DIMANCHE 5 JUILLET 2020 14e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

Lecture du livre du prophète Zacharie (9, 9-10)

« Voici ton roi qui vient à toi : il est pauvre »

Psaume 144

« Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! »

Lettre de saint Paul apôtre aux Romains (8, 9. 11-13)

« Si, par l’Esprit, vous tuez les agissements de l’homme pécheur, vous vivrez »

Alléluia. « Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! » Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (11, 25-30)

« Je suis doux et humble de cœur »

Ce matin notre liturgie de la parole navigue au milieu de mots qui s’entrechoquent, des mots de violence et des mots d’une infinie douceur. Domination des chars, des chevaux et des armes mais aussi appel à crier de joie car la paix domine à son tour… sur toute la terre ! on ose à peine le croire car le vainqueur est un roi pauvre et solitaire dont la monture n’est qu’un ânon.

L’Evangile nous replace devant le même paradoxe, presqu’une incohérence : les sages, les savants… et les petits ! les forts, les puissants… et les humbles, les doux. Un mélange permanent des uns et des autres : l’ivraie et le bon grain mêlés jusque dans leurs racines. Bien souvent le triomphe de la force, de l’argent et de l’égoïsme. Pourtant depuis qu’a coulé le sang d’Abel le juste, l’innocent sous les coups de la jalousie de Caïn son frère, on se prend à rêver, à imaginer et à oser croire à la pitié, à la tendresse, au pardon, à la douceur, à l’humilité, à la justice, à l’espérance, bref à tout ce que recouvre un seul mot AMOUR, ce mot qui ne passera jamais comme le dit St Paul.

Mais risquons-nous jusqu’à l’évangile de ce jour qui va nous dévoiler tout cela !

Trois mots, louange, connaissance et… repos !

Replaçons ce passage dans le contexte où ont été prononcées les paroles de Jésus.

Après les premiers succès qui marquent la nouveauté du début de sa prédication, Jésus se heurte au refus de la foi en lui par la majorité de ses auditeurs.

            1/ Il est confronté à l’échec. “Les villes où il avait fait des miracles ne s’étaient pas converties.” vient d’écrire Matthieu. Au lieu d’être découragé, il fait monter vers son Père une prière de louange (1er MOT) pour la petite minorité qui continue à le suivre.

N’est-ce pas SOUVENT notre situation devant le petit nombre que nous sommes et l’incompréhension que nous rencontrons ?

À ces disciples fidèles, Jésus avait présenté dans un premier temps le message des Béatitudes. Message difficile à entendre, huit paroles magistrales à rebours de ce qui se vit dans le monde dit « normal » !

Aujourd’hui, il leur redit ce qu’il a décrit lors de leur envoi en mission : « Celui qui ne prend pas sa croix, n’est pas digne de moi. » (Matthieu. 10)

Et pourtant plutôt que de sombrer dans la lassitude ou le découragement-, Jésus exulte de joie dans une action de grâce étonnante à son Père. « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange… » Remarquons que s’adressant à Dieu comme tout bon Juif, il le nomme ‘Seigneur du ciel et de la terre’ mais aussitôt il l’appelle, par deux fois, du nom de ‘Père’ manifestant rapidement la relation tout à fait particulière qui le relie à Dieu. Jésus célèbre la souveraine liberté de Dieu qui révèle et qui cache ce qu’il veut à qui il veut. Le paradoxe, c’est que les « tout-petits » (comprenons les disciples mais aussi ceux qui ne font pas partie de l’élite intellectuelle du peuple juif), les « tout petits » donc, découvrent ce que « les sages et les savants » ne découvrent pas.

