22 novembre 2020 *34ième du Temps Ordinaire année A

* Ézékiel (34, 11-12. 15-17) *Ps 22 *1ière Corinthiens (15, 20-26. 28) * Matthieu (25, 31-46)

« Quand le Fils de l’Homme viendra dans sa Gloire, il siégera sur son trône de Gloire. Alors le Roi dira… »

Beaucoup d’artistes , peintres, sculpteurs ont représenté cette scène qu’on appelle « le Jugement dernier ». Vous connaissez sans doute les deux plus célèbres : celle de Michel Ange, œuvre gigantesque de 16/13m éclatante et tourbillonnante à la Chapelle Sixtine au Vatican, et le non moins impressionnant tympan de Gislebertus à Autun entièrement restauré -comme toute la cathédrale d’ailleurs.

            Le Christ-Roi, le Christ-Seigneur. Nos démocraties n’aiment pas ces mots ! Mais au-delà du mot, au-delà de l’image que veut nous révéler l’Évangile de ce jour ?

Rappelons-nous ce que dit le Prêtre à chaque baptême : « Toi qui fais maintenant partie du peuple de Dieu, il te marque de l’huile sainte pour que tu demeures éternellement prêtre, prophète et roi. »

            Au royaume de Dieu, il n’y a que des prêtres, que des prophètes et que des rois !

La fonction sacerdotale (celle du prêtre) est celle de la prière. C’est louer Dieu pour ce qu’il est et pour la vie qu’il donne. C’est discerner, respecter et célébrer toute vie, surtout celle des plus fragilisés.

C’est relier Dieu à l’Homme et relier les hommes entre eux. Parmi eux tous, certains sont ordonnés spécialement pour le faire en actes à travers les sacrements, cela au nom de Jésus Christ, « grand prêtre par excellence » Hb 4/14.

La fonction prophétique, c’est annoncer les merveilles du Seigneur dans l’histoire des hommes. C’est oser aller à contre-courant quand les droits de Dieu et les droits de l’homme sont mis à mal.

C’est prêter sa voix à la colère de Dieu pour dénoncer toute injustice, tout mépris de l’homme.

Enfin la fonction royale, c’est être au service du bonheur des autres pour qu’ils aient nourriture, santé, éducation, sécurité, respect et estime d’eux-mêmes !

C’est ce que le Christ et singulièrement l’Évangile de ce jour nous révèlent et nous enseignent.

Si Jésus est ROI, c’est parce qu’il sert ! « Il se dépouille de sa divinité, dit Paul, pour prendre la condition de Serviteur. » Et au soir du Jeudi Saint, au lavement des pieds, Jésus dira : « Je vous ai donné un exemple pour que vous fassiez ce que j’ai fait ! »

FAIRE !

Ces derniers dimanches, il nous a été demandé de VEILLER dans l’attente du retour du SEIGNEUR et surtout de rendre cette attente active (c’était la parabole des talents).

            Rendre l’attente active, c’est FAIRE ce que le Christ a fait, Dieu à notre service pour nous sauver, aimer comme il a aimé.

Autour de nous, en nous, il y a tant et tant de manques : la faim, la soif matérielles et spirituelles, le dénuement à tout niveau… il y a aussi les exclusions de tous ordres, les étrangers, les malades, les prisonniers, les faibles, les pas d’chance…

            Face à ces carences, à ces faiblesses, à ces blessures indignes de l’homme, on voit ou on ne voit pas, on sait ou on ne sait pas, on fait ou on ne fait pas, on aime ou on n’aime pas.

Oui, c’est là-dessus que nous serons jaugés, estimés, pesés comme au tympan d’Autun, disons le mot : jugés ! pas sur nos bonnes intentions, mais sur nos actes. Avez-vous accueilli, nourri, désaltéré, habillé, visité, aimé l’autre pour qu’à son tour il puisse faire de même aux autres ???

            Nous avons vu, dimanche dernier, comment le Secours Catholique-SOS- est l’une des voies essentielles de cette action, de ce service, de cette diaconie, de cet amour, de cette royauté, tous mots synonymes.

C’est Paul qui nous le dit : « Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité… L’amour ne passera jamais ! ».

