? Combien de fois
oublie-t-on
la parole de l'Evangile : MT 5, 23 Si donc tu présentes ton offrande à I'autel, et
que tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, 24 laisse ton offrande devant l'autel,
et va d'abord
te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton
offrande....

Il nous faut comprendre que la fraternité vécue dans nos communautés est
essentielle pour que notre témoignage soit reçu. Et si nous avons la joie de vivre
en
fraternité, notre élan, notre envie de la partager, de la diffuser ne sera que
plus grand car on ne peut pas garder un bonheur pour soit, il est comme la lampe
qu'on met sur
le boisseau et non pas sous la table.

Dans notre riche histoire de foi, nous avons aussi le repère d'Abraham. C'est le
Père de tous les crovants du monothéisme. En lui, nous sommes les enfants
d'une même racine.
Face aux divisions qui se sont installées dans l'histoire, il y a
dans le lien à Abraham un appel à ce qu'on appelle le dialogue inter-religieux,
avec nos frères et soeurs juifs et musulmans, qui sont eux-mêmes répartis comme
nous les chrétiens en de nombreuses familles. ll y a pour avancer dans ce
dialogue les théologiens, les représentants de l'église comme notre évêque qui
est actif et qui s'engage dans ce dialogue. Mais pour des gens comme moi,
l'important est dans mon quotidien.

J'ai accueilli dernièrement
une famille d'Afghanistan, qui sont ismaéliens. lls ne
parlent pas un mot de français mais l'accueil et l'accompagnement de cette
famille fera peut-être
tout autant pour faire grandir la fraternité entre nous. Les
mots sont nécessaires mais Ies liens créés le sont tout autant. La fraternité nait
par l'accueil, l'écoute, et notre capacité à se faire solidaire de l'autre, pour entrer
dans ses aspirations, ses attentes, ses difficultés. Elle ne peut être de surface,
mais ancrée dans des actes simples : donner à manger, offrir un toit,
accompagner à l'hôpital, sourire et rassurer.

Je
pense à ce jeune Guinéen qui a vu son frère jumeau se faire tuer sous ses
yeux, et qui a fuir sous une fausse identité son pays pour ne pas mourir. On
lui a reproché d'ailleurs en France sa fausse identité et sa demande d'asile a été
vu
en accéléré. Je me rappelle un échange où je lui disais : " pour avancer dans
ta vie, il faudra que tu pardonnes. "

C'est lui qui m'a donné une leçon de pardon. Le jour où il est parti du logement
qu'il occupait avec un autre jeune il a dit: " merci à toi et si je t'ai offensé,
pardonne-moi
». ll m'a expliqué ensuite dans la voiture qu'il ne reverra peut-être
jamais
ce voisin mais qu'il ne fallait pas laisser entre eux une ombre. Puis quand
je l'ai laissé à son studio à Dijon où il avait enfin son autonomie, il m'a remercié
et il m'a dit: « que Dieu vous bénisse pour ce que vous avez fait pour moi ».
Comment ne pas accueillir cette bénédiction de la part d'un croyant différent
musulman mais si proche de mon coeur et de ma foi quand il parle et agit ainsi.

Pour
vivre la Fraternité, pour entrer en fraternité, il est nécessaire de se laisser
décaler. Depuis 1996, je suis aumônier de la communauté Hmong. Pour entrer
dans la fraternité de ces familles, il m'a fallu laisser un peu de ce que je savais,
pensais, aimais. J'ai
découvert cette communauté réfugiée du Laos quisi certains
sont chrétiens restent pour beaucoup
ancrer dans la religion des ancêtres. Entrer
en fraternité c'est entrer dans leur façon de penser le monde, son ordonnance.
C'est comprendre leur rite. Ainsi par exemple, quand l'un d'entre eux est malade,
toute la communauté se rassemble pour offrir un repas au malade et l'honorer
en mettant autour de ses poignées des fils de coton en lui exprimant des souhaits
de santé et de paix. En acceptant ce qui peut me sernbler un peu étrange, j'entre
dans leur fraternité.
Je suis appelé à dépasser mon cartésianisme face à la
maladie par exemple pour comprendre que la présence de tou.te.s est source de
guérison et d'entré dans la paix. Pour entrer en fraternité, il faut accepter de se
laisser déplacer, d'être en écoute de l'autre.

Je peux témoigner que cette ouverture à un « univers culturel, religieux et
mental » complètement inconnu pour moi m'a ouvert aux traditions et à la vie
de
ces personnes. Je suis plus accueillant je pense depuis que j'accompagne les
Hmong et donc la fraternité est en marche en moi et en eux qui m'accueillent. C'est
une chance pour moi.