Quelle est donc cette chose cachée ou révélée selon le bon vouloir de Dieu ? Il s’agit ici, dans le contexte, du royaume de Dieu. Les gens simples et ceux qui ont suivi Jésus, qui lui ont fait confiance, qui ont cru en lui, qui ont porté son joug, ont découvert la présence de ce Royaume. Ils se souviennent des paroles du Christ maintes fois redites : « Mon royaume n’est pas de ce monde mais il est dans le monde… » « Mon royaume est là tout près de vous » « Mon royaume est comparable à du levain dans la pâte, à un grain de sénevé, à un trésor caché, à une perle de grand prix… » Les petits ont cru en cette parole et cela les a sauvés ! Les puissants de ce monde et les intellectuels de Jérusalem, les spécialistes de la loi de Dieu, bardés de certitudes, ne l’ont pas découvert ce royaume !!! Ils sont passés à côté ! le Christ leur dira : « c’est parce que vous dîtes nous savons, nous voyons que votre péché demeure ! »Jn 9/41

            2/ Les « tout-petits » sont ceux qui désirent la communication, la communion et non le savoir. Ce sont eux qui nous font passer à la seconde partie de l’Evangile où il s’agit de connaissance (notre deuxième mot), c’est à dire des relations étonnantes entre Jésus et celui qu’il appelle Père. Etrange passage que l’on appelle le « logion johannique » tant il respire la spiritualité, la révélation de l’Évangile de Jean : « Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. » On croit entendre Jésus dans le long discours avant la cène !

Reprenons, méditons cette phrase dans le silence et la prière de notre semaine à venir !... Connaître le Père, connaître ma source, mon origine, l’auteur de ma propre vie, Celui dont chacun, chacune d’entre nous est le visage, comme il est écrit au livre de la Genèse. « Personne ne connaît le Père sinon le Fils ». N’est-ce pas un drame pour l’humanité de ne pas connaître le Père de tout amour, le Père de tous les hommes ? Est-ce que la communauté chrétienne, notre communauté est signe de salut quand, éduquée par le Fils, elle chante « le Seigneur de toute tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d’amour ? »

            3/ Cela n’est possible, et c’est la troisième partie de notre Évangile, que si nous devenons en vérité disciples du Christ, aimant comme il nous a aimés et vivant de ses béatitudes. Inlassablement, il nous appelle : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau. » Cette parole devait faire scandale aux oreilles des pharisiens car une fois de plus, Jésus se faisait l’égal du ‘Seigneur du ciel et de la terre’, celui qu’il s’obstine à appeler du doux nom de ‘Père’ et même de ‘papa’ !

Jésus reprend les paroles mêmes de Yahvé au Prophète Isaïe (ch. 55) : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! … Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. »

Dans l’Ancien Testament, Dieu lançait cet appel à tout le peuple. Jésus le reprend à son compte. Cet appel à suivre le Fils pour aller au Père est un appel à la liberté. Le joug qui pesait sur les épaules du peuple rendu en esclavage, devient avec le Christ doux et léger et conduit AU REPOS (notre troisième mot). « Je suis doux et humble de cœur ! »

Le fardeau de la loi devient langage, communion du cœur et vie ! Vraiment le Ressuscité est « doux et humble de cœur » !

« Qui n’aime pas demeure dans la mort... Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie (la vraie vie s’entend) parce que nous aimons nos frères ». (1 Jn 3, 14)

AMEN

Père Yves Bachelet

Pièce(s) jointe(s):
Télécharger ce fichier (200705-14 TO A 2020 HOMELIE.pdf)200705-14 TO A 2020 HOMELIE.pdf[ ]284 Ko

12° DIMANCHE du TEMPS ORDINAIRE A – 21 JUIN 2020

Livre du prophète Jérémie (Jr 20,10-13)

« Il a délivré le malheureux de la main des méchants ! »

Psaume 68 « Dans ton grand amour, Dieu réponds-moi ! »

Lettre de St Paul Apôtre aux Romains (5/12-15)

« Le don gratuit de Dieu et la faute n’ont pas la même mesure. »

Alléluia ! Alléluia ! L’Esprit de vérité rendra témoignage

en ma faveur, dit le Seigneur.

