Dimanche de Pâques (Jean 20, 1-9)

Toute chose en Toi s’achemine vers sa beauté

« Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin…» Le début de cet Evangile est clair comme un grand coup de vent venu du large ! Mais cette clarté se voile soudain d’une phrase mystérieuse : « C’était encore les ténèbres… » Pourtant, en cette période de Pâques, la lumière inonde déjà le ciel, à l’aube… 

Ces ténèbres se font l’écho du cœur de Marie, enveloppé de la longue nuit du sabbat comme d’un suaire ; la lumière ne l’a pas traversé, pas encore… elle aperçoit la pierre roulée près du sépulcre ouvert : béance sur l’absence du corps tant aimé : elle ne « voit » pas, sa Foi dort encore. Elle court avertir les apôtres, bouleversée de n’avoir pu étreindre, une dernière fois, Celui que son cœur aime, oindre Son corps d’aromates et de ses larmes.

« Pierre partit donc avec l’autre disciple… » Ils « partent » vers une terre nouvelle, leur intelligence s’ouvrant, timidement encore, à l’Inconnu qui la dépasse : ce n’est pas le Corps de Jésus qu’ils veulent étreindre, mais un Mystère les appelant et dont ils vont à la rencontre ; "Ils courent tous les deux ensemble" : leur Foi dort, mais le cœur veille, ardent, et l’Espérance se lève dans le balbutiement d’une naissance.  

Saint Jean, « celui que le Seigneur aimait », arrive le premier au tombeau ; est-ce le fruit de sa Charité plus vive ? De son Espérance plus ardente d’avoir écouté battre le Cœur du Christ, le visage posé contre Sa poitrine, lors de la Sainte Cène ? Sa trajectoire rapide est celle de l’aigle ; à l’image de son cœur tourné vers l’indicible comme vers le soleil ; un cœur pur, offert, dont la transparence s’ouvre à la Lumière du Verbe et La reflète.

Sa course plus rapide est déjà celle de l’Eglise invisible ayant contemplé au pied du calvaire, l’Eau et le Sang jaillis du Cœur transpercé du Seigneur, et Née du Sacrifice de la Croix : « Femme voici ton fils ; fils voici ta mère ! » La prière de cette Eglise, cachée dans la prière de Marie, porte secrètement l’Eglise visible et irrigue le dogme, par Son Adoration.

Mais, après s’être penché et avoir vu les linges « posés à part », Jean s’efface avec humilité et laisse Pierre passer le premier ; ce dernier n’est-il pas le roc sur lequel reposera la Tradition de l’Eglise ? Ne sera-t-il pas bientôt le gardien du dépôt de la Foi ? Cela, saint Jean le devine déjà… et il obéit en cela à l’injonction du Christ : « Tu es Pierre et sur cette pierre je construirai mon Eglise. » 

Jean pénètre à son tour dans le sépulcre… Pierre avait aperçu les linges, mais Jean, lui « voit » et « croit ». Sa vision naît de la Foi : « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » ; une vision traversant et déchiffrant les signes que sont ces linges, posés là, au seuil du Mystère, comme le parfum de la Résurrection.

Les linges mortuaires du tombeau évoquent les langes du berceau. De la crèche au calvaire, le Christ a habité notre chair. Il a porté nos péchés, s’est revêtu de notre mort comme de ces bandelettes comprimant Son Corps : « Les liens de la mort m’entouraient… » A présent, Il a rompu ces liens pour traverser la mort de Son éternité !

Le filet de l’oiseleur s’est ouvert sur la Gloire cachée de la Résurrection ; c’est la victoire du Sacrifice de la Croix scellant l’Alliance nouvelle de notre Rédemption ! Et les apôtres, à l’orée du tombeau, voient s’accomplir la prophétie du vieillard Syméon : « Car mes yeux ont vu Ton Salut, que Tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations païennes et Gloire d’Israël, Ton peuple.»  Ils croient ! La Justice de Dieu c’est Sa Miséricorde et Son Visage Celui du Christ ressuscité !

Toute chose en Toi 
s’achemine vers Sa beauté ; 
Encore fragile, la joie effleure la terre : 
Proche est le ciel, 
proche, Sa clarté.

Méditation de Véronique Lévy (Auteur d’Adoration, un recueil de poèmes d’amour à Dieu, Cerf), sur l'Evangile de ce dimanche de Pâques 
Prélevé sur le site "Croire"