La fraternité est notre horizon en Dieu. Aussi, chaque fois que nous aidons à ce
que la fraternité grandisse, s'affermisse, se déploie dans notre environnement,
nous pouvons dire comme Jésus dans l'Evangile d'aujourd'hui « le règne de Dieu
est
tout proche ». Dieu est là. Comme j'aimerai que tout.e chrétien.e comprenne
cela de l'intérieur, par sa foi, pour servir la fraternité entre les humains de cette
terre. Comme j'aimerai que I'appel à la Fraternité universelle soit entendu par
nous et partagé à tou.te.s. Tant de coeurs sont fermées, blessés et sont
pourtant appelés
à cette fraternité.

Le pape François dans son encyclique sur la fraternité nous ance des appels. Je vous partage juste le début qui indique pourquoi il a écrit cette encyclique. Les
diacres du diocèse ont écrit dernièrement 13 petites fiches de réflexion pour
nous aider à entrer dans cette encyclique. Mais voici ce que dit le pape François :

Ce Saint (François) de l'amour fraternel, de la simplicité et de la joie, qui m'a
inspiré l'écriture de l'encyclique Laudato si, me pousse cette fois-ci à
consacrer la présente nouvelle encyclique à la fraternité et à l'amitié sociale. En
effet, saint François, qui se sentait frère du soleil, de la mer et du vent, se savait
encore davantage uni à
ceux qui étaient de sa propre chair. Ila semé la paix
partout et côtoyé les pauvres, les abandonnés, les malades, les marginalisés, les
derniers.
3. Il y a un épisode de sa vie qui nous révèle son coeur sans limites, capable de
franchir les distances liées à l'origine, à la nationalité, à la couleur ou à la
religion. C'est sa visite au Sultan Malik-el-Kamil, en Égypte, visite qui lui a
coûté de gros efforts du fait de sa pauvreté, de ses ressources maigres, de la
distance et des différences de langue, de culture et de religion. Ce voyage, en
ce moment historique marqué par les croisades, révélait encore davantage la
grandeur de l'amour qu'ii voulait témoigner, désireux d'étreindre tous les
hommes. La fidélité à son Seigneur était proportionnelle à son amour pour ses
frères et sæurs. Bien que conscient des difficultés et des dangers, saint François
est allé à la rencontre du Sultan en adoptant la même attitude qu'il demandait à
ses disciples, à savoir, sans nier leur identité, quand ils sont « parmi les
sarrasins et autres infidèles...de ne faire ni disputes ni querelles, mais d'être
soumis
à toute créature humaine à cause de Dieu ». [3] Dans ce contexte, c'était
une recommandation extraorclinaire. Nous sommes impressionnés,
huit-cents
ans après, que François invite à éviter toute forme d'agression ou de conflit et
également
à vivre une "soumission" humble et fraternelle, y compris vis-à-vis
de ceux qui ne partagent pas sa foi.
4, Il ne faisait pas de guerre dialectique en imposant des doctrines, mais il
communiquait l'amour de Dieu. Il avait compris que (( Dieu est Amour [et que]
celui qui demeure
dans I'amour demeure en Dieu, (1Jn 4,16). Ainsi, il a été un
père fécond qui a réveillé le rêve d'une société fraternelle, car « seul l'homme
qui accepte de rejoindre d'autres êtres dans leur mouvement propre, non pour
Ies
retenir à soi, mais pour les aider à devenir un peu plus eux-mêmes, devient
réellement
père». Dans ce rnonde parsemé de tours de guet et de murs de
protection, les villes étaient déchirées par des guerres sanglantes entre de
puissants clans, alors que s'agrandissaient les zones misérables des périphéries
marginalisées. Là, François a reçu
la vraie paix intérieure, s'est libéré de tout
désir
de suprématie sur les autres, s'est fait I'un des derniers et a cherché à
vivre en harmonie avec tout le monde. C'est lui qui a inspiré ces
pages.

En conclusion, ie voudrais donc rappeler :

La fraternité est une expérience commune à tout humain et donc une source de
dialogue et d'échanges sur une réalité qui touche la vie de tou.te.s. Ce n'est pas
une affaire de sang mais de vie partagée.

Nous avons besoin de soigner les blessures de la fraternité en nous et autour de
nous, dans nos communautés pour être le reflet de cette réalité à laquelle Dieu
nous appelle.

La fraternité nous est donnée en Jésus Christ. ll a ouvert merveilleusement ce
chemin. Pouvons-nous en accueillant tous les signes de fraternité dans notre vie
au cours de ce carême, être ce visage, ce reflet de la fraternité divine sur la
terre ? C'est un appel, tout nous est donné, tout est entre nos mains !