Et vous aussi, vous allez rendre témoignage. Alléluia !

Evangile selon St Matthieu (10/26-33)

« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps ! »

Peu avant l’Évangile de ce jour, Matthieu nous décrit l’immense tristesse du Christ devant l'humanité en désarroi et sa volonté de leur révéler l'amour du Père qui fait vivre. "Ils étaient comme des brebis sans berger !» Mc 6-34 D'où son choix d'envoyer, déjà de son vivant, des porteurs de cette Nouvelle Vitale.

            Aujourd'hui, nous connaissons l’essentiel de l’enseignement de Jésus sur la mission qu’il confie aux Douze et à ses disciples… et donc qu’il nous confie à notre tour.

Cette mission de témoignage nous concerne tous

Oui, nous savons bien qu’à travers les douze et les disciples, c’est à nous que cette mission est confiée aujourd’hui. Selon les paroles même de la liturgie baptismale, notre baptême nous constitue prophètes, c’est-à-dire “témoins” de Jésus-Christ. Le disciple, le chrétien n’est pas un porte-parole étranger au message qu’il annonce ! Ce n’est pas un haut-parleur. Il appartient à ce message et il doit supporter les risques d’un témoignage dont il partage la responsabilité. "Enfant de Dieu et de l’Église " selon la doctrine baptismale.

Si la Parole vient effectivement d’un Autre, cette Parole nous pénètre, nous traverse et vient nous habiter avant que nous ne La transmettions à notre tour à d’autres. Le témoin de l’Évangile ne peut être que le reflet de la relation qu’il entretient lui-même avec Dieu par le Christ Jésus. Et Notre témoignage doit être l’expression de l’Esprit Saint qui a investi tout notre être et qui le fait vivre. Reconnaissons LA TRINITE en œuvre, cette Trinité que nous venons de fêter.

Que transmettons-nous ? du vent ou du feu ?

Qui transmettons-nous ? La mémoire d’un personnage d’autrefois ou LE VIVANT ?

Quelle est la qualité de notre témoignage ? Une routine installée, ou un dynamisme percutant ?

Avant de tenir un discours sur Dieu, si beau soit-il, nous avons d'abord à vivre de Jésus-Christ et c’est notre vie qui, alors, sera le premier discours qui sera entendu par les autres. Dieu sait que nous prêtres, nous vous le répétons souvent, au point peut-être de vous fatiguer ou de n'être plus entendu nous-mêmes ! Pourtant, cela est primordial. Vivre de Jésus-Christ, c’est une mission exigeante qui implique l’engagement total. Nous venons de l'entendre de la bouche du Christ lui-même : "Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. "

Se déclarer pour le Christ n’est-ce pas mettre en pleine lumière qui est le Christ et révéler du même coup notre être profond dans sa vérité de fidèle ou de traître à cette parole.

Être chrétien n'est pas de tout repos

Comme les apôtres, les chrétiens peu à peu font l’expérience de l’opposition et de la persécution, même si celles-ci prennent des formes plus subtiles, au-delà de la violence de la torture ou de la mort qu'elles revêtent parfois, encore aujourd'hui. Jean Paul II disait :

" Un chrétien souffre pour la justice quand, en échange de sa fidélité au Christ, il fait l'expérience des humiliations et des outrages, de la dérision dans son propre milieu de vie, incompris parfois même par les personnes qui lui sont les plus chères. Quand on s'expose à être contredit, quand on risque l'impopularité. Il y a le martyre du corps et celui de l'esprit, le martyre de notre vocation et celui de notre mission." 7 juin 1999 à Bydgoszcz, lieu de massacres par les nazis le 03-09-39

Il est bien vrai que lorsque nous acceptons d’annoncer le Christ et d’en témoigner par notre vie, nous acceptons aussi le risque des incompréhensions et des oppositions. Et cela même en société, dans notre milieu de travail, dans notre voisinage, à l’école, au lycée et parfois même au cœur de notre famille. Pensons à la souffrance de tant de parents qui voient leurs enfants faire d'autres choix ou occulter tout ce qui leur a été transmis…

Restons pourtant témoins dans la confiance

Oui, il n’est pas rare que certains de nous perdent cœur et renoncent à leur vocation prophétique, non par volonté délibérée mais par découragement.