Le voici « le pouvoir royal » : celui du serviteur aux pieds des siens.

Ce pouvoir, le christ l’exerce encore maintenant à travers et par les siens ! Viendra le jour où tout sera achevé et où, comme nous le redit Paul aujourd’hui, « Christ pourra remettre ce pouvoir royal à Dieu son Père ».

En attendant, chacun, chacune d’entre nous est appelé.e à mettre ses pas dans ceux du bon pasteur pour agir de même : le Bon Pasteur-vient de nous rappeler le prophète Ézéchiel, dans le premier texte- est celui qui veille, délivre, nourrit, apaise, cherche et ramène, panse, guérit, garde… « Suis-je le gardien de mon frère ? » fausse question de Caïn-le-fratricide en réponse à la question de Dieu : « Où est ton frère ? », fausse question qui amènera l’interpellation du Créateur : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Gn 4/8-10

Remarquons que dans cette scène impressionnante du jugement dernier, le Christ ne demande pas : « Crois-tu ? » mais, en quelque sorte : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Ce qui veut dire que celles et ceux qui, du fond de leur cœur, ont répondu à l’appel des autres sans forcément faire profession de foi en Dieu, qui ont aimé, simplement aimé … ceux-là auront un jour, eux aussi, la joie de s’entendre dire : « Venez, les bénis de mon père ! Recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde. »

Dans la Bible, la fraternité court de la genèse au jugement dernier. Comme l’amour, elle est si forte, si identitaire qu’elle ne mourra jamais ! Ce qui nous autorise à dire, lorsque nous prions, des mots qui nous engagent à vie : les mots même du Fils unique, premier-né d’entre les morts : « Notre Père… »     Amen !

                                                                 Père Yves Bachelet

Voici venue l'heure du Jugement dernier. En haut la main de Dieu tient la balance : c'est la pesée des âmes. Saint Michel Archange « accompagne » -discrètement- le plateau des élus dont l’âme pèse plus lourd que celle des damnés. Satan triche honteusement en tirant à lui le fléau. En vain !

« L’ange du jugement de Gislebertus, au tympan de la cathédrale, pose délicatement la main sur le couffin de l’âme humaine naissant à sa destinée ; il est montré avec infiniment plus de poids, de « gloires » disons-nous en langage biblique, que l’agrippement désespérant de l’adversaire de l’homme, crispé sur lui-même, essayant vainement d’entraîner l’homme, la femme, le visiteur, le touriste, le liturge, le passant, dans l’abîme éternel. En silence, en communion, le peuple sait bien qu’il ne se sauvera pas seul. Il sait que l’on ne va jamais inaugurer un bon royaume isolément des autres. »

Extrait de la préface par Mgr Rivière in « Autun, la grâce d‘une cathédrale ». Merveilleux livre d’art qui vient d’être édité. Place des victoires.

Vous pouvez consulter la pièce jointe à ce texte sur le site de la paroisse.

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15 novembre 2020-33° TO A /
journée mondiale des pauvres
et journée mondiale du Secours Catholique

Nous terminons l’Évangile de Matthieu qui nous a accompagné toute cette année A. Avec la parabole des talents, nous nous situons entre la parabole des vierges prévoyantes et insensées -dimanche dernier- et celle du jugement dernier -dimanche prochain. Nous pourrions alors entrer dans les évènements de la Passion, de la mort, de la résurrection, enfin de l’ascension, promesse de la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte, et entendre le Christ nous dire : « Tout pouvoir m’a été donné : Allez ! Faites des disciples ! Baptisez ! Enseignez ! Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde ! »

Je ne peux m’empêcher d’entendre en contre point la voix de Yahvé au livre des origines, de la Genèse : « je vous donne la terre, les herbes, les arbres, les oiseaux, poissons, animaux, soyez féconds, emplissez la terre et soumettez-la ! »

Entre le livre des origines et le livre de la fin des temps, s’insère l’histoire de l’humanité, notre histoire ! Alpha et Oméga du cierge pascal ! Christ Principe et Fin de tout.

Aujourd’hui, Matthieu nous révèle que ce temps correspond à l’établissement et à la construction du Royaume des cieux déjà sur terre, ici et maintenant.

