Montpont Dimanche 28 novembre à 9 h45

Entrée en Avent : conférence du diacre Patrice Sauvage

sur le thème de la fraternité en lien avec le synode:

"Fraternité et Synode".

10h30 messe en famille et baptême d’Agathe Morey.

 

Nous avons la joie de travailler sur ce thème "fraternité et solidarité", c’est-à-dire faire le lien entre l'encyclique du Pape François Fratelli Tutti de 2020 et la démarche synodale à laquelle l'Église est conviée, toute l'église du monde entier, par le Pape François. Et comme vous allez le voir, il y a beaucoup de liens et, comme je le disais avant de démarrer cette introduction, cela rejoint beaucoup la démarche "diaconia" de l'Église de France que nous avons vécue en 2013.

Le premier élément de cette encyclique du Pape François, c'est ce qu'il appelle "le rêve de la fraternité" on peut dire que le Pape François s'est un peu situé en continuité à la suite de Martin Luther King "j'ai un fait un rêve" vous vous souvenez ? Et lui son rêve, c'est le rêve de la fraternité. Ce rêve d'une société fraternelle c'était aussi le rêve de St François d'Assise et donc on peut dire que le pape s'est mis dans les traces de Martin Luther King et surtout encore dans ceux de St François d'Assise, puisque Sr François d'Assise, vous vous souvenez peut-être, il est allé il y a très longtemps  rencontrer le sultan d'Égypte. Il voulait obtenir la paix avec le sultan d'Égypte et finalement la paix il ne l'a pas obtenue, mais il a obtenu vraiment de vivre avec lui un dialogue véritablement fraternel. L'un des grands apports de François c'est vivre vraiment la fraternité avec d'autres religions c'est à dire que ce n'est pas innocent le fait de la démarche que nous avons dans notre diocèse, tous les deux ans, avec les rencontres interreligieuses au Carmel de Mazille qui au départ aient été initiées par les fraternités franciscaines du diocèse. C'est un peu la continuité de François d'Assise. Et donc François, selon Eloi Leclerc, son souci c'était de rejoindre d'autres êtres dans leur mouvements propres   non pour les retenir à soi mais pour les aider à devenir un peu plus eux-mêmes. Ce n'est pas pour convertir les autres il s'agit de les aider à être vraiment eux-mêmes et c'est à ça que toute tradition spirituelle est engagée et donc le pape lui-même qui s'est inscrit dans les pas de François puisqu'il a rencontré à Abu-Dhabi le grand Imam Ahmad Al-Tayebet et qu'il a avec lui lancé un appel à la fraternité. Voyez il a été tout de suite dans cette démarche interreligieuse et cet appel avec ce grand Imam est présenté à la fin de leur visite. Vous voyez tout ce lien interreligieux qui est très cher à notre Pape François.

Dans cette encyclique il y a de la part du pape François une grande critique du monde actuel et de la mondialisation. Voilà ce qu'il dit : c'est que cette mondialisation est marquée par une culture de violence et de peur avec des murs, pensons au mur qu'il y a en Palestine mais le mur aussi aux USA, les murs aussi qu'il y a en Europe avec les migrants.  Voilà ! "c'est tous contre tous" nous dit-il. La personne humaine est traitée comme un moyen et non pas comme une fin. Il y a vraiment une critique très forte de notre vivre ensemble qui n'est pas un vivre ensemble où ne règne pas l'amitié qu'il appelle l'amitié sociale. Lui il souligne, qu'effectivement, il faut repartir du principe de l'égalité de tous les êtres humains qui a été proclamée maintenant il y a 70 ans, avec la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Alors pour promouvoir cette dignité -le mot dignité est très important- il y a plusieurs valeurs à promouvoir, il y a d'abord le dialogue (il y a tout un chapitre de l'encyclique qui est consacré à ce dialogue) ce dialogue qui n'empêche pas d'ailleurs qu'il puisse y avoir des confits au contraire, trop souvent peut-être dans l'Église malheureusement on a tendance à gommer les conflits! au contraire, il faut assumer certains conflits mais le vivre dans un dialogue très respectueux les uns des autres donc il y a la notion d'amitié sociale, l'hospitalité réciproque: comment accueillir chacun et se sentir accueilli, voyez cette hospitalité réciproque.