C’est que peut-être… nous n’avons pas encore entendu et accueilli pleinement pour notre propre compte, le risque de cette Parole, qui nous dérange nous-mêmes comme elle dérange ceux qui la reçoivent de nous.

Jésus nous invite à la confiance : “Ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire. Ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment.” (Mt 10-19) Si nous vivons de lui, notre foi nous fait savoir que sa présence en notre vie est la force et la source de cette confiance. À condition, bien sûr d'alimenter, de développer cette vie par la prière, la méditation, les sacrements ! Ajoutons que sa présence se traduit également par celle de l’Esprit Saint comme il l'a enseigné à ses apôtres quelques heures avant sa mort, au soir du Jeudi Saint.

Deux épisodes de la vie de saint Pierre nous éclairent. Au soir de l’arrestation de Jésus, il renie son maître parce qu’il en reste à ses propres forces. « Je ne le connais pas ! » Mais après la venue de l’Esprit Saint, avec saint Jean, il ose déclarer au Sanhédrin : ”Nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu.” (Actes 4. 30)

C’est bien cela ce que nous avons à vivre parce que nous l’avons accueilli. Cette Parole peut rendre notre cœur brûlant, et comme pour les disciples d’Emmaüs, elle nous donnera de reconnaître le Christ vivant en nous et donc la force d'être de vrais témoins.

Prions pour qu'il en soit de même pour tous ces enfants qui ont renouvelé ces temps les promesses de leur baptême ou qui le feront plus tard ! De même pour les mariés, à qui le célébrant demande : « Êtes-vous disposés à assumer ensemble votre mission de chrétiens dans le monde et dans l’Eglise ? » De même enfin pour les prêtres, pour François et Oswaldo ordonnés dimanche sur qui l’Évêque dira après leur avoir imposé les mains avec tous les prêtres présents : « Répands une nouvelle fois au plus profond d’eux-mêmes l’Esprit de sainteté. Qu’ils soient de vrais collaborateurs des évêques pour que le message de l’Évangile, par leur prédication et avec la grâce de l’Esprit Saint, porte du fruit dans les cœurs et parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

AMEN !                                             Père Yves Bachelet d’après le Père Jacques Fournier

Pièce(s) jointe(s):
Télécharger ce fichier (200621-12 TO A 2020 HOMELIE 01.pdf)200621-12 TO A 2020 HOMELIE 01.pdf[ ]233 Ko

PENTECÔTE 31 MAI 2020

Livre des Actes des Apôtres (2, 1-11)

  • « Tous furent remplis d’Esprit Saint et se mirent à parler »

Psaume103 « Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre ! »

Première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (12, 3b-7. 12-13)

  • « C’est dans un unique Esprit que nous tous avons été baptisés pour former un seul corps »

VENI CREATOR SPIRITUS : Viens, Esprit Saint, en nos cœurs

et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.

Alléluia. Alléluia.

  • « Viens, Esprit Saint ! Emplis le cœur de tes fidèles !

Allume en eux le feu de ton amour ! » Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean(20, 19-23)

  • « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint »

Au matin de la Pentecôte, les apôtres étaient confinés. Confinés à cause d’un virus. Un virus qui s’appelle la peur. Les apôtres avaient peur. Peur des autorités juives qui avaient livré Jésus à Pilate. Pour avoir suivi Jésus, les disciples se savaient repérés. Ils n’avaient pas beaucoup d’amis à Jérusalem, sauf, sans doute, celui qui les hébergeait depuis le Jeudi Saint. L’homme avait mis à leur disposition une grand salle toute équipée. On l’appelait la chambre haute. C’est là, qu’au cours du dernier repas, Jésus avait institué l’Eucharistie après avoir lavé les pieds de ses disciples. Là que Jésus les avait longuement entretenus avant de descendre au jardin des oliviers. Là, que le soir de Pâques, il leur était apparu, toutes portes closes, et s’était fait reconnaître à ses plaies. Avec la résurrection, Jésus réalisait sa promesse et répandait sur eux l’Esprit Saint. Cela dit entre Pâques et Pentecôte, les disciples en prière ont trouvé le temps long. Confinés dans l’attente de l’Esprit. Remplis d’inquiétude : de quoi demain sera-t-il fait ? Auraient-ils assez de courage pour témoigner de ce qu’ils avaient vu et entendu ?

Comme Pâques, Pentecôte était à Jérusalem une fête de pèlerinage. On faisait mémoire du don de la Loi, ces fameux dix commandements que Dieu avait donnés à Moïse. On célébrait aussi les moissons avec l’offrande des premières gerbes. A l’époque, outre les Juifs de Palestine, montaient à Jérusalem les Juifs de la dispersion : ceux qui habitaient d’autres pays parfois lointains et qui faisaient le déplacement pour adorer le Seigneur. Ce matin-là, il y avait foule dans les rues. C’est à ce moment que se produit l’évènement qui donne naissance à l’Eglise. L’Esprit se manifeste à grand bruit : de quoi réveiller les endormis ! il dépose sur chacun une langue de feu. Que sont ces langues de feu ? Des langues d’abord. Des langues pour parler. Des langues à l’image d’un monde multiple, riche de la diversité des cultures. Le message est clair : l’Evangile s’adresse à tous. Et le feu ? C’est l’amour. L’ardeur. Le courage. Ces hommes apeurés ne craignent plus personne. Les voilà dans la rue. Au milieu de la foule. Ce Jésus mort et ressuscité, ils l’aiment. Ils l’annoncent. Les hommes, les femmes venus d’un peu partout, ils les traitent en frères. L’amour devient Parole. Parole de vie. Pierre, le pêcheur du lac, le timide au verbe embarrassé ne craint plus de s’adresser en public à des interlocuteurs qu’il ne connaît pas. L’Esprit fait de lui un témoin. Quelques jours plus tard, les Juifs du grand conseil, ceux qui ont livré Jésus et menacent ses amis, reconnaissent, stupéfaits, que des hommes simples et peu versés dans l’Ecriture leur tiennent tête. Ils s’en émeuvent… L’un d’entre eux, un sage, les avertit : si cette annonce vient des hommes, elle ne tiendra pas. Si elle vient de Dieu, rien ne pourra l’arrêter.

Nous connaissons la suite. Nous la connaissons de l’intérieur. Elle nous concerne aujourd’hui. Si nous sommes là, c’est au nom de la foi. Si nous parlons, c’est au nom de la charité. Malheur à nous si nous occultions le message par peur, paresse ou lâcheté. Confinés, nous avons redécouvert les vertus du silence. De la prière, peut-être… De la solidarité. Des proches nous ont manqué. Des personnes ont été malades. Certaines sont mortes dans la solitude. Nous ne sommes pas indemnes. Allons-nous recommencer comme avant ? En un mot faire comme si… Comme si rien ne s’était passé ? A nous, aujourd’hui, de recevoir le message de la Pentecôte. Puisque nous avons retrouvé l’usage public de la parole, qu’allons-nous en faire ?

Quelle part pour la louange et pour la gratuité ? Quelle part pour l’audace, l’envie de dire et de construire, sortir de la grisaille et de l’anonymat ? Serons-nous une Eglise anesthésiée ou un peuple assez fou pour clamer sa foi et trouver les mots de l’Evangile ? Notre monde incertain, tenté par ses démons familiers, a besoin de témoins. Peut-être avons-nous du mal à nous en persuader… La paresse spirituelle est aussi sale que la suie. Elle est indolore. Nous ne la sentons pas. Pentecôte est plus qu’une piqûre de rappel. Un séisme intérieur. Une nouvelle naissance. A pas comptés, malgré le masque et les distances obligatoires, comme des convalescents, n’ayons pas peur.