C’est le sens de cette phrase qu’il utilise plusieurs fois : « Jésus parlait aux disciples de sa venue… »

C’est à la lumière de son retour en gloire (nous attendons ton retour dans la gloire) que Jésus lui-même accepte, comprend et vit sa PROPRE mort. C’est à cette même lumière que notre vie prend sens et s’oriente !

Dimanche dernier, nous avons entendu la parabole des vierges prévoyantes et des vierges insensées. Parabole qui nous rappelait notre propre vocation : « Vous êtes devenus lumière dans le Christ ; marchez toujours comme des enfants de lumière… Demeurez fidèle à la foi de votre baptême. Alors quand le Seigneur viendra, vous pourrez aller à sa rencontre dans son Royaume avec tous les saints du ciel ! »

VEILLEZ ! Toute la vie du baptisé est une veille, ce qui suppose de tenir sa lampe allumée, même si l’on dort, et surtout d’avoir en permanence de l’huile disponible. La lampe symbolise cette activité de veiller et d’aller à la rencontre, mais c’est l’huile qui symbolise cette capacité personnelle d’attendre. Les prudentes ne peuvent pas donner de leur huile qui représente, qui est leur responsabilité personnelle dans l’attente active. Les autres ont laissé s’éteindre leur attente, leur activité, leur responsabilité d’attendre.

D’où cette parole terrible de l’époux. « Je ne vous connais pas ! »

La parabole des Talents prolonge cette parabole de la veille.

Remarquons que pour parler de sa venue, Jésus parle de son départ pour un voyage…. temps d’absence du Seigneur mais rempli de l’énergie vitale de son Esprit ! Nous l’avons souvent expérimenté !

Chose étrange : le maître confie ses biens, tous ses biens !... à des spécialistes, des gestionnaires ? non… à ses serviteurs… ! Tous ses biens, sa fortune : 1 talent= 6000 journées de travail…

Il confie, il joue la confiance, il fait confiance (mot utilisé 5 fois dans le texte !). A-t-il raison ? Voilà quelqu’un qui symboliquement se livre, se donne tout entier. Il nous revient de dire s’il a eu raison, c’est à nous de lui donner raison ou non !

Que font les serviteurs, que faisons-nous ? Dès le départ, les jeux sont faits. « Il partit. Aussitôt… ! » dit le texte. L’absence, (une absence qui dure… ‘’longtemps après’’), et la responsabilité confiée stimulent les deux premiers serviteurs et les sauvent… tandis qu’elles enferment l’autre et le condamne.

Les deux premiers ont doublé la mise. Le texte ne dit pas comment ils ont fait. Ne cherchons pas si tout a été dans les clous… Ce que le maître loue, c’est leur audace, leur dynamisme, leur efficacité et leur fidélité. En fait, ils ont agi d’après le ressenti qu’ils avaient de leur maître : un maître généreux, qui fait confiance, qui respecte la liberté de chacun, les capacités de chacun et qui donne envie de vivre comme lui, en Alliance.

Le troisième met sa fidélité et toute son énergie à préserver cet héritage encombrant qu’il a reçu, et à s’en débarrasser dès le retour du maître. Dépossédé de son avenir et enfermé dans la stérilité du passé il s’est privé des chances offertes. Son talent, il l’enterre. Il est le fossoyeur de son propre avenir, de son propre devenir. Ainsi, il est déjà mort : « Jetez-le dehors dans les ténèbres ! » dira le maître.

            Et nous ? Nous sommes appelés (chacun, chacune, avec nos propres talents) à être les artisans de ce Royaume de Dieu. En sommes-nous conscients ? Nous avons à mettre en cohérence notre attente du Seigneur et notre vie quotidienne.

Chaque jour, être pris dans cette joyeuse dynamique : qu’est-ce que le Seigneur attend de moi ? Quel bien m’a-t-il confié ? Ai-je réalisé que je devrai rendre des comptes. Mon attente est-elle active ou passive ? Autrement dit, ma vie est-elle remplie et de quoi ?

