Message du père Denys

Matinha, 13 juillet 2016

Chers amis du diocèse,
Famille et (ex) paroissiens

J’espère que vous allez bien en ce début d’été, lendemain de la défaite de la Coupe d’Europe, mais nous avons bien joué. J’étais aussi devant le petit écran.
14.07 au soir. Je viens de savoir l’attentat de Nice, nous sommes ici aussi choqués et préoccupés, le Brésil a toujours un sentiment spécial pour la France. Que la paix puisse gagner sur la violence et la haine. Voici cependant quelques nouvelles.

Maranhão : Nord du Brésil, une région un Etat, l’un des plus laissée pour compte de la fédération, aux mains d’une famille, les Sarney, exerçant le pouvoir politique et économique depuis près de 50 ans. Seules interruptions, de 2007 à 2009, où le Dr Jackson Lago a été élu gouverneur, mais aussitôt mis en échec par cette famille. De nouveau aux dernières élections, un nouveau parti au pouvoir issu du PC do B, les conséquences ne se font pas vraiment sentir, l’état d’abandon de la santé, des infrastructures routières demeure. Les améliorations sont davantage dues aux politiques fédérales menées par les gouvernements successifs de Lula et de Dilma, récemment tirée du pouvoir. Les programmes engagés par eux de lutte contre la faim et la misère et de construction de maisons populaires pour le moment sont poursuivis.

Mais la région souffre cruellement du manque d’emplois, aucune ou très peu de formation professionnelle ou de production locale ayant été mis en place. La jeunesse, aujourd’hui scolarisée, regarde vers d’autres régions du pays ou se laisse séduire par les chemins périlleux de la drogue et de la délinquance.
L’Eglise, dans l’ensemble des 12 diocèses de l’Etat, s’engage et dénonce les situations d’injustice et d’abandon des populations, mais sa voix n’est pas suffisamment écoutée et les églises évangéliques prennent le dessus et sont davantage courtisées par les politiques locaux.

Matinha où je suis est une commune de plus de 20 000 habitants sur 426 km² avec un centre urbain de 7 à 8000 âmes et plus de 60 communautés rurales ou villages éparpillés sur son territoire. La paroisse est divisée en deux grandes zones. Dans la première autour de deux grands lacs se pratique la pêche qui est la survie des habitants, aujourd’hui concurrencée par la création de poissons dans des réserves d’eau ou « açoudes ». Quant à l’autre partie, c’est davantage la culture qui est pratiquée, surtout du manioc mais aussi le haricot et encore le riz (de montagne), mais cette dernière production tend à diminuer. Les subsides de l’Etat, notamment la bourse familiale, progressivement se substituent au travail de la terre ou de l’exploitation de la noix du coco babaçu qui était la tâche et le revenu des femmes.

La nécessité ayant fait loi, je me retrouve dans une paroisse, celle de la commune de Matinha où j’étais déjà il y a 15 ans quand je suis venu pour la première fois dans le diocèse. Le choix s’est imposé du fait de l’appel de mon prédécesseur, un prêtre italien fidei donum comme moi, à assumer la direction du séminaire diocésain à São Luis, ainsi que la pastorale des vocations.
Il m’avait prévenu : « il m’a fallu 8 mois pour être accepté par mes paroissiens » (son prédécesseur ayant lui-même abandonné le ministère). Je termine ces 8 mois de « mise à l’épreuve ». Même avec ma qualité d’ancien (par l’âge mais aussi de retour sur les lieux), j’ai dû apprendre et accepter que les choses et les personnes soient différentes, les choix également, notamment par l’entrée (discrète mais réelle) du Renouveau charismatique. Découvrir au contraire que les choses n’ont pas tant changé que cela. Dans bien des communautés rurales, ce sont encore les mêmes dirigeants (anciens comme moi) qui sont encore en place.
Cependant l’activité des « Saintes Missions populaires » a fait son chemin, renouvelant les habitudes, y compris célébratives, privilégiant la visite aux familles dans une généreuse démarche d’évangélisation sur le terrain. Il était temps d’ailleurs car les églises évangéliques ne nous attendent pas pour faire ce travail et implanter leurs églises ou temples un peu partout.

J’essaie de répondre à deux priorités, en lien avec les conseils paroissiaux :
a) la rénovation des coordinations de communautés : passer du dirigeant unique à un collectif de 5 ou 6 membres qui se partagent les responsabilités au sein d’un mini-conseil et se mettent au service des nécessités pastorales de la communauté ;
b) recherche de localisation meilleure d’un certain nombre de chapelles, encore « collées » soit à la maison du dirigeant fondateur du culte local, soit à l’association ancienne qui dirigeait la vie du village.

J’accompagne aussi la réflexion de l’équipe d’animation de la fazenda de l’Amour miséricordieux, centre de récupération des victimes de la drogue ou de l’alcool, que nous appelons ici les « dépendants chimiques ». Un beau travail se fait là auprès d’une cinquantaine de jeunes hommes ou adultes issus de toute la région partageant pendant 9 mois les règles et les activités d’une vie commune relativement austère mais aussi donnée au travail de culture et d’entretien du domaine. Une forte réflexion en référence à l’évangile leur permet de trouver dans le Christ une force et un regard de miséricorde qui leur permet de choisir ou d’accepter le chemin de la sobriété. Dans les paroisses se créent des groupes de pastorale de la sobriété qui permet de les soutenir pendant leur séjour et à leur retour

Que ce partage un peu rapide soit aussi une modeste contribution au travail du synode diocésain dont je me sens tout à fait partie prenante, quoique n’ayant pas de groupe spécifique avec qui partager. Je prétends l’année prochaine faire correspondre mes congés avec sa clôture. Que le Saint-Esprit accompagne sa réflexion pour un renouveau de notre vie et de nos pratiques ecclésiales.

Nous entrons ici, au niveau du climat, dans une saison qui devrait être l’hiver selon l’hémisphère où nous sommes, mais que les gens appellent cependant « l’été », puisque les pluies viennent de cesser et que nous commençons une longue période de sécheresse où les pluies se feront rares et la chaleur va dominer.

J’attends pour le mois d’août la visite de deux membres du CCFD diocésain. Que notre partage et le retour qu’ils pourront en faire aident à comprendre et accompagner la démarche de mission que chacun à notre place nous vivons pour que le Royaume des cieux soit présent au milieu des hommes.
Bon courage à tous, recevez l’assurance de mon amitié et de ma fidélité dans la prière.

Denys

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