Dieu est plus grand que notre cœur.

Père Georges AUDUC

Pièce(s) jointe(s):
Télécharger ce fichier (200531-PENTECOTE A 2020-31 MAI-01.pdf)200531-PENTECOTE A 2020-31 MAI-01.pdf[ ]407 Ko

Dimanche de La Sainte Trinité 2020

Livre de l’Exode (34, 4b-6. 8-9)

« Le Seigneur, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux »

Cantique (Daniel 3, 52, 53, 54, 55, 56))

À toi, louange et gloire éternellement !

Deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens (13, 11-13

« La grâce de Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit »

Alléluia. Alléluia.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit :

au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (3, 16 -18)

« Dieu a envoyé son Fils, pour que, par lui, le monde soit sauvé »

Cédric était un petit raisonneur. Chaque soir, sa maman passe un moment avec lui avant qu’il ne s’endorme.

- Maman, tu sais ce que c’est : l’infini ?

- oui, un peu. Pourquoi me demandes-tu cela ?

- parce que moi, j’ai trouvé

- dis-moi

- c’est comme la vache qui rit !

- tu racontes n’importe quoi !

- non, maman, sur la boite il y a une vache, et, à ses oreilles, pend une boite sur laquelle il y a une vache et à ses oreilles…

- très bien, dors maintenant

- Mais, ça ce n’est pas le vrai infini. Le vrai infini, c’est le soir quand tu viens m’embrasser avant que je dorme.

- pourquoi c’est l’infini ?

- parce que je t’aime plus parce que tu m’aimes plus et je sais que tu m’aimes plus parce que je t’aime plus, et cela ne s’arrête jamais !

Le vrai infini, il porte un nom : DIEU, Dieu Amour : amour infini !

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle » (Evangile du jour)

« Dieu, tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité » (1ère lecture-Exode)

Voilà ce que disent les textes entendus à la Messe : un Dieu dont l’amour s’est manifesté en Jésus, et Jésus nous a révélé le projet de Dieu : que nous soyons ses enfants ! que nous partagions sa propre vie ! son intimité ! que nous entrions dans son bonheur infini !

Le Chemin ?

C’est d’appartenir à la famille de Dieu par le baptême, c’est d’être l’Eglise qu’il veut pour le monde, et pour y parvenir, d’accueillir l’Esprit de famille de Dieu. Quand les membres d’une famille s’entendent bien, ça se voit à leur façon d’être unis, à leur esprit commun. Chacun dit du bien de l’autre et a envie de la défendre contre les agressions extérieures.

L’esprit de famille de Dieu, c’est un peu cela. Il nous rend solidaires, désireux d’aimer et de construire, il fait de nous des « fils », il nous donne l’audace d’appeler Dieu « papa » ! Notre Dieu s’est fait tellement proche de l’homme qu’il en fait des « fils », il veut partager avec nous son intimité, sa propre vie : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. »

Nous n’aurons pas trop de toute notre vie terrestre pour comprendre quelque chose de ce grand mystère de l’amour de Dieu qui surpasse toute connaissance. C’est comme si nous voulions essayer de boire toute la mer avec une petite cuillère… c’est démesuré, inouï !