Un autre point qu'il souligne beaucoup c'est le pardon. Mon épouse est très engagée sur ce thème du pardon mais c'est une composante essentielle de la fraternité … qui n'est pas à confondre avec l'oubli ni avec l'absence de conflit. Et puis de cette fraternité ouverte, elle doit aussi préserver les identités. C'est un peu ce que le pape a vécu avec cet Imam, ce que François d'Assise a vécu avec le sultan d'Égypte, il n'y a d'ouverture entre les peuples qu'à partir de l'amour de son père. Il s'agit d'élargir son regard sans s'évader, sans se déraciner et donc l'important aussi de préserver les racines. Un des problèmes de la mondialisation actuelle c'est qu'elle a tendance à déraciner les personnes. On voudrait être tous pareils mais on ne peut pas être tous pareils mais ça n'empêche pas de dialoguer et d'être fraternels. Tous ces principes rejoignent un fondement anthropologique c'est à dire une conception de l'homme. L'appel à la fraternité, nous dit le pape, est une loi fondamentale de notre être. Ce n'est pas simplement faire ça en plus, c'est une loi essentielle. Il nous dit : la vie n'est pas un temps qui s'écoule mais un temps de rencontre. Evidemment on sait bien que pour avancer dans notre chemin existentiel mais aussi chrétien c'est par la rencontre avec les autres qu'on va avancer, qu'on va grandir -c'est ce qui arrive pour un enfant comme vous le savez-, donc il s'agit de sortir de soi-même pour trouver en autrui un accroissement d'être. On ne va pas d'abord travailler sur soi et ensuite aller voir les autres, même si travailler sur soi est important, mais il faut savoir qu'une rencontre vraiment de personne à personne va nous permettre de grandir ; et donc s'engager dans la fraternité c'est choisir la vie ; mais une vie en plénitude ! On peut dire que c'est un chemin spirituel ce n'est pas quelque chose de secondaire c'est un chemin spirituel. Si on va à la messe tous les dimanches et même toute la semaine et qu'on n'est pas fraternel avec les autres il y a quelque chose qui manque dans notre vie spirituelle, dans notre vie chrétienne.

Un autre point de cette encyclique c'est la priorité aux petits aux plus pauvres c'est ce qu'il appelle l'amour préférentiel pour les derniers parce que finalement une tentation de la vie fraternelle serait de la vivre avec des gens qui seraient comme nous ça peut être un problème d'ailleurs entre nous chrétiens ne vivre qu'avec des chrétiens or il faut le vivre avec toute l'humanité et c'est ce qu'on a vécu dans la démarche "diaconia" voilà ce que dit le pape dans un des chapitres: ce n'est pas perdre son temps que d'aimer le plus petit des hommes comme un frère comme s'il était seul au monde c'est au contraire un enrichissement; et le pape dit aussi: il ne s'agit pas simplement d'aider les plus pauvres, les gens qui souffrent mais c'est aussi apprendre d'eux. Notamment dans un autre texte qui s'appelle "la joie de l'Évangile" le pape nous dit qu'entrer en relation avec les plus pauvres et les souffrants, c'est accueillir leur mystérieuse sagesse, il y a une sagesse en eux mais il faut faire un effort pour être à l'écoute, vraiment dans une écoute de cette sagesse. Il ne faut pas être dans une relation avec les pauvres en surplomb comme si on était supérieur. Il faut vraiment être à égalité et donc, dit-il, il s'agit de dépasser cette idée de politique sociale conçue comme une politique vers les pauvres alors qu'au contraire il faut que ce soit une politique avec les pauvres, qui dialogue avec eux et qui même soit une politique des pauvres ; que ce soit eux qui la conçoivent avec les personnes qui sont responsables. On peut dire que nous sommes analphabètes en ce qui concerne l'accompagnement, l'assistance et le partage avec les plus fragiles. Ce n'est pas un chapitre propre dans l'encyclique mais ça parcourt toute l'encyclique ; vous le savez, c'est quelque chose d'essentiel pour le pape François.  Un autre point dans cette encyclique qui est une encyclique qui s'adresse en fait à toute l'humanité, c'est le rôle des chrétiens. Si les chrétiens ne croient pas à cette culture de l'accueil inconditionnel et du dialogue, qui va bien pouvoir croire ? et donc le pape nous dit que sans une ouverture au père de tous il n'y aura pas de raisons solides et stables à l'appel à la fraternité. Si en effet on est frères, c'est que nous sommes fils et filles d'un même père donc c'est là que notre foi chrétienne rejoint véritablement très fort cette idée de fraternité. En fait la fraternité, le mot de fraternité est d'origine chrétienne au départ et après, ça a été heureusement assumé par la république comme devise mais en fait, au départ, c'est d'origine chrétienne. On a un même père donc on est frères et sœurs. Les Églises ont un rôle essentiel à jouer et pour cela voilà une phrase importante : "nous voulons être une Église qui sorte de chez elle, qui sorte de ses temples, qui sorte de ses sacristies pour accompagner la vie, soutenir l'espérance, être signe d'unité, pour établir des ponts, abattre les murs, semer la réconciliation." Voilà le rôle que nous avons notamment dans notre société où le vivre ensemble, comme vous le savez, est très difficile. On le voit actuellement avec cette surenchère que font la plupart des pays vis-à-vis des migrants alors que ce n'est pas un problème si dramatique que ça d'accueillir des migrants. Or tout le monde voudrait au contraire, tout le monde fait comme si c'était quelque chose d'absolument considérable alors qu'il y a des pays qui accueillent beaucoup plus que nous et des pays bien plus pauvres que nous. Donc on peut dire qu'on est analphabète en ce qui concerne cette fraternité. Et donc tout ce programme, toute cette perspective rejoint la notion de peuple de Dieu -c'est une notion très chère au pape- la notion de peuple et c'est là que ça va me permettre de faire la transition avec la démarche synodale où donc nous sommes invités à "marcher ensemble" c'est le thème de cette démarche synodale

