La femme condamnée



"Le lendemain, il y a tant de monde dans les rues menant au Temple et les gens nous interpellent si souvent que nous nous arrêtons un moment. Nous en profitons, Philippe et moi, pour acheter des galettes. J’ai juste payé le marchand quand je vois s’avancer vers nous une troupe d’hommes très bruyants.

Je porte la main à mon épée. Je suis toujours sur le qui-vive. Ces hommes poussent entre eux une femme à demi-nue et les cheveux flottants. Elle a été blessée, peut-être par une pierre, car du sang coule de sa tempe.

-         Que lui voulez-vous ? je demande à un homme qui tient un bâton.

-         Tu es Galiléen ? me dit-il en reconnaissant mon accent. Tu dois savoir qui est ce Jésus dont on parle. Montre le moi !

Je garde la main à l’épée, de plus en plus méfiant. Mais Jésus s’approche déjà.

-         Quel mal a fait cette femme ? demande-t-il.

-         On l’a surprise avec son amant, répond un des hommes qui est peut-être le mari. Lui, il s’est enfui. Mais, elle, on la tient !

Avec brutalité, il attrape la femme par le bras et la pousse devant notre Maître.

-         Moïse a dit qu’il faut tuer les femmes infidèles à coups de pierre ! s’écrie-t-il. Toi, Rabbi, que dis-tu ?

Je regarde les gens massés autour de nous. Si Jésus pardonne, ils seront indignés.

-         Eh bien, que dis-tu ? insiste l’homme.

            Jésus s’est mis à écrire sur le sol avec son doigt, traçant des mots dans la poussière. Il relève la tête, regarde la femme qui tremble de peur dans l’attente d’une mort horrible et il dit en la montrant :

-         Si quelqu’un ici n’a jamais péché, qu’il lui jette la première pierre.

Baissant la tête, il écrit de nouveau sur le sol. Un de ceux qui accusaient la femme, sans doute le plus âgé, quitte le groupe et s’éloigne dans une ruelle. Il est peu à peu suivi par les autres. L’homme armé d’un bâton s’en va le dernier. Alors Jésus efface les traces sur le sol et se redresse. La femme est toujours là, effrayée, misérable.

-         Où sont-ils passés ? lui demande Jésus. Personne ne t’a condamnée ?

-         Personne, Rabbi, murmure-t-elle.

-         Va, moi non plus, je ne te condamne pas."

  D’après le livre « Jésus comme un roman » de Marie-Aude Murail

Merci également à Gisèle, conteuse biblique, de la paroisse saint Marcel, qui nous fait profiter de ses animations !



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