Chers amis, cette fête de la Sainte Trinité nous enseigne plusieurs choses importantes :

  •      1 - Tout d’abord, ceci : animés par l’Esprit nous sommes invités à faire circuler l’amour que Dieu donne à tous. Connaissez-vous la cascade de Brisecou au- dessus d’Autun ? Une année où l’hiver était long et rigoureux, je l’ai contemplée complètement gelée ! l’eau, habituellement si vive, éclatant en gerbes d’écume était pétrifiée, silencieuse, prisonnière de la glace. C’était impressionnant. Eh bien, ne laissez-pas l’amour que Dieu nous donne se pétrifier dans les glaces de l’égoïsme, du laisser-aller, ou de l’indifférence. Ne vivons pas une sorte de confinement « spirituel » ! soyons « chauds » pour Dieu, soyons une eau limpide qui circule et répand la vie partout où elle passe. Pour cela, il faut être alimenté : l’eau qui sera détournée de sa source est condamnée à disparaître. Il faut être branché sur Dieu et son Eglise pour bénéficier pleinement de sa vie.
  •      2 -  L’Amour de Dieu circule par l’intermédiaire des personnes qui l’accueillent et le transmettent, un peu à l’image des joueurs qui font circuler le ballon entre les joueurs. Il ne faut pas se contenter de jouer « personnel », mais profiter de la richesse des dons de chacun. Le terrain, c’est le monde, les joueurs c’est l’humanité dans toute sa diversité et l’arbitre, c’est Dieu avec son Eglise qui a mission de veiller sur la bonne marche du match de la vie.

Puissions-nous, chrétiens, être encore plus visage de l’amour de Dieu, dans l’esprit de l’Evangile, afin que le monde croie.

Père André AUDUC

Pièce(s) jointe(s):
Télécharger ce fichier (200607-A 2020 SAINTE TRINITE-01.pdf)200607-A 2020 SAINTE TRINITE-01.pdf[ ]328 Ko

DIMANCHE 24 MAI 2020  *  7ème DIMANCHE DE PÂQUES

Livre des Actes des Apôtres (1, 12-14)

« Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière »

Psaume 26

« J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. »

Première lettre de saint Pierre apôtre (4, 13-16)

« Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous »

Alléluia. Alléluia. « Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur ;

je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira. » Alléluia

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (17, 1 b -11 a)

« Père, glorifie ton Fils »

Nous venons d'entendre ce que la Tradition appelle "la prière sacerdotale de Jésus". Au moment d'entrer dans le grand silence de la Passion, le Christ, à haute voix, parle à son Père. Il prie. Et cette prière est une spirale d'amour, un tourbillon de feu qui nous absorbe et nous entraîne au cœur même du cœur du Père, car nous sommes présents dans cette prière du Christ.

D'ailleurs entre ascension et Pentecôte, temps de l'absence du Christ marqué d'une promesse, temps de l'attente et de l'espérance, tout parle de prière !

La nécessité de la prière, l'urgence de la prière ! Ils étaient "assidus à la prière…" nous ne savons plus bien ce que cela veut dire avec nos arrivées parfois tardives, nos participations irrégulières, aléatoires, nos places clairsemées, éloignées ou distantes malgré le geste de paix, nos départs prématurés… Je caricature….

Assidus à la prière ! Le Christ prie son Père et au cœur de sa prière, il y a l'Homme, toute l'humanité, hommes, femmes, enfants : "Je prie pour eux, pour ceux que tu m'as donnés. Donne-leur la vie éternelle – la vie éternelle c'est qu'ils te connaissent, Toi et Celui que Tu as envoyé !»

Le monde de la prière est le monde de la relation, de la con-naissance –naître avec-, de la com-union –être en union avec. Cette relation, cette connaissance, cette communion, elle naît d'un échange, elle ouvre sur un échange, un don (et nous sommes là si près du sacrement de mariage). "J'ai fait connaître ton nom aux hommes… ils ont gardé fidèlement ta Parole… maintenant ils savent… ils ont cru…" Jn 17/8

Voilà la vie éternelle déjà commencée en nous et par nous.

Cette vie éternelle résulte d'une double démarche : celle de Jésus qui la donne et celle de l'homme qui accepte de la recevoir et en vit au quotidien par la foi. D'où cette accumulation de verbes-actifs : (vous les avez lus, entendus, je les rappelle) connaître, garder, savoir, recevoir, croire, ce qui veut dire que la vie éternelle n'est pas quelque chose qui se situerait au-delà de la mort, mais qu'elle s'épanouit déjà dans la lumière d'une vie quotidienne toute disponible à cet accueil de la grâce !

