Lettre aux amis du blog de frère Benoît - 2 octobre 2016

(Merci au frère Benoît, a qui j'ai "chipé" cette lettre qui m'a fait du bien...")

« Ne t’affole pas trop, tu n’es qu’un serviteur ! »

2 octobre 2016, 27e Dimanche ordinaire, année C, Lc 17,5-10 /

       « ‘Augmente en nous la foi !’ Le Seigneur répondit : ‘La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait.’ »  (Lc 17,6) Voici un dialogue qui ne manque pas de nous faire réfléchir : La foi peut-elle se mesurer ? S’agit-il de l’augmenter ? S’agit-il de la posséder ? La foi sert-elle à déplacer les arbres ou les montagnes ? Et quel lien avec la suite du texte : « Quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : 'Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n'avons fait que notre devoir.' »  (Lc 17,10) Abordons donc ce texte avec deux clefs de lecture essentielles : D’une part, Jésus ne cherche pas à décourager ses disciples ; d’autre part, si les deux parties du texte sont enchaînées c’est qu’elles ont un lien de sens… Ma foi ou Sa volonté ? Mon mérite ou Sa gratuité ? Ma maîtrise des choses ou Son service ?

Ma foi ou Sa volonté ?

       S’agit-il d’avoir la foi, d’avoir une grande foi, de posséder la foi ? Pas si sûr… Jacques Ellul[1], distingue la croyance de la foi… La croyance est sûre d’elle-même et fait de Dieu une idole. La foi, elle, suppose le doute, la relation avec un Dieu personnel que j’écoute et qui me parle. Du coup la foi n’est plus à posséder, c’est un dialogue, une recherche, une relation jamais acquise qui fait place au doute, à la surprise, à la nouveauté. Lorsque les disciples demandent au Seigneur d’augmenter leur foi on sait aussi ce qui leur trotte dans la tête : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » (Lc 9,54) ou encore : « Pour quelle raison est-ce que nous, nous n'avons pas pu l'expulser ? ». Et on peut entrer dans cette logique : « si tu as la foi tu obtiendras tout ce que tu veux, et si le Seigneur ne t’exauce pas c’est que tu n’as pas assez de foi ! »… Ces raisonnements ne sont pas justes, ils veulent prendre Dieu en otage de notre volonté. Le but de la foi n’est pas que Dieu fasse notre volonté mais que nous conformions toujours plus notre volonté à celle de Dieu… Ce n’est pas la même chose !

Mon mérite ou Sa gratuité ?

        Le lien avec la seconde partie de l’évangile de ce jour nous apparaît alors plus clairement. Est-ce que mes actes en général, ou l’accomplissement de mon devoir, méritent une récompense ? Cette logique est à double tranchant car si mes actes bons méritent une récompense cela laisse entendre que mes actes mauvais mériteraient une punition. Heureusement Dieu n’est pas dans cette logique, il nous aime gratuitement, que nous agissions bien ou mal, car ce ne sont pas nos actes qu’il aime mais nous-même. De la même manière que nous ne pouvons pas prétendre manipuler Dieu par la grandeur de notre foi, nous ne pouvons pas non plus prétendre le manipuler par le mérite de nos actes…

Ma maîtrise des choses ou Son service ?

        J’écrivais en titre de cette méditation : « Ne t’affole pas trop, tu n’es qu’un serviteur ! » Voilà peut-être où se niche la Bonne Nouvelle de notre évangile dominicale : Non, le Seigneur ne cherche pas à nous décourager, bien au contraire, il semble nous dire : « avoir un peu ou beaucoup de foi, faire de grandes choses ou de petites choses, là n’est pas le problème ». C’est d’abord Dieu qui mène la barque de ce monde, c’est lui qui agit à travers nous, ou sans nous. Nous n’avons pas à vouloir porter le poids du monde, ni maîtriser tout ce qui se passe sous le soleil, mais remplir humblement notre part de mission… Ne nous soucions-donc pas trop des résultats, mais remplissons notre tâche de serviteur quelconque -Je n’irai pas jusqu’à dire inutile- mais capable de reconnaître que le monde tourne avec ou sans nous. Quelle joie et quel soulagement, de pouvoir tenir humblement notre place, tout en sachant que le maître veille et que nous n’avons pas à tout maîtriser…

 
Alors qu’est-ce qui importe :

Ma foi ou Sa volonté ?
Mon mérite ou Sa gratuité ?
Ma maîtrise des choses ou Son service ?

Ne nous affolons pas trop, nous ne sommes que des serviteurs… 

 
[1] Jacques Ellul, La foi au prix du doute, 2006

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