Cette parabole des talents, aujourd’hui revêt une résonnance toute spéciale : journée mondiale des pauvres, journée nationale du secours catholique !

Vous sentez bien qu’on ne peut se contenter de belles paroles, de comptes rendus d’actions ou de projets, de quêtes récoltées, mais qu’il s’agit d’une conversion du cœur qui va jusqu’à la rencontre du frère concret dans toute son originalité, sa spécificité, sa pauvreté avec qui on met en action tous les talents que l’on a reçus ! Il n’en manque pas autour de nous, à nos portes, dans le secret même des cœurs ! Dans son message pour aujourd’hui, le pape François nous dit : « ‘’ Tends ta main au pauvre’’ (Si 7, 32) … La référence constante à Dieu n’empêche pas de regarder l’homme concret, bien au contraire, les deux choses sont étroitement liées…

La prière à Dieu et la solidarité avec les pauvres et les souffrants sont inséparables… Tendre la main est un signe : un signe qui rappelle immédiatement la proximité, la solidarité, l’amour… »

Il dit encore : « Il nous faut toucher de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couverts de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. »

Heureux les pauvres… les affamés de justice, les compatissants, les artisans de paix !...

Frères et sœurs trois questions pour terminer :

Nos lampes sont-elles garnies ?

Nos talents sont-ils bien placés ?

Les pauvres brillent-ils de notre lumière, vivent-ils de nos talents ? AMEN !

Père Yves Bachelet

Voir sur internet : ‘’Journée mondiale des pauvres 2020’’ le Message du pape François. 4ème journée mondiale des pauvres.

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Homélie Toussaint 2020 - Brienne

La première lecture, tirée du livre de l’Apocalypse, décrit la vision du Ciel où les saints partagent éternellement la joie de Dieu. Ceux qui bénéficient de cette joie du ciel, comme nous le dit Saint Jean, ne sont pas quelques-uns. Ce ne sont pas deux ou trois élus qui au terme d’un parcours du combattant extrêmement pénible et difficile auraient réussis enfin à gagner le ciel. Pas du tout, ils sont une multitude ! Si nombreux qu’on ne peut pas les dénombrer.

Et cette multitude signifie une variété infinie. Souvent, lorsque nous évoquons les saints nous évoquons ceux qui sont ici représentés sur ces belles icônes ou bien ceux qui sont statufiés comme Jeanne d’Arc ici ou Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus là encore. Ce sont des modèles magnifiques mais inatteignables… Je ne suis pas Jeanne d’Arc qui a conduit le roi de France à Reims en pleine guerre avec les Anglais pour qu’il y soit sacré. Je ne suis pas Thérèse de Lisieux qui a vécu quelques années au Carmel, explorant la voie de l’enfance dans l’humilité et la simplicité de cœur… Bien sûr nous ne sommes pas comme eux et tant mieux parce que Dieu ne veut pas que nous soyons exactement comme eux. Dieu veut que nous soyons saints chacun selon sa route, chacun selon les charismes, les talents dont il est doté dans les circonstances de la vie présente et non pas d’une vie rêvée ! Voilà ce qui est merveilleux, au Ciel, aucun saints ne se ressemblent, ils sont tous différents, parce qu’ils ont tous portés à l’accomplissement la beauté dont Dieu les avait revêtus. Si le péché nous uniformise et nous rend tous parfaitement ternes, la grâce nous distingue et nous fait briller d’un éclat particulier. Etre saint ce n’est pas adopter une posture hiératique, être saint ce n’est pas être bien sage... être saint c’est réaliser le projet que Dieu a déposé en nous au jour de notre baptême : un projet d’amour. Si tu es parent tu deviendras saint en aimant tes enfants, en leur permettant de grandir, de s’accomplir dans les talents que Dieu a disposés en eux. Si tu es enfant, tu deviendras saint en étant plein d’audace et d’énergie pour déployer là aussi et faire grandir toutes les qualités que tu as en toi. Si tu es un travailleur, tu deviendras saint en accomplissant ton travail de la meilleure manière qui soit avec honnêteté et compétence. Si tu es diacre, tu deviendras saint en étant un serviteur dévoué et attentif aux plus faibles. Si tu es responsable de la catéchèse, tu deviendras sainte en transmettant le meilleur de ce que tu as reçu aux petits qui te sont confiés et si tu es époux tu deviendras saint en favorisant toujours la joie et la croissance de ton épouse etc... etc... etc...