            Devant ce courant d'amour de Dieu, j’ai envie de dire -ce torrent d’amour- l'homme reste pourtant libre : souvenons-nous : "la lumière est venue dans le monde et les ténèbres ne l'ont pas accueillie."

En chacun d'entre nous il y a une part de ténèbres qui parfois n'accueille pas le Christ selon son attente. C'est pour cela qu’il prie son Père afin que la lumière existe et qu'elle vienne en chaque homme : "Pour qu'ils aient ma joie en plénitude" ajoute-t-il. "Je prie, Père, pour ceux que tu m'as donnés parce qu'ils sont à toi ; garde-les dans ton nom… et il avait déjà dit : "pour qu'ils aient la vie en abondance."

Avez-vous enregistré les mots-clefs : connaissance, communion, vérité, lumière, joie, nom, tout cela englobé dans le maître-mot 'la gloire' qui est la densité, le poids de l'amour en acte !

D’où la Parole du Christ "Père, je t'ai glorifié sur la terre, car j'ai accompli l'œuvre que tu m'avais donnée à faire."

Parole qu'il allait ratifier le lendemain au Golgotha en cet ultime expression « Tout est accompli !»

            Et voici désormais que la mission nous incombe. À nous maintenant d’accomplir cette œuvre parmi et pour les hommes, nos frères : n'a-t-il pas dit : "Comme tu m'as envoyé dans le monde, je les envoie dans le monde… je prie pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi".

Dimanche dernier, l'Apôtre Pierre nous disait : "Soyez capable de rendre compte de l'espérance qui est en vous !" C’est à nous qui portons le nom de Chrétien que Pierre nous le demande aujourd'hui : à nous d'annoncer la Parole de Vie, et il ajoute : "Pour que tout homme soit en communion avec nous, comme nous, nous sommes en communion avec le Père par le Fils."

À nous, non seulement de dire mais de montrer, au nom de notre foi de chrétien, que la vie humaine se construit dans la relation vraie, se nourrit de communication, est communion. Tout l'édifice repose sur la confiance. Je crois en l'autre parce que j'ai confiance en lui. J'ai confiance en lui parce que je sais qu'il n'a pas le désir de me tromper même s'il est faillible… Par la confiance donnée, la liberté de chacun et le respect de l'autre deviennent les maîtres-mots. La communication se nourrit alors de vérité. La relation devient communion, union respectueuse du parcours et de l'intime de chacun.

Faut-il préciser que ce qui vaut des relations entre les personnes, vaut tout autant pour la société entière et les relations entre nations ! N’est-ce pas ce que nous sommes en train de découvrir à travers cette pandémie provoquée par un minuscule virus ?

Le Chrétien serait infidèle à sa foi s'il n'offrait au monde ce qui le libère. Il ne faut pas garder le don de l'Évangile, don d'amour et de vérité, uniquement pour soi-même. On doit l’offrir !

L'Apôtre Jean, dès le début de l'Eglise, témoigne que si l'être humain est un être de relation, de communication, de communion, c'est parce que Dieu l'est lui-même et qu’il nous appelle à communier à sa vie. Comment alors ne pas proclamer cette Bonne Nouvelle sur les toits ? Comment ne pas partager une telle foi, une telle espérance, un tel amour avec toutes et tous ?

            Dans un monde en quête de sens, notre devoir, notre mission est de témoigner par tous les moyens que la Vérité est Jésus Christ et que cette Vérité rend libre.

Que l'Esprit Saint nous donne le courage de le faire ! AMEN !

Père Yves Bachelet

Pièce(s) jointe(s):
Télécharger ce fichier (200524-7 Paques A 2020-01.pdf)200524-7 Paques A 2020-01.pdf[ ]418 Ko