Quelques mots sur cette démarche synodale, ce parcours synodal qui nous est proposé par le pape François et qui rejoint la fraternité. (Bonjour d'abord à toute cette famille qui nous rejoint…) En sous-titre de ce parcours synodal il y a les mots de communion, participation et mission. Quelques principes de cette démarche synodale c'est donc un appel à marcher ensemble en permettant à tous d'y participer. Tous on est appelé à participer à cette démarche synodale. Dans cette démarche le pape distingue trois catégories de personnes : il y a Jésus bien sûr notre berger qui nous réunit, il y a les apôtres c’est-à-dire les prêtres, les diacres, tous ceux qui ont une responsabilité dans l'Église et puis la foule Il s'agit, il faut nous dit-il, ne négliger aucun de ces facteurs si on peut dire: ne pas diviser Jésus bien sûr qui est quand même notre fondement, notre maître, notre Dieu; les apôtres, il faut compter sur eux il faut les respecter, les soutenir et il y a aussi la foule, il faut aller vers la foule. Je dirais qu'entre deux, il y a peut-être les disciples… que nous sommes tous les disciples qui peuvent être apôtres mais qui peuvent aussi jouer un rôle ; et donc, ce que dit le pape, c'est que tout le monde est appelé à la mission qu'on soit prêtre diacre laïc engagés, etc… tout le monde a quelque chose à faire dans cette mission parce qu'en effet, il faut reconnaitre la diversité des charismes. St Paul en parle dans l'une de ses lettres : "Chacun a quelque chose à apprendre des autres et en particulier des plus petits !" Il faut que ce soit une rencontre sans barrières, il faut approfondir les relations, il faut prendre en compte les exclus… là aussi ça parcourt tout le texte de ce parcours synodal. C'est à vivre au plan interne comme au plan externe, parce que bien sûr, on pourrait se dire on va vivre la fraternité dans la société mais on ne va pas le vivre ici ou en sens inverse on va le vivre ici et puis les autres, bon débrouillez-vous… non c'est une démarche véritablement globale à laquelle nous sommes appelés. Ça se traduit dans une dizaine de rubriques que je vais vous énumérer brièvement, des rubriques à choisir. On ne peut pas tout traiter, à choisir en fonction de ce qui vous intéresse :

1/ Les compagnons de voyage : quels sont nos compagnons de voyage dans cette mission… les compagnons de voyage dans l'Église mais aussi en-dehors de l'Église et puis se demander quelles personnes quels groupes sont-ils laissés en marge dans cette démarche, expressément ou de fait, sans qu'on le veuille, sans qu'on y pense