Chacun selon sa route, nous devenons saints et certainement pas devenant la photocopie de figures de sainteté considérées de manière trop superficielle. C’est en imitant l’amour de Dieu, en nous laissant transformer par cet amour que la sainteté… et la joie grandissent !

Dans l’évangile des Béatitudes, Le mot « heureux ! » rythme chacune des invocation du Christ et on pourrait le remplacer par de le mot « saint ! ». Tu es saint toi qui est pauvre de cœur, tu es saint toi qui es doux, tu es saint toi qui continue de témoigner de l’amour du Christ malgré les offenses, les blessures et les injures de la vie. La sainteté est notre bonheur.

Qu’est-ce que Jésus veut nous dire à travers les Béatitudes ?
Un chose d’abord, c’est que Jésus voit la situation dans laquelle se trouvent ses disciples ou vont se trouver : une situation de menace, une situation difficile et cette situation de menace dans laquelle Jésus voit concrètement les siens il la change en promesse, en promesse de bonheur. Comme s’il disait à ses disciples : n’arrêtez pas votre regard à la situation telle que vous la voyez maintenant, discernez la promesse que je vous ai faite, la promesse d’un bonheur et d’une vie éternels. Les béatitudes sonnent précisément comme la promesse d’un monde nouveau que Jésus est venu inauguré. Un monde dans lequel nous sommes déjà plongés, mais un monde que nous ne discernons pas parce que nous voyons encore toutes sortes d’empêchements à l’éclosion définitive de la vie. Jésus nous invite donc à une forme de renversement des valeurs. La tristesse est un chemin de joie. La tribulation est un chemin de paix. Les injures et les blessures sont un chemin de réconciliation. Tel est notre bonheur.

Cet évangile résonne sans doute d’une manière toute particulière en ces jours que nous traversons. A cause de la pandémie, à cause aussi des atrocités qui ont été commises à Nice et ailleurs… Ne nous laissons pas voler notre espérance. Nous savons en qui nous avons mis notre confiance…

Permettez-moi cette réflexion, en aparté… Je me demandais ces derniers jours : quelle est la valeur la plus importante que nous devons défendre. Est-ce que c’est la vie ? Je n’en suis pas si sûr. Je ne veux pas que vous vous mépreniez sur mon intention : la vie est à respecter infiniment mais je ne suis pas sûr que la vie biologique soit la valeur ultime. Je repense à une très belle parole de Frère Roger qui disait ceci : dans la vie rien n’est grave, sinon de perdre l’amour. Si bien que je pense que perdre l’amour est encore plus terrifiant que de perdre la vie. Encore une fois, je ne dis pas que la vie n’a pas une immense valeur et que de la perdre ne signifie rien… Je voudrais simplement replacer l’amour au cœur de mon existence, au cœur de nos existences… un amour concret, qui s’exprime dans la générosité, la gratuité, la bonté, une affection renouvelée. Un amour semblable à celui du Christ pour tout homme. « Lui qui était de condition divine s’est anéanti, il s’est abaissé jusqu’à la mort et la mort de la croix… » (Cf. Ph2)

Lorsque nous contemplons les Béatitudes, c’est Jésus que nous discernons. Qui est le pauvre de cœur ? Qui est absolument doux ? Qui est artisan de paix ? Qui sait qu’au travers de tous les obstacles de la mort la vie peut resplendir : Jésus.

Vivre les Béatitudes c’est donc avant tout contempler Jésus et sa victoire sur la croix. Ne pas chercher à faire de grandes choses, des choses extraordinaires, non, contempler le Seigneur. Le contempler, le connaitre, méditer les écritures pour le connaitre mieux. Et puis s’efforcer de vivre et d’aimer comme lui, avec la grâce et le force qu’il nous donne, chaque matin.

Amen.

Transcription de l’enregistrement audio de l’homélie donnée par le p. Grégoire Drouot le 1er novembre 2020 à Brienne.