La question est donc comment dilater notre coeur ? Comment une expérience
de fraternité peut nous entrainer à plus de fraternité ? Comment je peux
dépasser
les frontières intérieures que mon histoire m'impose ? Comment la foi,
la
réalité en Dieu de la fraternité est un encouragement à être ce frère, cette
soeur pour
tout personne que je rencontre ?

C'est individuellement mais surtout collectivement, communautairement que
nous pourrons donner
ce témoignage. Dieu compte sur nous !

« Nous avons appris à voler dans les airs comme les oiseaux,
A nager dans les océans comme les poissons,
Mais nous n'avons pas encore appris à marcher sur terre comme des frères. »
Martin Luther King

Dimanche 14 février 2021 - Homélie du 6e Dimanche du TO B

Lévitique 13,1-2.45-46

« Le lépreux habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp. » 

Psaume 31

R/ Tu es un refuge pour moi ; de chants de délivrance, tu m’as entouré.

1 Corinthiens 10,31-11,1

« Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ. »

Alleluia : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple ! »

Évangile: Marc 1,40-45 « La lèpre le quitta et il fut purifié.»

         Les mesures de la société juive concernant les lépreux étaient draconiennes à cause de la contagion possible, mais aussi par crainte d’impureté rituelle (cette maladie était le symbole même du péché). De ce fait, les lépreux étaient en quelque sorte des excommuniés… des morts vivants ! Heureusement, l’attitude de Jésus vient tout remettre en cause. Il fait un geste fou, inattendu, celui qu’il fallait éviter à tout prix : « il le toucha », et le geste est accompagné d’une parole non moins surprenante : « je le veux sois purifié » ; et la lèpre le quitta. Mais ce n’est pas tout ! il faut que ce pauvre hère puisse rentrer chez lui, retrouver la famille le village, les voisins, la rue. Il a beau être guéri, il est encore banni ! Jésus aussitôt le renvoie, il lui dit d’aller se montrer au prêtre : la démarche était nécessaire pour la réintégration sociale du lépreux. Il lui donne aussi un avertissement : « ne dis rien à personne ». Comment concilier des recommandations contradictoires : se livrer aux formalités pour retrouver une vie normale, donner témoignage de sa guérison… et ne rien dire ? L’homme ne peut se retenir longtemps : il se met à proclamer la nouvelle. Cet ex-lépreux est devenu évangéliste : « il répandait la nouvelle ».

Mais allons plus loin encore : les lépreux d’aujourd’hui, les exclus de notre société moderne existent autrement, de multiples manières : il y a des millions d’hommes et de femmes, de par le monde, atteints du sida avec souvent une réaction d’exclusions, il y a les nombreux rejetés de la société, tels les sans-papiers, les réfugiés politique, les chômeurs de longue durée, les mal-aimés de familles désarticulées, les prisonniers, et ceux dont on détruit bien vite la réputation etc… il est immense le cortège des lépreux d’aujourd’hui !

Devant ces désordres, allons-nous dresser d’un côté les purs (nous) et de l’autre les impurs (les autres), chercher le fautif, le bouc émissaire, ou nous réfugier dans une assurance tranquille ? Le psaume de ce Dimanche nous invite au contraire à nous tourner vers Dieu qui marche à nos côtés pour accueillir et chercher ensemble les réponses justes et bonnes à ces questions complexes, à lui dire à la fois nos incompréhensions et notre confiance : « Tu es là au milieu de nous, tu vois cette terre que tu aimes, ces hommes et ces femmes, ces enfants que tu veux libres et libérés. Ne nous cache pas ton visage quand nous sommes dans la détresse. Tu entends la plainte des captifs, tu sauves ceux qui vont et viennent sur des chemins de mort ». Deux chemins s’ouvrent à chacun de nous pour accueillir dans notre vie cette action de Jésus :

La première voie est celle d’être le lépreux et de dire comme lui : « si tu le veux, tu peux me guérir ». Accepter de venir à Jésus tel que je suis ; accepter de faire vraiment confiance à Dieu qui accueille les obscurités et les recoins de ma vie, telle qu’elle est. « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ».

La deuxième voie est d’être à mon tour le Christ qui touche le lépreux. Transgresser moi aussi, à ma manière les barrières, les préjugés, les exclusions de toute sorte pour accueillir, écouter, aider. En inventant les chemins du respect et du dialogue ; en puisant la force d’aimer dans l’amitié avec Jésus et la prière confiante. Derrière chaque visage se cache une souffrance, mais derrière le visage du Christ sourd une source de compassion pour tout homme. Il ne nous demande qu’une chose : un cœur qui se laisse toucher, une main tendue qui brise la chaine de l’isolement. Pas sans Toi, avec Toi.

Seigneur Jésus, viens nous livrer ta Parole qui redonne vie !

Amen

Père André AUDUC

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