2/ Écouter… l'écoute. On peut aussi se demander vers qui notre Église a -t-elle un manque d'écoute; on peut se poser la question: quelle place occupe la voix des minorités? Est-ce qu'on parvient à identifier les préjugés, les stéréotypes qui font obstacle à notre Église? Trop souvent on a des choses en nous, d'une culture en nous qui font obstacles. On ne s'en rend pas compte on a été élevé comme ça. Il y a une ambiance dans notre société avec les réseaux sociaux, avec les médias qui font obstacles à notre écoute

3/ Prendre la parole… le pape nous dit : "tous sont invités à parler avec courage et avec liberté et vérité donc permettre à chacun de prendre la parole et donc d'avoir une communication authentique les uns avec les autres

4/ Célébrer. De quelle façon la prière inspire -t-elle notre "marcher ensemble" ? Comment notre célébration, ce qu'on vit dans nos célébrations, comme aujourd'hui, va nous aider à "marcher ensemble" à faire vraiment à être vraiment peuple ? comment encourageons-nous la participation active de tous à la liturgie ? La liturgie n'est pas uniquement un prêtre qui va célébrer ? C'est toute la communauté qui participe en tant que prêtre, diacre… en tant que prêtre, prophète et roi

5/ Être co-responsables. Dans la mission, est ce que tout le monde est responsable, est-ce que tout le monde se sent acteur de la mission de fraternité

6/ Dialoguer : une question, comment sont gérés les divergences de vue, les conflits, les disputes …

7/ avec les autres confessions chrétiennes comment on dialogue, quelles relations entretenons-nous ? Je crois qu'ici, d'après ce que Jackie m'a dit, il y a vraiment un très beau dialogue avec nos frères protestants. C'est intéressant à partager.

8/ Autorité et participation. Est ce qu'on arrive à vivre la coresponsabilité ?

9/ Discerner et décider. Comment favorisons-nous la participation de tous aux décisions ? On peut être consultés et ça c'est bien mais est ce que d'une certaine manière il y a une participation aux décisions de toute l'assemblée, de tout le peuple de Dieu aux orientations de notre Église locale ?

10/ Se former à la synodalité. La nécessité d'une formation à cette démarche du "marcher ensemble", de marcher ensemble.

En conclusion : trois choses.

- 1/ "marcher ensemble": reprenons ce mot. Vous savez peut-être que l'une des traductions des béatitudes "Heureux… Heureux…" béatitudes magnifiques qui sont un peu notre feuille de route dans la vie chrétienne, Heureux se traduit aussi par "en marche ". Il s'agit donc de marcher, c’est-à-dire que la vie chrétienne n'est pas quelque chose de statique mais quelque chose de dynamique "on avance" et qui n'avance pas recule ou qui regarde en arrière recule ! Marcher c'est important et ensemble.

- 2/ Un point important que je n'ai pas cité : s'appuyer sur les expériences. Il s'agit en effet de repérer les belles choses que nous avons vécues, que nous avons faites. Il ne s'agit pas seulement de critiquer… il s'agit de s'appuyer sur des expériences -et ça c'est important- et tirer de ces expériences des orientations. C'est un peu ce qui a été vécu à "diaconia". Vous avez peut-être participé, il y a 8 ans, à quelque chose qui s'appelait "le livre des merveilles et des fragilités". Dans chaque paroisse, on était invité à repérer les merveilles de la fraternité. Là aussi, vous n'allez pas seulement être en train de vous demander ce qu'il faudrait faire, mais repartir des belles choses qui existent. Des belles expériences ou mauvaises expériences quand même aussi! Il ne s'agit pas de dire tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil mais partons de la réalité et pas d'une réflexion un peu trop abstraite

-3/ vivre cette Église ouverte, cette Église du Peuple de Dieu, c'est le retour à l'Église initiale parce que l'Église initiale il y a des travaux qui ont été faits à l'occasion de la démarche "diaconia" qui souligne que le titre de l'Église au départ ce n'était pas l'Église c'était la Fraternité avec un F majuscule.

Voilà ! Finalement, il s'agit, avec cette démarche diaconale d'entrer, de retrouver -ce qui n'a jamais été perdu, heureusement- de retrouver l'esprit vraiment fondamental de l'Église initiale … qui est donc l'esprit de la Fraternité.  

Je vous remercie !

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